S’il est vrai que la répétition est la vertu de la pédagogie, cette première descend aussi comme une chape de plomb sur l’actualité.

La semaine passée, la tentative de suicide de l’arbitre Rafati mettait en effet l’Allemagne à deux doigts du feu et du sang. Sept jours plus tard, la Belgique connaît à son tour un cas miroir. Ce samedi, dans les anecdotiques toilettes du stade Edmond Leburton, l’arbitre-assistant Chris Schelstraete, a lui aussi tenté d’attenter à sa vie à quelques coups d’horloge du match Tubize-Brussels (D2).

Entre les deux affaires, le lien apparaît aussi épais qu’un câble de téléphérique. Si le sujet se trouvait demain confié à des bacheliers de philosophie, ceux-ci auraient tôt fait de trifouiller dans la théorie du "désir mimétique" de René Girard pour "expliquer" le geste de Chris Schelstraete. Comment en effet écarter d’un coup de pied l’idée que le cas allemand de Rafati n’ait pas pu servir de modèle ici ? Comment aujourd’hui nettoyer ou nier le symbole que constitue désormais l’arbitre allemand ?

Pour que Rafati ne puisse "faire école", encore faudrait-il tirer de son cas tous les enseignements. A cet égard, le commentaire dégoupillé samedi par l’arbitre Claude Bourdhouxe ne risque pas d’armer la réflexion sur le sujet. Réagissant au cas de Chris Schelstraete, Bourdhouxe - entre le bon et la brute - semblait par instants truander l’arbitre-assistant : "Je ne pense pas que ce soit lié au football ou à l’arbitrage. S’il ne s’estimait pas prêt, il pouvait demander à se faire remplacer, même dans des délais très courts." S’il l’ignorait, l’arbitre Schelstraete saura donc désormais à quoi s’en tenir

Loin de ses propos en mottes de terre et du bon sens "paysan" de M. Bourdhouxe, le psychologue Jeff Brouwers (employé, entre autres, par Malines et la Commission centrale des arbitres) s’esquinte de son côté à dresser un véritable bilan de santé. "Il est évident que la pression époumone les arbitres comme les joueurs même si tout acte de ce genre (tentative de suicide) se situe toujours à l’intersection de trois composantes : situation professionnelle, situation privée et caractère personnel." Et lorsqu’on lui rappelle que l’actualité, comme une boîte de Pandore, ne semble déverser que les heurts et malheurs d’arbitres licenciés, Brouwers explique pourquoi les joueurs restent aujourd’hui écartés des chemins de traverse et de la voie des suicidés. "Il ne faut pas oublier que les joueurs sont protégés par une forme de compagnonnage" , précise le psychologue. "Toute la semaine, les joueurs se retrouvent ensemble à l’entraînement, attachés aussi à un encadrement qui, même lorsqu’il ne comporte pas de dimension purement psychologique, leur permet de relativiser plus rapidement la pression."

Eu égard à cette situation, les arbitres paraissent quant à eux trébucher dans ce que Koltès nommait " la solitude des champs de coton ". " Un arbitre reçoit ses points (forme de cotation) par Internet, digère tout seul les remarques de la commission ou de la fédération, avale dans la même solitude, une éventuelle dégradation. Humainement, tout cela est difficile. "

Mais la solitude reste un bagne partagé. Entre les arbitres et les entraîneurs, l’isolement s’étiquette dans les deux cas comme un revers du métier. Hier à 42 ans, l’entraîneur du Pays de Galle, Gary Speed, s’est lui aussi suicidé comme pour rappeler que le monde du ballon marche sur sa tête ou boîte à tout le moins des deux pieds.

Consciente que le malaise dormait déjà dans les sifflets, la Commission centrale des arbitres (CCA) avait d’ores et déjà mis une aide psychologique à la disposition des arbitres demandeurs. Au vu des événements derniers, il semblerait que cet écho ne suffise plus à l’appel de détresse lancé.