ÉCLAIRAGE

L'affaire risque de faire pas mal de bruit dans le giron assez fermé du football professionnel en Belgique. En fait, il pourrait même s'agir d'une bombe à retardement pour autant que toutes les parties concernées sachent qu'elle existe et qu'elles peuvent donc, le cas échéant, s'en servir.

Nous venons en effet d'apprendre que, par un jugement rendu en 1999 par le vice-président du tribunal de commerce de Liège, le juge Evrard, assisté, comme toujours dans ses délibérations, par deux juges consulaires, et confirmé en appel en mars de cette année, les commissions, souvent plantureuses, que prennent les managers à chaque transfert payant d'un joueur pro sont illégales aux yeux du droit belge. Ni plus, ni moins.

PAS D'INTÉRESSEMENT

Les faits d'abord, rapidement. Lors du transfert de Gunther Schepens au Standard de Liège en 1996 une convention est signée entre le club et son manager au travers de sa société, une sprl, l'European Football Consulting. Dans un premier temps, le Standard paie les dédommagements prévus (500 000 puis 250 000 FB) puis apprend par lettre de son joueur qu'il a changé de manager, le sien n'étant pas reconnu par la Fifa.

En 1997, Schepens est transféré au club allemand de Karlsruhe pour environ 57 millions de BEF. Quelques mois plus tard, European Football Consulting adresse une facture d'un peu plus de 5 millions au Standard puisque la convention de 1996 prévoyait son intéressement lors d'un éventuel transfert.

Le Standard refuse, en se fondant sur l'illicéité de la convention de 1996 et, à titre subsidiaire, sur la perte par European Football Consulting de sa qualité d'agent auprès de Gunther Schepens. Litige. Et l'affaire aboutit devant le tribunal du commerce.

LA JURISPRUDENCE EXISTE

Toute l'argumentation du magistrat repose sur l'arrêté royal du 28 novembre 1995 relatif à l'exploitation des bureaux de placement payants qui interdit pareille activité, à savoir l'attribution ou la négociation du potentiel du travail d'autrui moyennant rémunération. La seule dérogation prévue concerne les artistes du spectacle (la volonté d'y assimiler les joueurs de foot n'a pas été plaidée devant le tribunal), les agences d'intérim émargeant à un autre registre.

En clair, cela signifie donc qu'il existe désormais une jurisprudence reconnue en la matière puisque la décision a été confirmée par la Cour d'Appel de Liège. Libre évidemment aux clubs de l'utiliser comme bon leur semble; «Personnellement je préfère une convention claire et sans dessous de table avec un manager dont les clubs ont également besoin»

nous a déclaré Michel Verschueren, le... manager d'Anderlecht «D'ailleurs tous les joueurs fonctionnent comme cela».

A titre d'exemple, lors du transfert de Jan Koller à Dortmund son manager aurait empoché 10 pc, soit la coquette somme de 51 millions de BEF. Désormais c'est illégal en Belgique où nul n'est censé ignorer la loi.

© La Libre Belgique 2001