Le RWDM, c’est un club mythique du football belge. Un club à part, à l’histoire mouvementée, qui n’a jamais été épargné. Un club qui a connu les sommets : champion de Belgique, des participations aux coupes européennes, des duels d’anthologie avec le voisin anderlechtois…

Et puis il y a la lente descente aux enfers, celle qui emmènera le club jusqu’à la faillite en 2002. Un moment douloureux pour tous les fervents du club aux quatre lettres magiques. Un déchirement pour tous. Mais depuis, ils n’ont jamais perdu espoir. L’espoir d’un jour voir leur club renaître de ses cendres.

Au cours des treize dernières années, il y a bien eu quelques tentatives pour faire revivre le club, mais aucune ne tenait vraiment la route. Et puis, au début de cette année, l’espoir était de retour lorsqu’un projet de renaissance du RWDM a vu le jour. Emmené par plusieurs investisseurs bruxellois, véritables passionnés du club, par des personnalités importantes du monde du sport belge, comme Philippe Housiaux, pour ne citer que lui, porté par d’autres passionnés comme Thierry Dailly, manager sportif, le projet a doucement pris forme et s’est construit avec sérieux.

Une condition sine qua non

Mais pour voir le RWDM, il fallait quelques conditions, comme le retour du club dans son stade, le stade Edmond Machtens. Seulement voilà, au moment où le RWDM est venu frapper à la porte de la commune de Molenbeek, cette dernière s’apprêtait à signer un bail de neuf ans d’exclusivité du stade Machtens avec le White Star, arrivé en provenance de Woluwe-Saint-Lambert après avoir été repris quelques mois plus tôt par un certain John Bico, agent de joueurs, devenu directeur du club étoilé.

C’est là qu’une longue bataille, un véritable bras de fer s’est engagé entre les responsables du RWDM, la commune de Molenbeek et le White Star. Alors que l’accès au stade Machtens lui a été refusé dans un premier temps, le RWDM est parvenu à convaincre la commune du sérieux de son projet. Il a alors été proposé au club molenbeekois d’évoluer sur le terrain C du stade Machtens. Une demi-victoire. Mais rapidement, le White Star, club professionnel évoluant en division 2, a refusé la cohabitation avec un RWDM aligné en promotion, soit deux échelons plus bas. Il y a quelques semaines, l’affaire a même été portée devant les tribunaux par le White Star qui refusait de partager son terrain d’entraînement avec le RWDM.

Plaidoyer pour un terrain mythique

Lors des plaidoiries, les trois parties ont alors exposé leurs arguments. Le RWDM et la commune de Molenbeek demandant alors d’évoluer sur le terrain A, libre une semaine sur deux, de quoi laisser le terrain C au White Star pour ses entraînements et ses jeunes. Finalement, ce mercredi, la justice a tranché et sa décision d’accorder le terrain A au RWDM a fait le bonheur de tout le clan molenbeekois.

Tous ceux qui se sont battus depuis des mois pour un retour du club mythique voyaient enfin le bout du tunnel et les supporters s’imaginent déjà en train d’encourager leurs couleurs, dans leur stade mythique, dans la tribune où ils ont déjà vécu tant de belles choses et comptent en vivre de plus belles encore dans les années à venir.

"C’est magnifique", exulte Thierry Dailly. "Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’ai versé une larme. On s’est battus depuis des mois pour en arriver là. On y a laissé beaucoup d’énergie mais nous nous sommes toujours battus pour ces supporters qui le méritent tant. Nous savourons cet instant", confiait Thierry Dailly au moment d’apprendre la décision du tribunal. Après toutes ces péripéties, reste désormais à ce nouveau RWDM à écrire une nouvelle belle page de son histoire.


La saga qui empoisonne la vie politique locale

Le rôle de supporter a parfois dépassé le rôle politique chez certains, que ce soit dans la majorité ou dans l’opposition", commente la bourgmestre molenbeekoise, Françoise Schepmans (MR), au sujet des divisions au sein de sa propre majorité (NdlR : MR-CDH-Ecolo) qu’a provoquées le feuilleton du retour du RWDM, le club historique de la commune, dans "son" stade Edmond Machtens.

