Rendez-vous à Liège avec l’ex-homme fort du Standard. Il s’est livré sans tabous sur les dossiers chauds. Dont son avenir : "Il faudrait voir si toutes les conditions sont réunies pour me lancer dans un nouveau challenge."

Ses interviews sont tellement rares qu’elles se comptent sur les doigts de la main. Lucien D’Onofrio peut être bavard mais en privé et en toute confiance. Après plusieurs mois de flirt, de rendez-vous manqués et de "je n’ai rien à dire, tu sais", l’ex-homme fort du Standard, celui qui restera à tout jamais le dirigeant qui a ramené le titre à Sclessin (c’était déjà en… 2008 et 2009, une éternité en football) a accepté une entrevue à bâtons rompus.

À 61 ans, c’est un Lucien D’Onofrio en pleine forme avec qui nous déjeunons à la Cuccinella, un très bon restaurant italien situé dans le Carré à Liège. Le marché de Noël et ses milliers de visiteurs font tourner les automobilistes en bourrique. Il se prépare à passer la Saint Sylvestre au soleil de Floride. "Pas de vin pour moi à midi", dit-il. Et un plat light. Comme s’il se préparait physiquement à effectuer un come-back. Qu’il nous annonce à demi-mot.

"Il faudrait voir si toutes les conditions sont réunies pour me lancer dans un nouveau challenge. Je n’y suis pas opposé. Pas forcément en Belgique…"

Les Diables Rouges, Wilmots, les playoffs 1, le Standard, René Weiler, la disparition de son frère Dominique, Radja Nainggolan et même le dossier footleaks. Il répond à tout dans cette interview événement accordée à La DH-Les Sports.

L’œil toujours aussi affûté lorsqu’il s’agit de parler football.

Vous vous faites rare dans les médias…

"Vous savez comme moi que cela n’a jamais été mon exercice favori. Je vis entre Liège et le Portugal. Plus souvent en Belgique. Le foot belge, je ne le suis pas de très près même si je m’y intéresse. J’avoue ne pas aller souvent au stade sauf quand j’y suis invité. Comme à l’occasion de la venue de Braga à Gand en décembre. Au Standard ? Non, je n’ai plus mis les pieds à Sclessin depuis que le club a été racheté par Roland Duchâtelet. C’est mieux ainsi."

Le millésime foot 2016 a notamment été marqué par l’ Euro 2016 . D’où la Belgique est sortie groggy, presque traumatisée. Vous avez suivi ça de près vu que vous étiez sur place. Comprenez-vous la déception des Belges ?

"J’étais effectivement en France. En tant que supporter des Diables Rouges. Déçu ? Oui et non. Oui parce que le potentiel était et est toujours bien présent. Non car, pour aller au bout d’un tournoi, il faut aussi un peu de chance. Le Portugal n’a pas volé sa victoire finalement mais elle a profité de ce petit brin de chance quand elle en avait besoin. Cette équipe que personne n’attendait a forcé le destin, son destin. Ayant des liens sentimentaux très forts avec ce pays, j’ai évidemment été ravi de ce succès. Notamment pour le président de la fédération Fernando Gomes que je connais bien."

Être sorti par le pays de Galles en quarts de finale, ce n’est quand même pas glorieux !

"Elle a fait mal mais il faut l’analyser froidement et sans faire passer les émotions au-dessus de la raison. Kompany avait déclaré forfait avant le tournoi, Lombaerts n’était pas apte et, dans la foulée, vous perdez Vermaelen (suspendu) et Vertonghen (blessé). C’est beaucoup et visiblement trop. 50 % du secteur le plus délicat de l’équipe était absent, cela ne pardonne pas. Mais cela fait partie des aléas d’un tournoi."

Marc Wilmots avait-il fait son temps ?

"C’est une décision entre l’Union belge et lui. Durant quatre ans, il a effectué, j’ose le dire, un travail remarquable. Je pense que c’est un bon entraîneur. Il a des idées, il sait ce qu’il veut et il est très exigeant en premier avec lui-même. Aujourd’hui, je comprends qu’à ce stade de sa carrière, il privilégie un club plutôt qu’une sélection nationale. Le terrain tous les jours, cela doit le démanger. Mais il a raison de ne pas se précipiter. Il ne doit pas se tromper. Marc, comme n’importe quel entraîneur, a besoin de bons dirigeants même si le club reste le plus important de tout. Le marché connaît ses qualités, il a une bonne cote mais j’ai envie de lui dire qu’il n’y a pas que la Bundesliga dans la vie (rires) ."

L’arrivée de Roberto Martinez à la tête de notre équipe nationale vous séduit-elle ? Pourquoi pas un coach belge ?

"Martinez est un vrai passionné de foot, cela se sent mais il peut aussi d’emblée se mettre au-dessus de la mêlée. La Belgique championne du monde ? C’est possible mais, au-delà des qualités, il faut, je le répète, un peu de chance lors d’un tournoi. Il va devoir impérativement trouver un équilibre en défense. Offensivement, nous possédons toutes les cartes possibles. Défensivement, il faut progresser. Il a deux ans pour préparer ce secteur. Difficile d’aller très loin dans un tournoi sans une défense en béton."

Plusieurs de vos anciens poulains sont des pièces maîtresses de l’échiquier de l’équipe nationale même si tous ne connaissent pas une carrière exceptionnelle.

"Tous évoluent dans de grandes compétitions. Preuve que l’Académie Robert-Louis Dreyfus, qui faisait pleinement partie de la philosophie du Standard, a porté ses fruits. Fellaini ? Il est à Manchester United, l’un des plus grands clubs du monde, il joue régulièrement. C’est le type de joueur qui peut évoluer dans n’importe quelle grande équipe des championnats huppés. Witsel ? Il a déjà montré un très haut niveau tant en club que chez les Diables. Oui, il a le niveau pour s’imposer à la Juventus. Defour ? Il est moins costaud que les autres. Il doit donc se gérer. Il a effectué un bon passage à Anderlecht selon moi. Il a livré de bons matches mais il a manqué les titres. Burnley ? C’est la Premier League , tout va à 200 à l’heure, il doit gérer son corps mais le talent, il l’a."

Tant que nous sommes dans le chapitre équipe nationale, un mot sur Radja Nainngolan passé d’incontournable à (quasi) pestiféré ?

"C’est un joueur de très haut niveau. Lui aussi a sa place dans de très grands clubs. Il faut miser sur ses énormes qualités et accepter ses défauts. Il fume ? Et alors ? Vous pensez que c’est le seul joueur de foot qui fume…"