C’est un peu comme si les frustrations emmagasinées depuis des mois pouvaient d’un coup exploser. Hier soir, Lucas Biglia semblait même hésiter entre les larmes et les pas de danse, incapable d’oublier le passé.

Et derrière le propos secs et les mots hachés que Lucas Biglia avait hier choisi d’employer, se cachait aussi l’épisode du boycott de la presse au cours duquel le capitaine anderlechtois avait été pointé du doigt. "Je n’avais donné aucune consigne. Je devais écouter et respecter l’avis de mes 25 coéquipiers. Vous croyez qu’être capitaine revient juste à porter un bout d’étoffe autour du bras ? Eh bien, vous vous trompez. Les joueurs avaient estimé que c’était le seul geste fort à poser face à la suspension de Wasyl. On nous avait volé un gladiateur et la presse a préféré me prendre pour un rebelle et un instigateur. Ce n’est pas l’image de Biglia que j’ai voulu donner pendant six années. Je suis un homme normal au quotidien, pas le joueur que vous avez décrié."

Reste que la page anderlechtoise semble désormais se tourner, sans ratures, sans mauvaises impressions. Cité au Real Madrid, Biglia ne paraît pas douter de son avenir. "Lorsque je suis arrivé à Anderlecht, on n’a pas cessé de me répéter que je n’étais pas prêt pour l’Europe. Les gens se sont trompés. Si je débarque au Real, je devrai simplement m’adapter".

Et lorsqu’il s’agit de pointer ses limites, l’Argentin ne trouve presque que le ciel à citer. "Mes seules limites, c’est à la maison que je dois les trouver, si vous voyez de quoi je veux parler."

Mais, comme s’ils voulaient raccrocher ses pieds sur terre, certains dirigeants anderlechtois s’empressaient de préciser que son transfert n’était pas encore ficelé. "C’est vrai. Si cela tombe je reviendrai ici le 25 juin pour la reprise des entraînements et je me remettrai à travailler. Je ne sais pas de quoi mon futur sera fait mais comme joueur et comme personne, je ne peux plus me satisfaire de ce que j’ai. J’ai remporté trois titres et deux coupes : le tour de la question est fait."

Les dés pourraient d’ailleurs être rapidement relancés. Repris dans la présélection argentine au milieu de 30 noms, Lucas Biglia attend fermement la date du 17 mai où la liste sera raccourcie et ramenée à 17 joueurs. " Je veux gagner ma place mais je saurai aussi patienter. Je suis déjà très heureux que l’adjoint argentin, Claudio Gugniali soit venu me complimenter. Je veux être sur la liste le 17 mai."

Histoire de gagner un transfert qui sera, quoi qu’il advienne critiqué. "Ma fille me critique, l’entraîneur me critique, ma femme me critique. Je n’ai aucun problème avec cela pour autant que ce soit fait avec honnêteté. Contentez-vous de parler de football et là, je vous dirai que Suárez est notre meilleur joueur. C’est clair, c’est net et personne ne va discuter."

La valeur de Biglia ne se verra peut-être qu’une fois son départ acté. "Il y a quatre joueurs pour me remplacer. Bedi, Kljestan, Praet, Marecek. Ils vont y arriver."