PORTRAIT

Pär s'en va et c'est tout le football belge qui perd un gentleman, denrée rare par les temps qui courent.

Un extraterrestre, Pär Zetterberg est un extraterrestre! Il ne conduit pas en état d'ivresse, il ne se bat pas dans les pubs, il ne se drogue pas, il ne multiplie pas les conquêtes féminines - il vit depuis 1992 avec Linda - et il ne parie pas non plus...

Dans un milieu où l'on aurait tendance à inverser les valeurs - Bernard Tapie qui signe des autographes/Jacques Glassman qui reçoit des menaces de mort-, Pär Zetterberg a pu garder le cap, celui de l'intégrité, du fair-play, de l'altruisme, de la fidélité. Bref, un grand Monsieur et un exemple pour toute une jeunesse qui se cherche des modèles.

En seize années de carrière au plus haut niveau, tout juste cet «Ange blond» au visage éternellement poupon - s'est-il déjà rasé? - a-t-il récolté quelques cartes jaunes: «Entre trois et cinq», avoue-t-il, la dernière en 1994. Plus en tout cas que l'«Ange vert» Dominique Rocheteau et Gary Lineker -zéro! - mais bien moins que Zinedine Zidane - neuf bristols rouges -, joueur pourtant reconnu pour son fair-play.

Diabétique

Né à Falkenberg le 14 octobre 1970, il y signe sa première carte d'affiliation à six ans. Dix ans plus tard, il est repéré par les «scouts» du Sporting d'Anderlecht lors d'un tournoi au Danemark. Le filon danois a valu aux Mauves quelques belles pépites - Olsen, Brylle, Andersen, Arnesen, Frimann,... -, le prochain joyau sera-t-il Suédois?

Si le regretté Jean Dockx croit au potentiel du blondinet, ce fut loin d'être évident au départ. Accueilli avec chaleur dans une famille bruxelloise, le jeune Pär fait ses classes dans le sérail. Las, à 19 ans, l'âge où il devient temps de frapper à la porte de l'équipe première, le diagnostic tombe tel un couperet: diabétique. Fini le foot? Non, le Pr Dorchy le rassure: «Il m'a décrit la maladie et m'a expliqué que, si j'étais discipliné, cela ne m'empêcherait pas de poursuivre ma carrière. Mes doutes, ceux de mon entourage et du club, se sont vite dissipés.» Depuis, Zetterberg vit au rythme de deux piqûres d'insuline quotidiennes. Les morceaux de sucre sont, eux, toujours à portée de main.

S'il pourra embrasser une carrière professionnelle - à l'instar de Gary Mabutt, le joueur de Tottenham qui souffre du même mal -, ce n'est pas pour autant qu'il entre dans les plans de bataille d'Aad de Mos, tout auréolé d'un titre de Champion d'Europe décroché en 1988 avec le FC Malinois. Après deux apparitions en équipe fanion lors de la saison 90-91, il est prêté au Sporting de Charleroi. C'est sans doute déjà sa dernière chance. Sans trop de pression au sein d'un Sporting carolo qui vivote, le petit Suédois - non sans des débuts difficiles - va faire son trou. Mieux, il s'impose comme le patron d'un troupeau de Zèbres désormais ambitieux. Au printemps 1993, sous la houlette de Robert Waseige, le Sporting hennuyer dame le pion à Anderlecht lors d'un aller-retour d'anthologie... pour les supporters carolos, en demi-finales de la Coupe. Zetterberg est virevoltant et pour la direction des Mauves, il n'est plus question qu'il fasse le bonheur d'un autre. Constant Vanden Stock siffle la fin de la récréation. Retour Casbah!

Fin 1993, il chausse son premier Soulier d'or - le second suivra en 1997 - et le printemps suivant, Anderlecht signe le doublé Coupe/Championnat. S'en suivent six saisons anderlechtoises faites de fortunes diverses. A défaut d'être toujours génial - ou bien épaulé -, le Suédois s'impose comme le métronome de l'équipe.

Nul n'est prophète...

Malgré des galons conquis de haute lutte sur notre sol, Pär n'a peut-être pas eu la reconnaissance internationale que son talent méritait. Malgré trente sélections et six buts pour la Suède, il loupera - suite à une opération du genou - le Mondial 1994 qui verra les Scandinaves décrocher la troisième place, son souvenir le plus amer à ce jour. En 1997, il est élu joueur suédois de l'année devant des «pontes» tels que Brolin ou Dahlin. Las, en 2000, il se «brouille» avec le sélectionneur national, il ne jouera plus jamais pour son pays.

Après sept saisons passées à Anderlecht, il est temps pour le Suédois d'aller voir ailleurs. Ce sera la Grèce en 2000 et l'Olympiakos, le club du Pirée. Tout le monde est gagnant: Anderlecht engrange quatre millions de dollars et Zetterberg met à l'abri du besoin toute sa famille. Sur le plan sportif, tout n'est pas rose même si au bout de trois saisons, le club grec lui propose un nouveau contrat. Mais Anderlecht lui fait du pied et Zetterberg se laisse draguer. C'est acquis, le Suédois terminera sa carrière de joueur au Parc Astrid avec la promesse d'intégrer le staff technique une fois ses crampons remisés.

La force tranquille

Aujourd'hui capitaine incontesté à quelques heures d'un probable sixième titre avec Anderlecht - le neuvième de sa carrière -, Zetterberg fut parfois mis en balance au sein du club de son coeur. Trop lent, pas assez physique et donc plus en phase avec le football moderne? C'est souvent quand il était sur le banc que l'on pouvait mesurer à quel point il manquait. Devant cet état de fait, le «Zet» ne s'est jamais offusqué, n'a jamais rué dans les brancards. Ce n'est pas le style de la maison.

Dès août prochain, il prendra son bâton de pèlerin et s'en ira prospecter dans le nord, à la recherche de talents en herbe qui, comme lui il y a fort longtemps, rêvent de briller au firmament du foot.

La boucle sera bouclée.

© Les Sports 2006