À ATHÈNES

Vous nous avez tous fait décoller...» Ce panneau géant attendait l'équipe nationale à l'aéroport ou des milliers de supporters les attendaient sous un soleil de plomb. Les pompiers de l'aéroport ont voulu saluer ces nouveaux héros grecs à leur manière: dès que l'avion a atterri, ils l'ont aspergé d'eau avec des lances à incendie.

Tous vont les accompagner en moto, en bicyclette, ou en voiture jusqu'au stade panathénien en marbre en plein centre d'Athènes, là ou eurent lieux les premiers Jeux olympiques de l'époque moderne en 1896, et où le monde politique, artistique et intellectuel grec a rendu hommage à l'équipe nationale et son entraîneur allemand, Otto Rehhagel, à qui le gouvernement veut donner la nationalité grecque en signe de reconnaissance. Un écran géant a été dressé afin que les quelque 65000 supporters à l'intérieur du stade, et autant à l'extérieur, puissent voir l'avion atterrir. Ces femmes et ces hommes de tout âge et de toutes origines sociales ont ainsi pu voir le bus avec les joueurs arriver, tout en suivant, sans s'en lasser, les meilleurs moments de cet Euro 2004.

La veille, dès que l'arbitre a sifflé la fin du match, tout le pays s'était embrasé à coup de pétards, de coup de feu tirés en l'air et de feu de Bengale! Les popes y ont été aussi avec les cloches des églises qui ont sonné la victoire. Vêtus du drapeau bleu et blanc, les Grecs se sont jetés dans les rues pour s'embrasser, klaxonner, boire et chanter. Et acclamer le pays, «Hellas».

L'hymne national est d'ailleurs devenu le tube de l'été. Comme Yiannis, 24 ans, ils ont du mal a réaliser: «Quand le but a été marqué, je n'y ai pas cru, dit-il. Je n'ai toujours pas réalisé, peut-être demain. C'est formidable, qui l'aurait cru?»

Les banlieues nord et sud se sont unies pour provoquer le plus grand rassemblement de l'après-guerre que le pays ait jamais connu. Cette coupe à cinq semaines des Jeux olympiques est un cadeau des dieux. En pensant aux sourires en coin quand les joueurs hellèniques entraient sur une pelouse, les Grecs ont maintenant le sentiment à juste titre qu'ils n'ont rien à prouver à qui que ce soit. A tel point que les joueurs et les Grecs dans leur ensemble se mettent à rêver à la médaille d'or aux JO, qui s'ouvrent d'ailleurs par l'épreuve de football, et puis, pourquoi pas?, au Mondial de 2006.

Auparavant, il faudra faire un sacré coup de balai dans le football grec, très mal en point. La violence extrême des supporters a fait fuir des stades les amoureux du ballon rond et les sponsors. Du coup, les plus grands joueurs grecs se sont exilés, comme Charisteas, attaquant du Werder Brême, qui a permis à son équipe de ramener la coupe désirée au pays.

© Les Sports 2004