Quel est le niveau actuel du futsal en Belgique ? Comment travaille notre fédération ? Quel est l’avenir de ce sport ? Pour répondre à toutes ces questions et effectuer une radioscopie de notre football en salle à quelques heures du début de l’Euro 2014 qui se déroulera à Anvers, nous nous sommes tourné vers Alain Dopchie. Coach de l’équipe nationale depuis quatre ans (après six ans comme adjoint), l’Athois s’est livré sans aucune retenue pour mettre le doigt là où cela fait mal.

Monsieur Dopchie, comment a évolué le futsal belge depuis dix ans ?

Le niveau de notre compétition est clairement en baisse. Il faut dire qu’avec une équipe professionnelle et des joueurs qui s’entraînaient deux fois par jour, Action 21 Charleroi avait placé la barre très haut. Sportivement, cette situation a élevé le niveau du championnat de Belgique. C’était la bonne façon de travailler même si on sait que la construction financière pour arriver à un tel résultat n’était pas très saine. Actuellement, la D1 belge est plus équilibrée mais pas superbe au niveau de la qualité. C’est assez logique quand on sait que certains joueurs de notre élite s’entraînent, au mieux, une fois par semaine. Il n’y a pas de miracle. En 2014, plus aucun club belge n’est professionnel. Sans oublier qu’il existe deux ligues et une kyrielle d’ententes amateurs. L’idéal serait de ne compter qu’une seule fédération pour travailler à partir d’une plus grande base. Mais là encore, personne ne pense à l’intérêt général du sport. Chacun veut défendre sa carte personnelle.

Quel est le rôle joué par l’Union belge de football qui chapeaute le futsal ?

Nous vivons clairement à l’ombre du sport-roi qu’est le football. C’est le monde de l’amateurisme et on bosse avec des queues de cerises. Avec un budget de 165 000 euros par an pour gérer l’équipe nationale et les Espoirs, il n’y a pas de miracle. Je suis à temps partiel, comme le manager futsal de l’Union belge et une secrétaire s’occupe de notre section. Aux Pays-Bas, par exemple, le coach national est pro et il peut s’appuyer sur deux adjoints et un staff de 20 collaborateurs. Un monde de différence. Ici, pendant l’ Euro , il y a des joueurs qui n’étaient même pas certains de savoir se libérer toute la semaine de leur travail pour préparer convenablement les matches. En Belgique, on est une guerre de retard.

C’est aussi une question de mentalité ?

Bien sûr. En Espagne, au Portugal, en Italie et maintenant aux Pays-Bas, les clubs de football possèdent des sections futsal. En Belgique, on interdit aux enfants dans les centres de formation des clubs de football de jouer au futsal. C’est complètement absurde surtout quand on sait que jusqu’en U9 , les jeunes jouent en 5 contre 5. Techniquement, cela offrirait un sérieux plus aux enfants de pratiquer du futsal en plus du football. Une statistique a montré que l’Union belge perdait chaque année 40 % de ses affiliés dans la branche 18-25 ans. Barrés pour les équipes premières, ces joueurs arrêtent le football ou se tournent vers des championnats amateurs. A cet instant, il est trop tard pour les former pour la pratique du futsal à un haut niveau. Ces jeunes sont perdus pour les deux sports. Ce qui n’aurait peut-être pas été le cas si une formation commune existait. On devrait bosser ensemble. On en sortirait tous vainqueurs. Cette année, nous avons lancé un championnat d’hiver ouvert aux équipes de jeunes qui viennent du football. Pourquoi ne pas encore plus développer cela ?