L'heure des comptes a sonné pour le football italien, et plusieurs clubs vedettes comme l'AS Rome et la Lazio, sommés de régler leurs impôts et de régulariser leurs comptes, pourraient être absents la saison prochaine du championnat et des coupes européennes.

Le couperet est tombé en fin de semaine sur les illusions des dirigeants des clubs en délicatesse avec le fisc: ils ne pourront pas étaler leurs dettes sur cinq ans, comme ils l'espéraient.

La situation devient urgente et le président de la Fédération italienne de football, Franco Carraro, a convoqué lundi à Milan une sorte d'Etats-généraux du Calcio avec les présidents des ligues de 1re, 2e et 3e division, et ceux des associations des joueurs professionnels et des entraîneurs.

Car Silvio Berlusconi a prévenu: le gouvernement ne pourra pas intervenir et la solution devra venir du football.

Or les clubs devront avoir acquitté leurs dettes avec le fisc le 30 juin pour pouvoir s'inscrire pour le prochain championnat.

Vingt-cinq sociétés sur les 42 clubs de première et deuxième division risquent à ce jour d'être écartées, a averti M. Carraro.

Les deux clubs romains de 1re division, l'AS Rome et la Lazio, sont les plus exposés et pourraient même connaître le sort de la Fiorentina en 2001: la relégation.

Sur les 510 millions d'euros d'impôts non payés réclamés aux clubs italiens par le ministère des Finances, la Roma en doit en effet 113 et la Lazio 106.

La situation se complique pour les clubs vedettes avec les nouvelles règles de l'Union européenne de football (UEFA) leur imposant d'avoir, avant fin mars, des comptes équilibrés pour pouvoir disputer les prochaines compétitions européennes.

Neuf clubs seulement sur les 18 de la 1re division sont à ce jour en règle: le Milan AC, la Juventus Turin, l'Inter Milan, l'Udinese, la Sampdoria Gênes, Sienne, Bologne, Modène et Empoli.

L'assainissement des finances du football italien est devenu un sujet très politique et le débat a pris une tournure populiste entre les partisans d'une aide, conscients du poids électoral du sport roi de la péninsule, et les opposants jugeant cette mesure «indécente».

«Quelque chose doit être fait. Ce sera difficile, mais il faut le faire. Je ne peux imaginer le dimanche des Italiens sans football», a affirmé le vice-premier ministre Gianfranco Fini, chef de l'Alliance nationale.

«Un étalement des dettes est indécent et la Ligue du Nord est absolument contre», lui ont répondu les dirigeants du parti populiste, également au gouvernement.

«Totti (le capitaine de l'AS Rome) gagne 30 millions (de lires) par jour et les Italiens devraient payer son salaire?», s'est insurgé Alessandro Cè, chef des députés de la Ligue.

Les joueurs sont inquiets et se rebiffent. «Ras le bol d'entendre dire que c'est la faute des joueurs», a protesté Clarence Seedorf, le milieu de terrain néerlandais du Milan AC, le club du chef du gouvernement.

«Qui attire 70.000 personnes dans les stades ?», a renchéri son partenaire Rino Gattuso. «S'en prendre à nous c'est jeter de la poudre aux yeux des gens», a-t-il ajouté, rappelant que les joueurs ont accepté de réduire leurs prétentions salariales.

L'entraîneur de la Roma, Fabio Capello, est convaincu que tout cela n'est qu'une «bourrasque, un mauvais moment à passer» et qu'une solution sera trouvée lui permettant de conserver ses vedettes.

Le conseil d'administration du club, côté en bourse comme la Lazio et la Juventus, a été convoqué mardi, un jour avant l'expiration du délai imposé par l'UEFA, pour discuter d'une augmentation de capital de 150 millions d'euros et des moyens de solder les dettes.

Les dirigeants de la Lazio vont avoir les mêmes discussions avec leur conseil d'administration sur une augmentation de capital de 120 millions d'euros.