Un carnage. Voila comment on pourrait résumer ce 8e de finale entre Schalke 04 et le Real Madrid. Pourtant, les Espagnols arrivaient en Allemagne avec une stat peu reluisante: en vingt-cinq déplacements outre-Rhin, ils n'avaient remporté qu'une seule petite victoire. Un chiffre que l'on leur avait rabattu maintes fois avant cette rencontre.

Mais voila, les Merengues n'aiment pas qu'on titille leur orgueil. Ce déplacement en terre teutonne était l'occasion de laver l'affront. Pas de chance pour eux, ce sont les Königsblauen qui en ont fait les frais. Pourtant, les choses débutent bien pour eux. Dès la première minute, ils surprennent la défense madrilène et manque le cadre de peu. Quel round d'observation ? Avec sa fougue et sa jeunesse, Schalke n'a peur de rien et joue avec l'insouciance que lui offre sa classe biberon, emmenée par le jeune Julian Draxler. Oubliée la direction qui dépense chaque année des millions durant le mercato pour finalement se retrouver sans rien dans la besace, si ce n'est un statut de loser magnifique.


Le Real régale

Durant les dix premières minutes, les Allemands pressent et rendent difficiles les sorties castillanes. Les deux équipes se rendent coup pour coup, même si personne ne parvient à se crée de véritables occasions. Au Real, la consigne est claire: tout doit passer par Ronaldo. Tout auréolé de son titre de meilleur joueur de la planète, le Portugais est intenable. Appels incessants, passements de jambes, courses vers l'avant, toute la panoplie de CR7 y passe.

A la 13e minute, c'est lui qui offre le but à Karim Benzema. Profitant d'un très bon travail de Gareth Bale, Ronaldo dévie du talon pour la Benz', qui ne se prive pas pour ouvrir le score. La jeunesse de Schalke devient ici une faiblesse, tant la défense se fait avoir comme une... Königsblauen.

Qu'à cela ne tienne, les hommes de Jens Keller répliquent aussitôt. Sur un centre de Kevin-Prince Boateng, Pepe et Ramos ne se parlent pas (un comble, pour ces deux grandes gueules !), ce qui permet à Draxler de reprendre à bout portant. Mais l'Allemand se heurte à Iker Casillas, qui sort une parade d'anthologie à vous faire oublier n'importe quel Diego Lopez.

Schalke a loupé sa chance. Car après ce coup de semonce, le Real impose progressivement son rythme, prive son adversaire de ballons, l'empêchent de se déployer. Symbole de cette mainmise sur le jeu, la percée de Gareth Bale à la 21e minute. Le Gallois y va tout seul comme un grand, se débarrasse de Santana et Kolasinac grâce à une impressionnante maîtrise technique, avant d'ajuster Färhmann. Encore une fois, une perte de balle coupable permet à Benzema de bien servir son compère à cent millions d'euros, qui inscrit ainsi son troisième but en C1.

La deuxième partie de cette première période est totalement à l'avantage du Real. Bale, Benzema, Modric et Di Maria mettent le feu à la défense. Ronaldo touche le poteau peu après la demi-heure suite à une course folle qui prend tout le monde de vitesse, y compris ses coéquipiers. Seule éclaircie dans la grisaille allemande: la présence de Jefferson Farfàn. Le Péruvien est le seul à insuffler un peu de rythme au jeu de Schalke. Mais c'est trop peu, surtout quand on affronte une telle armada offensive. Et surtout quand on a en face de soi un homme de 28 ans en pleine réussite, capable de tout sur un terrain.


Ronaldo, trop vite, trop fort

Au retour des vestiaires, c'est Schalke qui allume la première mèche. Boateng, peu à l'aise en première période, décoche un boulet de canon en direction de Casillas. Mais une fois de plus, San Iker est impeccable et détourne la balle.