En ce mercredi 12 août, Françoise Schepmans savoure néanmoins sa victoire. Le tribunal de première instance de Bruxelles vient tout juste de rendre un jugement autorisant le club de football à occuper le terrain principal de son stade historique. Un avis qui donne raison à la maïeure libérale et son collège qui ont intenté, il y a quelques mois, une action en justice en ce sens. "Je suis très satisfaite de cette décision parce que mon souhait, depuis le début, c’est que les deux clubs puissent cohabiter. Ils ont chacun leurs intérêts et sont complémentaires, plutôt que concurrents", explique la bourgmestre.

Supporters et électeurs

L’avenir dira si cette véritable saga, qu’est devenu le retour du RWDM dans son ancienne enceinte, a trouvé son épilogue. Depuis quelques mois, le dossier a pris une tournure éminemment politique. C’est que le stade Edmond Machtens est une propriété communale, et que les élus locaux ont donc leur mot à dire sur le nom du locataire. Mais aussi que le club continue à susciter la passion auprès de ses nombreux sympathisants. Des supporters qui sont aussi des… électeurs.

Cumul gênant

L’opposition va ainsi hurler, pendant des mois, à la trahison, accusant la majorité de rouler pour le Royal White Star (RWS), ou du moins de ne pas tout faire pour défendre les intérêts du club molenbeekois. Il faut dire que le cumul de Michel Eylenbosch (MR), qui occupe à la fois la fonction de président du conseil communal et celle d’operation manager au sein du RWS, donne du grain à moudre aux supporters molenbeekois. Celui-ci a d’ailleurs récemment traité sa propre majorité de "populiste". Quant à l’échevin des Sports, Ahmed El Khannouss (CDH), il n’a jamais caché sa préférence pour le RWS, jugeant le projet plus sérieux.

Tensions au conseil communal

La température a continué à monter, à tel point que de grosses tensions ont éclaté lors du conseil communal du 3 juin dernier. Les membres de la majorité se sont alors fait copieusement insulter, mais aussi menacer, par plusieurs supporters. C’est sous escorte policière, et sous les cris menaçants de plusieurs supporters, que la bourgmestre avait dû quitter, ce soir-là, le château du Karreveld.


Un public sans faille

Alors qu’il n’évoluera qu’en promotion, soit la division 4 de notre football, le RWDM peut compter sur le soutien sans faille de son public. Eux qui attendaient ça depuis 13 ans ont répondu favorablement à l’arrivée de ce nouveau projet. Plus de 700 abonnements ont déjà été vendus et l’annonce de l’obtention du stade Machtens devrait faire exploser ce chiffre pour rapidement dépasser la barre du millier d’abonnés. D’autant que lors des deux précédentes rencontres de Coupe de Belgique, disputées sur la pelouse de Asse, on dénombrait près de 800 entrées payantes, preuve de l’engouement qui règne autour de ce club. Evoluer au stade Machtens aura également un impact positif sur les finances du club. En effet, quelques investisseurs attendaient cette annonce pour rejoindre le projet. Ils devraient donc rapidement injecter de nouveaux fonds dans le club, de quoi lui permettre de grandir encore plus dans les mois et années à venir.


La reprise de l’école des jeunes par le RWS

L’occupation des installations du stade communal Edmond Machtens n’est pas le seul dossier liant la commune de Molenbeek et le White Star (RWS). La reprise de l’école de formation des jeunes de Molenbeek est également l’autre gros dossier à suivre. Comptant quelque 500 jeunes footballeurs inscrits, l’école compte beaucoup pour de nombreux parents et enfants de la commune. Cette école, c’est le RWS qui en a repris la gérance. "Tous les jeunes ont déjà été repris, et on est dans la phase de liquidation de l’ASBL communale. La commune n’a pas pour mission de gérer une école", explique l’échevin des Sports Ahmed El Khannouss (CDH), qui se félicite de la reprise par le RWS. "Cela permet d’assurer à un avenir à cette école des jeunes", souligne l’édile humaniste.