BRUXELLES Alors que son contrat avec le Sporting d'Anderlecht arrivait à échéance, Bertrand Crasson se blessa au mois d'octobre 1995. Opéré du genou, le défenseur bruxellois dut se résoudre à observer trois à quatre mois d'indisponibilité. «Pendant ma convalescence, j'ai eu des contacts avec Porto, dont des représentants s'étaient même déplacés à Bruxelles pour me faire signer un pré-contrat, se souvient-il. Mon rêve étant d'évoluer dans le championnat italien, j'ai préféré attendre encore un peu. Les dirigeants d'Anderlecht, eux, avaient postposé leur proposition de reconduction de mon contrat pour voir comment ma blessure allait évoluer. Et, quelques semaines plus tard, Naples s'est manifesté avec une proposition que j'aurais été fou de refuser. La contre-offre du Sporting ne lui arrivait pas à la cheville. Et, en mars, j'ai signé le contrat définitif me liant au club italien...»

Entretemps, l'arrêt Bosman avait été rendu par la Cour de Justice des Communautés Européennes. «Sans cet arrêt, je serais probablement resté à Anderlecht, poursuit Bertrand Crasson. Il est clair que cette décision judiciaire a facilité mon départ à l'étranger. Le club acquéreur n'était plus tenu de verser une somme de transfert. Évidemment, les joueurs ont vite compris qu'ils étaient les grands bénéficiaires de cet arrêt. Dans un premier temps, du moins. Car, si les clubs, qui ont vécu au-dessus des lois jusqu'à cette date, ont été surpris par la vitesse des mouvements, la multiplication des intermédiaires gravitant autour des joueurs et l'inflation spectaculaire des prix, il faut bien constater que, dix ans plus tard, ils sont retombés sur leurs pattes. Aujourd'hui, à l'exception de l'élite, ce sont les joueurs qui doivent s'adapter, et plus les clubs!»

La porte fermée aux Belges

Les joueurs n'émargeant pas au gratin mondial seraient, par conséquent, devenus les dindons de la farce. Et si le football belge traverse une crise profonde, d'aucuns décèlent dans cette situation une conséquence indirecte de l'arrêt Bosman. «Pour garder un certain niveau, les clubs ont été contraints de donner des contrats à des joueurs, étrangers essentiellement, qui n'en valaient pas toujours la peine, argumente notre interlocuteur. Les jeunes Belges, eux, se sont vus fermer pas mal de portes. Aujourd'hui, à l'exception de Kompany, peu de perspectives à long terme s'offrent à eux et les salaires sont très aléatoires. Pas parce que les joueurs ne le valent pas mais parce que les clubs ne proposent plus de contrats mettant leur budget en péril. Faut-il s'étonner, dans ce contexte, que l'on parle autant de corruption en ce moment?»

De manière globale, Bertrand Crasson tient quand même à rendre à Jean-Marc Bosman les mérites qui lui reviennent, même si cette libéralisation soudaine du marché des transferts a entraîné certaines dérives. «De manière générale, il faut souligner avant tout que justice a été rendue aux footballeurs et que tout le mérite en revient à Jean-Marc Bosman. Chapeau à lui!»

© Les Sports 2005