Echaudés les Merengues ? Même pas ! Cinq minutes après, Cristiano Ronaldo ouvre son compteur but au terme d'une superbe action lancée par Bale. Le Britannique trouve son compère portugais, qui finit le boulot "à la Ronaldo". Accélération, double passement de jambes, tir et surtout but. Le tout sans se décoiffer. Parfait. Quand il ne marque pas, le Ballon d'Or 2013 offre les goals. A la 57e, il joue le une-deux avec Benzema, qui s'offre le premier doublé de la soirée en plaçant le ballon sous le pauvre Färhmann. KO, Schalke réplique faiblement, via un tir mollasson de Farfàn, qui montre bien l'état d'esprit allemand à l'heure de jeu: défait.

Le calvaire ne s'arrête pas là. A la 69e, Gareth Bale signe à son tour un doublé, collant ainsi une solidemanita à ses adversaires. Le dernier Galactique en date est parfaitement servi en profondeur par Sergio Ramos. Si même les défenseurs s'y mettent... Les vingt dernières minutes sont plus calmes. Schalke 04 n'attend que le retour au vestiaire, le Real, quant à lui, veut continuer à s'amuser avec le ballon.

Mais il y a un souci pour Ronaldo. Malgré un match étincelant, il n'a pas mis autant de buts que ses copains Bale et Benzema. Son honneur est "lavé" à quelques secondes de la fin du match. L'espace d'une minute, l'équipe adverse est rebaptisée Schalke... 0-6. Heureusement, les Köningsblauen peuvent compter sur un but de "Klaas" mondiale signé Huntelaar.

La reprise de volée en pleine lucarne du Néerlandais est le dernier fait de ce match à sens unique, où tout a été trop vite, trop haut, trop fort pour Schalke. Non, les Allemands n'ont pas démérité. Mais en face, il y avait plus qu'un club, il y avait une véritable institution qui s'est révélée juste trop forte pour une équipe en devenir, mais qui n'a pas encore l'aura d'un grand d'Europe. Un ténor, le Real l'est, assurément. Et il ne doit pas craindre le match retour dans son antre du Santiago Bernabeu. Tout au plus doit-il savourer ce triomphe net et sans bavure, qui lui permet de lancer un signal fort au Barça ou au Bayern Munich: cette année, la Ligue des Champions doit revenir à Madrid. La Decima, une véritable obsession pour le club. Et pour Ronaldo, qui ne rêve que d'une chose: pouvoir soulever cette coupe aux grandes oreilles qui se refusent à lui depuis 2008. Une éternité.


Chelsea allume la mèche, le Gala met le feu

Un départ de sprinter pour les Blues, un Galatasaray en mode diesel bien remanié en cours de match par Mancini, deux ingrédients pour un partage somme toute mérité, et qui arrange les deux équipes en vue du match retour.

Le coup de sifflet initial de l'arbitre s'entend à peine dans la clameur stambouliote. Chants et fumigènes sont au rendez-vous dans des tribunes tellement bouillantes qu'elles ont fait fondre la neige depuis le succès homérique face à la Juve en décembre dernier.

La brume se dissipe, et dévoile rapidement les flancs de Mourinho. Avec Schurrle, Willian et Hazard en soutien de Torres, José a sorti les sprinters pour harceler la relance turque et profiter des gouffres laissés dans le dos de la paire centrale. Chelsea manque d'en profiter une première fois quand une relance catastrophique de Muslera échoue sur Willian. La frappe du Brésilien est détournée de la tête par le portier local, dans une parade aussi originale que désespérée. Quatre minutes. Le ton est donné.

Chelsea fait le dos rond et bloque les transmissions vers les maestros stambouliotes. Les ballons vers Inan et Sneijder sont tranchés par les courses de Willian et Ramires. Du coup, le Gala prend des risques et produit du déchet à un rythme industriel. Il ne faut que neuf minutes à Chelsea pour en profiter: récupération de Schurrle, dédoublement supersonique d'Azpilicueta, centre en retrait vers Torres, et but. Sur la touche, Mancini n'est qu'à quelques mètres de Mourinho mais au tableau noir, il a des kilomètres de retard.

