Souriant de toutes ses dents, Georges Leekens a gravi d’un pas alerte les deux marches de l’estrade d’où il allait commenter, d’une voix ferme et sans l’once d’un remords, le contrat de trois ans qu’il avait signé avec le Club Bruges et sa nouvelle désertion au milieu du gué dans le cours, tumultueux, de sa longue et belle carrière.

Au milieu du gué ?

Non, justement. Le nouvel entraîneur du Club Bruges a beaucoup argumenté sur le sujet : "Je ne laisse pas en plan l’équipe nationale. Je comprends l’amertume de ses dirigeants - le contraire serait un désaveu de mon travail - mais je pense que 90 % de ma tâche y est achevée. Il ne manque que la final touch , la pose du toit sur l’édifice. J’avoue que cette final touch , je ne la pose pas souvent. Les fleurs, je les laisse à mes successeurs. Je pense qu’aujourd’hui le Club Bruges a davantage besoin de moi que l’équipe nationale."

Hier, à l’heure de midi, Georges Leekens a contacté le président fédéral François De Keersmaeker et Philippe Collin pour leur expliquer sa décision.

Rien n’aurait pu le faire changer d’avis : "L’équipe nationale a formidablement progressé en deux ans. Avec l’aide d’un encadrement technique éminemment professionnel, j’ai bâti un groupe de haut niveau. Je l’ai imprégné d’une mentalité exemplaire et doté d’une réelle intelligence. Je suis fier de ce que j’ai apporté aux Diables rouges. Fier de constater qu’ils répondent de nouveau avec empressement aux convocations. Tous mes internationaux sont devenus meilleurs. Dois-je rappeler que certains d’entre eux sont devenus champions nationaux et que quatre d’entre eux ont été élus joueur de l’année dans leur nouveau champion ? Grâce à mon action, l’image de l’équipe nationale, aux yeux des sponsors notamment, est redevenue attractive. C’est dur pour moi de ne pas continuer avec ces Diables-là. Je ne les aurais pas quittés si je n’étais pas persuadé qu’ils pouvaient continuer leur route sans moi."

Georges Leekens revient donc au Club Bruges, une entité qui lui tient à cœur : "C’est ici que tout a vraiment commencé pour moi. Mon premier match, je l’ai disputé au Klokke. Le public, d’emblée, m’a adopté. Il m’a intégré dans la grande famille du Club. Je l’ai quittée pour partir à l’étranger. Je suis et je reste un aventurier."

Georges Leekens reconnaît volontiers qu’il achève rarement ses contrats : "Je ne regarde pas le passé mais je demeure très ambitieux."