ANDERLECHT Sous ses airs bougons et en dépit de la mine de chien battu qu'on lui connaît depuis que le monde est monde et que la balle est ronde, Jan Ceulemans possède un incontestable sens de l'humour. L'entraîneur de Westerlo excelle, en fait, dans l'autodérision. Mieux: il manie celle-ci quand on s'y attend le moins, permettant à son public de bénéficier pleinement d'un effet de surprise qui relève, alors, du plus haut comique.

Ultime exemple en date: la manière dont Jan Ceulemans a préparé le déplacement de son équipe au Sporting d'Anderlecht. Les jours précédant le match, le Campinois s'était plu, ici et là, à disserter de son métier tout en évoquant son avenir: «Je devrais peut-être m'en aller trouver mes dirigeants afin de réclamer une réévaluation de mes émoluments». Ou encore: «Que l'on ne pense pas à moi dans les grands clubs ne me dérange pas.» Puis vint ceci: «J'essaie d'accorder de l'attention aux systèmes tactiques mis en place par nos adversaires. (!) Le football est finalement un jeu très simple dès l'instant où on comprend ce qu'il faut faire en certaines circonstances.»

Depuis samedi, et la cinglante défaite essuyée par Westerlo au Parc Astrid, Jan Ceulemans est désormais sûr d'une chose: pour avoir laissé ses joueurs évoluer contre Anderlecht d'une façon aussi naïvement suicidaire, il est, d'une part, peu probable que les termes de son contrat, qui s'achève en juin, seront revus à la hausse par ses employeurs. En outre, il y a peu de chances, également, que Jan Ceulemans fasse rapidement ce grand saut vers une formation de haut niveau qu'il appelle, pourtant, inconsciemment de tous ses voeux. Enfin, en offrant aux Anderlechtois une telle liberté d'expression, principalement dans le chef d'Aruna Dindane, Jan Ceulemans a donné l'impression, samedi soir, de n'avoir rien compris aux intentions affichées habituellement par le Sporting en championnat. Tout y est passé. Marquage extrêmement lâche sur l'Ivoirien, que l'on retrouva dans quatre des cinq goals d'Anderlecht (dont les trois premiers) et mise en place totalement déficiente du onze de base campinois, où rares étaient ceux à savoir ce qu'ils avaient à faire, avec, au bout du compte, le sentiment que le score aurait pu être plus lourd tandis que chaque action locale coïncidait avec une occasion de but: Jan Ceulemans devait, en fait, solidifier son secteur défensif, et il ne l'a pas fait. N'a-t-il pas voulu? N'a-t-il pas pu? Dans le premier cas, c'est gra- ve. Dans le second, nous dirons que des rencontres comme celle-ci, on risque d'en voir pas mal cette saison entre Anderlecht et certains de ses rivaux. Passons dès lors vite à autre chose. À la BeNeLiga, par exemple, ou à une compétition à douze ou quatorze? Au fait: avec ou sans Jan Ceulemans? Allez! Ne soyons pas vache: on a quand même bien ri!

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