Si les Diables Rouges n'avaient pas encore touché le fond lors de cette campagne qualificative pour l'Euro 2008, ils l'ont touché au stade Roi Baudouin mercredi soir face à la Pologne. La classe sportive belge n'a pas manqué de réagir par rapport à cette mascarade de match de nos "soi-disant" onze meilleurs ambassadeurs du football belge. Parmi les détracteurs des Diables, Georges Grün ne cachait pas sa colère.

"Il ne faut pas se mentir, soulignait d'emblée l'ancien Diable Rouge, notre équipe nationale n'est nulle part. La Belgique n'est même plus apte à battre à Bruxelles le Kazakhstan qui a le niveau du grand-duché de Luxembourg. Nos joueurs manquent d'enthousiasme et de détermination sur le terrain. Ils donnent l'impression d'être déjà satisfaits d'être là. Aucun ne cherche à se surpasser."

Cette défaite lors de la rencontre dite "de la dernière chance" a sans doute été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Face à des Polonais déforcés par l'absence de cinq titulaires, les Diables n'ont jamais fait douter leurs hôtes. Sans créativité ni fond de jeu, leur football manquait d'âme. Cette âme avait fait la réputation de notre équipe nationale à la "grande époque" - trop lointaine - des Grün, Demol, Clijsters, Pfaff, Gerets et autres Ceulemans.

Une autosuffisance à casser

"A l'époque, nous étions capables de mouiller notre maillot, . Je me souviens des frissons lors de notre demi-finale de 1986 face à l'Argentine. Ce périple semble surréaliste vu ce que vivent actuellement nos Diables. Nous nous surpassions à tous les instants. Intrinsèquement, la génération actuelle est aussi talentueuse que la nôtre. La différence entre ces deux groupes se situe sur le plan mental et économique. Nous jouions plus au mental. Aujourd'hui, les joueurs vivent dans l'aisance. Ce confort financier les rend suffisants à outrance sur le terrain."

Georges Grün n'est pas passéiste, mais déplore la crise que traverse notre football.

"Depuis des années, nous n'assistons plus à de beaux matches des Diables. Nous sommes pris dans une spirale négative. Je m'inquiète du manque de réaction des acteurs. Les joueurs ne sont pas troublés par les résultats tandis que René Vandereycken semble toujours satisfait de ses joueurs. Nous nous complaisons dans le mauvais. Personne n'a conscience de la gravité de la situation."

Pour sortir de ce bourbier, Georges Grün ne va pas par quatre chemins. "Nous ne pouvons pas entrevoir de perspectives plus prometteuses tant qu'un sérieux coup de balai ne sera pas donné. Je ne vois rien de positif dans l'actuelle génération des Diables. Allons alors voir la toute jeune génération de Diablotins qui se transcende à tous ses matches. Si nous poursuivons sur ces bases, nous ne nous qualifierons plus pour des phases finales de Coupe du Monde ou de championnat d'Europe. Faire table rase de tout pour reconstruire avec les jeunes poursuivra notre période de disette de deux à trois ans mais, au moins, après nous aurons une équipe nationale."

Des choix très contestables

Georges Grün ne cache pas son inquiétude quant au travail opéré par René Vandereycken. Il s'interroge sur les critères de sélection du coach fédéral. Il est vrai que sur les onze joueurs qui ont entamé la rencontre face à la Pologne, seuls quatre méritent leur sélection : Stijn Stijnen, Daniel Van Buyten, Thomas Vermaelen et Timmy Simons. Et les autres ? Soit ils sont en manque de rythme vu leur très faible temps de jeu dans leur club comme Carl Hoefkens ou Philippe Léonard. Soit ils ne parviennent pas à exprimer leur talent en équipe nationale. Quant à Emile Mpenza, il est difficile de le juger tant le niveau entre son club qatari et celui des Diables est différent.

"Je ne m'explique pas l'absence des joueurs de la meilleure équipe du championnat, Genk. Des Pocognoli, Bailly ou Chatelle - blessé - mériteraient d'être titulaires. René Vandereycken devrait composer son groupe avec des gens motivés qui n'affichent pas ce masque d'autosuffisance. Nous avons déjà perdu assez de points. Trop même. Nous n'irons pas au prochain Championnat d'Europe car il nous faudrait un miracle. Nous ne gagnerons pas face au Portugal, à la Finlande ou à la Serbie. Pourtant, la Belgique est censée être une très bonne moyenne nation du football."

© La Libre Belgique 2006