Les ministres européens des sports ont montré vendredi à Biarritz une rare unanimité sur l'épineuse question du respect d'un quota minimum de joueurs nationaux dans les équipes de clubs, signant une déclaration commune en ce sens, geste fort adressé à la commission européenne.

"Nous avons unanimement demandé à la Commission européenne de poursuivre l'étude de la compatibilité d'une proportion minimale de joueurs sélectionnables en équipe nationale avec le droit européen" a indiqué Bernard Laporte, secrétaire d'état français aux sports et artisan d'un improbable compromis obtenu au terme de "discussions ouvertes, de tous les sujets, sans tabous."

Une position univoque des 27 sur ce point, caricaturalement baptisé 6+5, mais qui concerne l'ensemble des sports collectifs, était en effet loin d'être acquise au début des débats, jeudi matin. Les ministres redoutaient notamment les foudres de Bruxelles qui a toujours vu dans cette mesure une entorse inacceptable aux principes de libre circulation des travailleurs au sein de l'UE et surtout de non-discrimination.

Mais la volonté de préserver les clubs formateurs, et par ricochet les joueurs les plus jeunes, a prévalu, touchant même le commissaire européen aux sports, le Slovaque Jan Figel, garant de l'orthodoxie communautaire, qui n'a pu s'empêcher d'accorder toute sa "sympathie" à cette mesure, un mot puissant dans le langage bruxellois.

Reste maintenant à trouver un compromis acceptable entre la loi et le futur système qui empêchera les clubs de ne compter qu'une poignée de joueurs du pays concerné, comme c'est le cas en Angleterre notamment.

Le 6+5, défendu par le président de la Fifa Joseph Blatter consiste à aligner un minimum de six joueurs nationaux dans une équipe.

Quatre points principaux étaient à l'ordre du jour des ministres. Trois font l'objet d'une déclaration commune, c'est-à-dire d'un consensus.

Un beau score pour Bernard Laporte qui clôt ainsi sur un "incontestable succès" selon ses termes, la présidence française de l'UE. Outre les quotas, les 27 ont ainsi accepté l'idée de créer une consultation permanente avec le mouvement sportif et le Comité international olympique (CIO) à partir de 2009, et reconnu la nécessité d'une double formation éducative et sportive des jeunes sportifs.

Jan Figel a favorablement accueilli la déclaration commune, indiquant qu'il "tenait compte de l'unanimité des 27 et de leur demande à la commission de se positionner."

Annoncé comme le sujet le plus sensible de la réunion, le contrôle des finances et de la gestion des clubs a comme prévu été le point d'achoppement. Devant l'hostilité de certains pays, à commencer par la Grande-Bretagne et les pays scandinaves, la France avait dû procéder à une explication de texte, précisant qu'il n'entrait pas dans ses intentions d'imposer à l'échelon européen une DNCG (direction nationale de contrôle et de gestion) à la française. La mise au point n'a pas suffi.

Les 27 ont donc remis l'étude de ce dossier au lendemain de "la conférence qui sera organisée en 2009 par la Commission européenne sur le sujet", a indiqué M. Laporte, mettant la balle dans le camp de la présidence tchèque qui succèdera à la France à la tête de l'Union européenne.

"C'est un succès. Tout ce que nous voulions voir retirer du communiqué ministériel l'a été", s'est félicité le ministre britannique des Sports Gerry Sutcliffe auprès de l'agence Press Association. "Il n'y a rien sur une régulation des clubs au niveau européen. C'est désormais à l'UEFA d'en parler avec les clubs."

M. Laporte a enfin souhaité que le Traité de Lisbonne soit ratifié, ce qui ferait du sport une compétence communautaire et donnerait aux déclarations des ministres concernés un poids accru.