Entretien

Slaven Bilic, le sélectionneur musicien croate, a commenté par une formule, lapidaire mais révélatrice, la prestation des Diables rouges face à la Croatie. "Votre équipe nous a bougés !" Il a prononcé cette phrase à l’attention de Marc Wilmots qui sollicitait son avis sur la prestation des Diables rouges, mercredi soir.

L’équipe nationale venait, pourtant, de s’incliner pour la première fois à domicile depuis que Dick Advocaat l’a prise en charge.

Marc Wilmots a tiré les enseignements ponctuels de la prestation de ses joueurs avec sa lucidité et sa détermination habituelles.

Qu’attendiez-vous précisément de ce genre de match ?

Nous étions curieux d’apprécier le comportement individuel et collectif de nos hommes face à une très bonne équipe européenne. Certains ont répondu présents. D’autres moins. J’ai par exemple beaucoup aimé la montée au jeu de Sonck, qui a apporté plus de poids devant. Carcela a été virevoltant. J’ai apprécié un très bon Vermaelen. Globalement, nous avons vu de bonnes choses. Trois de nos ballons ont frappé le cadre, nous avons concédé peu d’occasions à notre adversaire, sauf en fin de rencontre. C’est un constat positif. Nous avons livré une prestation sérieuse, correcte. Je dirai que, pour nous, ce fut un très bon match amical.

N’avez-vous pas regretté le manque de rythme des Diables ?

Pour insuffler du rythme, il faut avoir le ballon. La Croatie n’est pas onzième mondiale pour rien. Modric, Olic, Kranjcar et consorts ne sont vraiment pas les premiers venus, ballon aux pieds. Nous pouvions attendre derrière en espérant repartir en contres. Hélas, nous avons eu du mal à trouver nos milieux de terrain.

Qu’est-ce qui n’a pas suffisamment bien fonctionné ?

Pendant les vingt premières minutes, nous avons connu des problèmes d’organisation défensive, qui se sont répercutés au milieu du jeu. Nous avons évolué homme contre homme dans l’espoir de ménager à nos arrières latéraux la liberté d’aller chercher leurs opposants très loin. Hélas, nous avons trop défendu vers l’arrière, au début surtout. Ce fut meilleur après la pause, quand nous avons acquis la cohésion nécessaire.

L’essai de Martens a-t-il été concluant, dans un sens ou dans l’autre ?

J’aurais voulu que Maarten affichât plus de détermination et d’allant dans son jeu vers l’avant. Il s’est trop souvent contenté de se placer en position défensive. Il n’a pas assez provoqué. Il est resté trop timide dans ses actions offensives.

Quand Dembélé rejouera-t-il de nouveau un vrai bon match en équipe nationale ?

C’est une question à poser à Moussa lui-même. Dembélé doit proposer davantage. Il doit devenir plus décisif, plus percutant. Moussa est pétri de talents. Il recèle toutes les qualités pour marquer. A condition qu’il se retrouve en position de tir. C’est beaucoup trop peu souvent son cas. Or un attaquant qui ne frappe pas au but n’est pas un attaquant.

Pourquoi les Diables concèdent-ils un cadeau à leur adversaire dans le cours de chaque match ou presque ?

C’est une question d’expérience. Personne, chez nous, ne peut s’enorgueillir du vécu de Simunic, pour ne citer que lui. Le défenseur croate est capable de disputer des matches parfaits. Si nous avions égalisé, personne n’aurait évoqué cette bourde de Bailly.

Notre gardien avait l’air particulièrement affecté, après son erreur…

Il a eu l’honnêteté d’en endosser l’entière responsabilité. Personnellement, je n’ai pas reconnu le Logan qui défend les buts de Moenchengladbach avec calme et assurance.

Cette bourde risque-t-elle de lui porter préjudice ?

Elle n’est évidemment pas irrémédiable. Prenez mon exemple : quand j’avais 24 ans, on voulait que j’abandonne l’équipe nationale. Quand j’en ai eu 30, on me jugeait irremplaçable. Tout le monde peut commettre une erreur, Proto et Gillet y compris. Notre scouting sera constant pendant deux mois. Nous jugerons les prestations des candidats gardiens sur la durée.

Pour vous, Kompany est-il un arrière central ou un médian défensif ?

Pour moi, il est arrière central. Mais tout dépend du contexte. A l’Ajax, Vertonghen occupe également un poste d’arrière central. Chez les Diables, il évolue au milieu du jeu. En l’absence de Van Buyten, des choix ont été opérés.

Witsel et Vertonghen ont été bons individuellement. Ont-ils suffisamment soutenu le collectif ?

Witsel a joué comme récupérateur. On aurait aimé que les flancs sortent davantage. Les conditions de jeu ont fait reculer Axel. Vertonghen est un contrôleur qui possède un formidable pied gauche.

Colpaert mérite-t-il une autre chance ?

C’était sa toute première sélection. Il s’est bien repris en seconde période en allant davantage vers l’avant. Il a intégré le noyau de trente joueurs dans lequel on peut piocher. On connaît désormais chacun par cœur.

Lukaku a touché peu de ballons mais il les a bien touchés…

Romelu a apporté sa force et sa puissance mais, de grâce, laissez-lui le temps de mûrir. Il est pétri de qualités mais il en est une au moins qu’il ne possède pas encore : l’expérience. Simunic a gagné neuf des dix duels de la tête qu’il a engagés contre lui. Pourquoi ? Parce que le défenseur croate l’empêchait de s’élever en plaquant son bras droit sur son épaule. Bien que plus petit que Lukaku, Sonck a posé plus de problèmes aux défenseurs croates parce qu’il a plus de métier que Romelu.

Fellaini a-t-il beaucoup manqué à cette équipe belge-là ?

Quand il sera rétabli, Marouane assumera un rôle moteur essentiel, grâce à ses qualités mentales, morales, à son jeu de tête et à son jeu aux pieds. Dans les trois derniers matches qu’il a disputés avec Everton, il s’était imposé comme un des meilleurs médians défensifs d’Europe.

Une constante se dégage depuis le changement d’entraîneur : cette équipe belge-là en veut…

C’est un - gros - facteur d’optimisme. Cette équipe est bien organisée, elle affiche une vraie rigueur défensive - trois buts en cinq matches - et elle joue vers l’avant. Elle révèle une grosse envie également. Tout le monde veut de nouveau postuler en équipe nationale. Tous ceux qui y sont conviés apportent le meilleur d’eux-mêmes. Jusqu’à présent, sur le plan de la mentalité, je n’ai vraiment pas eu grand-chose à reprocher à quiconque. Il reste, évidemment, beaucoup de travail à accomplir. On en est conscient. Mais on sait où on va. On construit et c’est positif. Cette équipe recèle des qualités. Il faut croire en elle. Mais elle est très jeune et elle évolue au top-niveau. On ne peut pas lui demander, en plus, qu’elle recèle de l’expérience.

Qu’est-ce qui lui manque encore pour avoir une chance contre l’Allemagne ?

De grâce, n’anticipons pas ! Ce match ne se joue pas demain. On affinera encore notre groupe le 19 mai prochain. A ce stade du parcours, on peut simplement espérer que tout le monde soit en bonne santé et que nos atouts potentiels soient en forme dans leurs clubs respectifs.