Le monde du football est en deuil. L'un des plus grands joueurs de l'histoire du sport roi, Ferenc Puskas, légende du football hongrois des années 50, est mort vendredi à Budapest, à l'âge de 79 ans. Miné par le cancer, atteint par la maladie d'Alzeihmer, il avait contracté une pneumonie et était hospitalisé depuis deux mois.

Ainsi disparaît un joueur mythique qui illumina l'Europe (il évolua dans l'équipe de Honved puis pendant une décennie au prestigieux Real de Madrid) et le monde (il fut champion olympique en 1952, à Helsinki, avec la sélection nationale hongroise et finaliste malheureux de la coupe du monde 1954) de son talent.

Cette coupe du monde, disputée en Suisse, ne devait pas échapper au "onze d'or". Les "magiques Magyars" comptaient dans leurs rangs une galaxie de grands footballeurs, conduits par un duo de feu, Kocsis et Puskas, dit le "major galopant".

Petit (1m74), plutôt enveloppé, ce gaucher n'en disposait pas moins d'une classe naturelle hors du commun et d'un sens du but aiguisé. En 84 sélections étalées entre 1945 et 1956, Puskas inscrivit... 83 buts. En finale, contre l'Allemagne, il ouvrit, comme souvent, la marque mais au bout des 90 minutes, le marquoir affichait 3-2 pour la Mannschaft. "En six ans, nous n'avons perdu qu'un match mais c'était le plus important", disait-il, en riant un peu jaune, quand on lui rappelait ce triste souvenir.

Il n'était pas avare d'anecdotes et évoquait volontiers les railleries dont il avait été l'objet alors qu'il s'échauffait à Wembley, en 1953, avant un match contre l'Angleterre. Les joueurs anglais s'étaient moqués de lui en disant : "Regardez-moi ce petit gros. On va le manger lui et ses copains". Résultat : première défaite des Anglais (3-6) à domicile au terme d'un match d'anthologie marqué, notamment, par un but de Puskas après un râteau dans le rectangle adverse.

Exil

Puis vient la noire année 1956, la révolution hongroise est réprimée dans le sang, Puskas s'exile. On le retrouve en Espagne où il est engagé par le grand Real. En 1959, il remporte la première de ses trois coupes d'Europe des clubs champions. En 1960, à Glasgow, le Real bat, en finale, l'Eintracht Francfort par 7-3. Di Stefano marque trois fois. Puskas prend les quatre autres roses à son compte.

Avec le Real, il remporte 5 titres nationaux, une coupe d'Espagne et est sacré quatre fois meilleur buteur du championnat (512 buts en 518 matches). Devenu Espagnol, il dispute la coupe du monde 1962 (élimination au premier tour). Puskas joue au football, fait du cinéma, on le voit aux côtés des stars du show-bizz. C'est la gloire.

Plus tard, il deviendra entraîneur et conduira le Panathinaïkos d'Athènes en finale de la Coupe des champions perdue contre l'Ajax Amsterdam d'Arie Haan et du jeune Johan Cruyff. Il mène ensuite une carrière d'entraîneur globe-trotter, qui le mène au Chili, en Australie, en Egypte...

En 2002, pour son 75e anniversaire, le grand stade de Budapest est rebaptisé à son nom. Mais Puskas est déjà très amoindri. Ses dernières années seront tristes : malade et désargenté, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa disparition n'en a pas moins entraîné de nombreuses réactions à travers le monde. Le Real Madrid, notamment, lui a rendu un hommage attristé.

© La Libre Belgique 2006