Les pots-de-vin couramment versés par les clubs de football aux arbitres avant les matches suscitent un vaste débat en Chine sur la nécessité de réformer le code pénal afin de mettre fin à une pratique qui soulève les protestations du public et des responsables de clubs.

Ce nouveau scandale éclate alors que l’équipe de Chine vient de se qualifier, pour la première fois de son histoire, à la Coupe du monde, en juin 2002 en Corée du Sud et au Japon.

Le richissime homme d’affaires Li Shufu, propriétaire du club cantonais Guangzhou Jili, et Song Weiping, gérant du club Zhejiang Lücheng, ont dit tout haut ce que les amateurs en Chine reprochent depuis longtemps à leur sport favori, s’accusant eux-mêmes au passage.

Au cours d’une émission diffusée fin décembre par la chaîne de télévision chinoise CCTV1, ils ont expliqué comment ils avaient négocié par des intermédiaires avec des arbitres pour influencer le cours des compétitions.

«Pour des matches importants, j’ai versé des sommes à six chiffres », a déclaré Song Weiping, alors que Li Shufu a estimé que de l’argent circulait dans 70 à 80% des matches joués.

A la suite de trois matches suspects, la Fédération avait décidé en octobre de sanctionner cinq clubs de D2, dont Zhejiang Lücheng.

Bouc émissaire

L’équipe de Canton a pour sa part quitté la Fédération après avoir protesté contre la validation d’un but marqué contre elle par un joueur manifestement hors jeu de Shanghai Cosco, le 29 septembre. Guangzhou Jili a ensuite assigné la Fédération chinoise de football en justice pour atteinte à son honneur.

«Le moment est venu de mettre de l’ordre dans le football chinois », déclare Yan Dong, le manager de Bayi Zhenbang, club de l’Armée populaire de libération, sur le site internet Sina.com.

«Maintenant le football, ce n’est plus une compétition, c’est un spectacle », a estimé ce responsable de l’une des 14 équipes de D1 chinoise.

Pour cet autre directeur de club, le football sert aujourd’hui de bouc émissaire, dans un pays où la corruption est générale. «On dit que le football est le plus corrompu? Mais il n’est que le reflet de la société », juge Shi Xueqing, gérant de Chongqing Lifan.

L’accumulation d’évidentes erreurs d’arbitrage a provoqué la colère ou les commentaires désabusés de nombre d’amateurs de football et avait déjà été dénoncée en juin dans la presse chinoise.

Vide juridique

La Fédération ne permet pas à ses membres -clubs, joueurs, entraîneurs- de porter plainte. Selon certains experts juridiques, la loi réprimant les pots-de-vin en Chine s’applique aux individus, aux entreprises et aux administrations, mais pas aux associations comme la Fédération de football.

Toutefois, Han Dayuan, un expert en droit constitutionnel cité jeudi par le bi-hebdomadaire Qiu Bao (Journal du ballon), estime que le «sifflet noir » (pratique de corruption des arbitres) est contraire à la constitution et à l’esprit du code pénal, et pourrait être qualifié de crime économique.

Le même journal avait rapporté lundi que des parlementaires chinois envisagent d’amender le code pénal lors de la session plénière de l’Assemblée nationale populaire qui commence le 5 mars, pour répondre au vide juridique actuel.

Chen Peide, chef du bureau des sports de la province du Zhejiang, estime que «si le problème est aussi grave, c’est parce que les arbitres s’enrichissent énormément avec le championnat. C’est déjà un problème de droit, qu’il faut résoudre avec des moyens légaux », selon lui.

Les chances paraissent en tous cas minces pour que le milieu du football chinois résolve ses problèmes de l’intérieur.

Ainsi selon Wang Dezhong, le directeur du club Shenyang Jinde cité vendredi par le journal Zuqiu (Football), le «sifflet noir » ne figure pas à l’ordre du jour d’une réunion des directeurs de clubs qui a commencé vendredi à Chengdu (sud-ouest).