Les héros turcs, les sprinters londoniens

Le Gala s'en remet donc à ses héros. Drogba fait parler les muscles, et Sneijder les méninges. Peu avant le quart d'heure, le Néerlandais invente une ouverture divine du pied gauche vers un Ivoirien maladroit et signalé hors-jeu. Sneijder, mauvais pied mais bon œil. Comme si Picasso avait peint ses chefs d'œuvre de la main droite.

Et même avec les mains, Wes' peut faire la différence. Une touche malicieuse du maestro surprend Cahill et permet à Yilmaz de centrer vers Hajrovic qui, esseulé, dévisse dans les tribunes. Chelsea se retranche et profite des autoroutes dans la défense turque pour appuyer sur l'accélérateur à chaque récupération. Le Gala répond avec les muscles, mais se fait perforer par les courses de Schurrle, dont la passe pour Ramires aboutit sur un tir au milieu du virage.

Débordé, Mancini fait bouger ses pions. Exit Hajrovic, Yekta vient muscler l'entrejeu pour assurer les transmissions et soulager la défense. Et les Turcs se réveillent. Un beau mouvement côté gauche d'abord, conclu par une frappe piégeuse de Telles bien négociée par Cech. Un superbe but de Yilmaz, ensuite. Touche jouée rapidement grâce à un ramasseur de balles qui dégaine plus vite que Lucky Luke, le matadorstambouliote exécute Cech via le poteau dans un angle si fermé que tu n'aurais pas su le mesurer avec ton équerre aristo. Mais le malicieux John Terry avait gardé le premier ballon en mains, et ne s'est pas privé pour le balancer au milieu de l'action. Crapuleux, mais salvateur. C'est touours 0-1.

Une chevauchée folle d'Azpi et une perte de balle grossière du Gala plus tard, Muslera et Mancini peuvent souffler. Leur axe central n'est pas sorti des vestiaires, et l'addition reste clémente.

Visiblement, Chedjou et Balta se sont bien plus pendant les 45 premières minutes. Du coup, ils continuent leur match de vétérans et sont aspirés par Torres sur une superbe passe d'Hazard. Muslera ferme son but à double tour. Chelsea s'éteint, et le Gala prend place dans la lumière.

Inan l'architecte, Sneijder le sniper

Inan prend le match en mains, imagine une talonnade folle aux trente mètres et trouve Yilmaz, qui manque bien de tromper Cech via une intervention salvatrice mais dangereuse de Cahill. Et puis Sneijder se place au point de corner. Épisode un: tête de Drogba, reprise aérienne d'Inan, poteau. Épisode deux: trajectoire folle, hésitation de Cech, intérieur pied de Chedjou, un partout.

Chelsea joue avec le feu, et le Gala est bouillant. Cech se rattrape de son approximation en jouant les pompiers. En repoussant un centre tendu d'Eboué d'abord, en claquant au-dessus du but un missile parti du pied de Telles ensuite. Les Turcs ne relâchent pas l'étreinte, et Chelsea étouffe. Mourinho sort les poumons d'Obi Mikel de son banc pour retrouver de l'air. De l'autre côté, c'est Drogba qui quitte le pré sous les applaudissements du Cimbom et du Special One. Temps mort, Chelsea souffle, l'orage stambouliote est passé.

Une talonnade aérienne de Bulut, un énième tampon non sanctionné de Melo et une séance de ball-trap de Mikel égaient à peine dix dernières minutes en mode mineur, personne ne voulant encaisser un deuxième but plus lourd de conséquences qu'un hypothétique avantage. Chelsea revient à Londres avec un résultat plutôt favorable dans les valises, et le Gala s'offre le droit d'y croire encore.


Cristiano Ronaldo (attaquant du Real Madrid, auteur d'un doublé), au micro de Canal+: "Notre équipe a joué de nombreux très bons matches, celui-ci en est un de plus. Nous avons bien joué et nous n'avons pas laissé Schalke évoluer à son meilleur niveau. Nous sommes satisfaits et nous ne sommes plus qu'à un pas du prochain tour. (Le gardien de Schalke) a très bien joué et fait de nombreux arrêts, mais j'ai confiance dans mes capacités et mes équipiers m'ont beaucoup aidé. Je suis très content d'avoir inscrit deux buts."

