Les mauvaises langues bavent déjà à l’idée qu’une "finale avant la lettre" pourrait ce soir se jouer. Les autorités préféreraient parler de "match hors du match" comme si le football ne méritait pas d’être dérangé. Reste qu’autour du stade national de Varsovie, les hommes de main et les petits bras savent que le Pologne-Russie de ce soir pourrait bien être bousillé par une guerre des hooligans que les réseaux sociaux (Facebook et Twitter en tête) ont d’ores et déjà déclenchée. Entre les clans russes et polonais, chacun se promet que la guerre des mots se réglera ce soir à la force des poignets. "Du centre-ville, nous nous dirigerons vers le stade en évacuant tous les obstacles que nous rencontrerons" , lisait-on hier soir sur des comptes Twitter balisés en russe.

La date paraphant cette ouverture des hostilités ne doit d’ailleurs rien au hasard, le 12 juin signant la Fête nationale russe, sagement rebaptisée "Jour de la Russie". "On va fêter cela en terrorisant la ville", lisait-on encore sur d’autres pages "Facebook", parfois fleuries de clichés à la violence ahurissante.

Entre les Russes et les Polonais, les vieux contentieux et les haines génétiques se rappelaient alors comme un prétexte à la guerre déclarée.

Car du côté polonais, la réplique n’allait pas tarder. Vidéos formatées sur "YouTube" et mobilisation de tous les hooligans paumés suffisaient hier à faire craindre le pire aux autorités. "Les préparatifs pour le match de demain constituent le plus grand défi pour les services d’ordre dans la capitale , déclarait le ministre devant la presse. La situation et d’éventuelles menaces seront analysées en permanence."

Car à Varsovie, les ennemis d’hier s’apprêtent aussi à se lier. Cohabitant comme chiens et chats le restant de l’année, les "ultras" du Wisla, de Cracovia et de Varsovie s’apprêtent à faire "bon cœur" contre la promesse d’une "fortune" : celle de mater les 9 800 Russes censés être présents ce soir dans les allées du stade national.

Si du côté des autorités locales les grandes manœuvres sont d’ores et déjà étalées (3 300 militaires étaient prévus, 9 000 autres devraient venir les renforcer), les appels au feu ne paraissent pas avoir gagné l’UEFA. "C’est l’UEFA qui est directement responsable de la sécurité dans les stades et elle ne considère pas Pologne-Russie comme un match à hauts risques" , soulignait hier le porte-parole de la police de Varsovie Maciej Karczynski.

Pourtant, même si chacun s’empressait de souligner ce lundi que les débordements promis par les hooligans polonais à l’occasion de la manifestation "offerte" dimanche à l’ancien président polonais, Lech Karczynski (décédé dans la catastrophe aérienne de Smolensk en 2010) s’étaient réduits à une peau de chagrin, les enfants de chœur ne seront pas de sortie ce mardi. Envoyé sur le sol polonais, notre confrère de "La Dernière Heure/Les Sports", Yves Taildeman, rapportait ainsi les multiples décès (un par mois en moyenne) constatés ces dernières années autour des hooligans polonais. Le 17 janvier dernier, le numéro 2 des Ultras du KS Cracovia, Tomasz Czlowiek, était ainsi retrouvé mort après être tombé dans un guet-apens dressé par les ennemis du Wisla. Son véhicule bloqué, Czlowiek avait ensuite été dégommé par une quinzaine de hooligans polonais à coups de machette et de battes de base-ball.

Même si son passé d’enfant de chœur (Czlowiek avait la triste habitude de couper les tendons d’Achille de ses ennemis à l’aide de lames de rasoir) ne plaidait pas pour lui, le numéro 2 du Wisla avait alors ému la Pologne jusqu’à toucher les cercles de fous furieux soucieux de mettre des bornes à leurs "jeux". Résultat des courses : les groupes de hooligans polonais ont désormais banni l’usage des armes à feu. On se console comme on peut.