Carlo Ancelotti (entraîneur du Real Madrid): "Je suis satisfait de tout, parce que l'équipe a joué un match parfait. Après le but rapide, nous avons eu beaucoup d'espace, ce qui explique cette soirée parfaite. C'était fantastique, tout a bien marché pour nous. Il y a un match retour et le football est bizarre. L'avantage est conséquent, mais il faudra s'assurer de passer. Nous devons respecter Schalke et nos supporteurs, donc on donnera le maximum au match retour. (Au sujet des statistiques très négatives du Real jusque là en Allemagne) Nous n'avons pas pensé à la malédiction en Allemagne, mais à faire tout ce que nous pouvions pour gagner le match et prendre le contrôle de la partie dès que possible."

Horst Heldt (directeur sportif de Schalke): "Il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut être déçus, beaucoup au sujet desquelles on peut s'énerver. Pendant les 12 premières minutes, on a joué plus que correctement. Les deux premiers buts que nous encaissons étaient parfaitement évitables, on les a offerts au Real Madrid. On peut toujours se demander ce qui serait arrivé si on avait égalisé, mais la suite a montré qu'il y avait une différence. On a tout simplement fait trop de fautes. C'est un apprentissage par lequel notre équipe doit passer."

Karim Benzema (attaquant du Real Madrid, en espagnol, au micro de Canal+): "Gagner à l'extérieur et de cette façon est très positif. Nous avons joué à un très haut niveau et nous sommes donc satisfaits. Comme toujours, j'ai joué pour mes coéquipiers et en plus j'ai réussi à marquer deux buts. Cela me rend heureux. Nous sommes dans une très grande forme et nous verrons si nous arrivons à poursuivre ainsi."

Jose Mourinho (entraîneur de Chelsea), au micro de UK Sky television: "Je pense que nous avons obtenu un résultat logique. En première période, nus étions la meilleure équipe et nous avons raté l'occasion de tuer le match. En seconde période, ils ont mis plus de pression sur nous et nous avons joué plus en défense. Mais au final je pense que le résultat est logique. Nous avons l'opportunité de marquer trois buts. Nous créons mais nous pêchons souvent dans le dernier choix, la dernière passe, le dernier mouvement. Nous ne sommes pas une équipe capable de tuer son adversaire (...) je ne peux pas critiquer mes joueurs, ils jouent les uns pour les autres, ils montrent une réelle discipline tactique. Je peux juste souligner que nous avons obtenu un résultat acceptable dans un stade où il est très difficile de jouer. Torrès fait une saison tout à fait acceptable, il a été blessé à deux reprises à des moments importants, entre ces deux périodes il a été très bon (...) aujourd'hui il a beaucoup donné mais il n'a pas pu finir la partie alors j'ai dû le remplacer. Drogba aura dans deux semaines le meilleur accueil de toute sa vie. Stamford Bridge montrera son respect et son amour pour la légende du club qu'il est (...) mais pendant quatre-vingt dix minutes il va vouloir gagner, alors il ne sera pas notre ami".

Roberto Mancini (entraîneur de Galatasaray): "Nous avons démarré la rencontre avec beaucoup trop de respect pour Chelsea. Nous aurions dû nous montrer beaucoup plus agressifs, comme nous avons réussi à le faire en seconde période (...) nous avons joué avec un peu trop de retenue et on les a laissé pratiquer la contre-attaque, où ils excellent, et en plus nous avons fait trois-quatre erreurs, notamment sur leur but. Le match retour à Londres sera difficile. Mais je crois qu'après ce qu'ils ont fait en seconde période, les joueurs ont compris qu'ils pouvaient passer ce 8e de finale, cette seconde période a été très importante, nous avons bien joué et je suis confiant (...) pour moi, la Premier League est le meilleur championnat au monde et Chelsea une des meilleurs équipes au monde (...) après ce match, je crois que nous avons encore 40% de chance d'accéder aux quarts de finale".