On est en 2012 et, comme 2008 ou 2016, il s'agit d'une année très sportive. A la sortie d'une période très dense, clôturée par les JO, LaLibre.be s'est intéressé au métier de psychologue du sport. D'autant plus que les mois écoulés nous ont rappelé l'importance du mental, peu importe la discipline.

Première leçon : "un psychologue du sport ne se focalise pas sur les performances mais sur les personnes." La plus grande difficulté de ces spécialistes du sport de haut niveau est sans doute de persuader les athlètes des bienfaits de leur métier. A l'heure actuelle, ils sont de plus en plus nombreux à prendre en haute considération l'aspect mental d'une préparation. Décryptage avec Philippe Godin, qui comptait huit de "ses" athlètes à Londres, dont les frères Borlée.

Quel est votre rôle par rapport aux sports individuels ?

Il y a moins d'aspect relationnel et cohésif d'un groupe qu'en sport collectif. il faut travailler sur le long terme, nous ne sommes pas des pompiers qui intervenons en urgence, c'est un travail de plusieurs mois ou années. L'évolution de l'athlète influence également la façon de travailler, on n'effectue pas le même travail en fonction du niveau du sportif. A chaque étape passée, il y a des modifications à mettre en place. De nouveaux objectifs arrivent et le psychologue du sport a un travail d'adaptation car ce qui a été fait à un certain niveau n'est pas forcément efficace au niveau supérieur. Cela passe par des entretiens, par la compréhension du fonctionnement de l'athlète : ses modes de pensée, de réflexion et ses croyances. Il faut voir si tout cela ne représente aucun handicap dans sa progression.

Autour de ces aspects sportifs viennent se greffer toute la vie personnelle de l'athlète. Les événements privés peuvent avoir une influence parfois majeure sur son évolution. Une excellente relation de confiance est évidemment nécessaire entre le psychologue du sport et le sportif. On peut avoir des entretiens deux fois par semaines, qui durent entre une et deux heures et demi. On peut aussi ne pas se voir pendant plusieurs mois, en fonction du calendrier, des coupures, etc. Mais il est important d'avoir des entrevues régulières pour entretenir la relation, la confiance et voir si tout va bien. Il est impératif que l'athlète fasse régulièrement les exercices qu'on lui donne. Ceux-ci peuvent prendre une demi-heure par jour environ. S'il ne fait pas ces exercices régulièrement, notre travail lors des entretiens ne sert à rien.

On sait que les Borlée ont discuté avec un psychologue du sport entre leur finale individuelle et le 4X400 lors des JO, comment faut-il agir lorsqu'il s'agit d'une "situation d'urgence" ?

Il faut que l'athlète formule son ressenti et ses pensées sur le plan cognitif comme sur le plan affectif. Mais il faut le faire avec quelqu'un qui a déjà créé une relation de confiance, une situation plus aigüe ne se résout pas sans contacts préalables. Au cours de la discussion, le psychologue du sport va essayer de déceler une mauvaise analyse et d'en convaincre l'athlète, attirer son attention sur une incohérence dans ses propos pour le sensibiliser à sa manière de percevoir la prochaine compétition. Il faut le mettre dans les meilleures dispositions, soit en tirant les conclusions de la compétition écoulée soit en essayant de passer à autre chose. Dans tous les cas de figure, on cherche la meilleure efficacité possible, le meilleur rapport coûts/bénéfices.

Aviez-vous d'autres athlètes que les Borlée aux JO ?

Oui, notamment Glenn Surgeloose et François Heerbrandt (natation) même si je n'avais plus vu ce dernier depuis quelques mois. J'avais également un cycliste sur piste, deux cavaliers... ce sont des sports variés. Il est nécessaire de suivre les différentes compétitions. Il n'y a pas que les entretiens, j'assiste aussi aux entrainements pour observer le comportement des athlètes en situation d'effort et par rapport aux consignes des entraineurs. Ce n'est pas une obligation d'assister à toutes les compétitions mais plus on en voit, mieux c'est.

Au niveau des sports collectifs, quelles sont les différences dans la manière d'appréhender votre tâche ?

Je m'occupe justement d'une équipe de hockey, qui vient d'être promue en division 1 : Louvain-la-Neuve. Là, on retrouve le même travail en individuel puisque les joueurs peuvent venir me voir à titre personnel. Le deuxième élément est évidemment l'analyse des phénomènes de groupe, les réactions des uns par rapport aux autres. Il y a des enseignements à tirer sur le fonctionnement du noyau et il est possible de travailler avec le groupe complet ou des sous-groupes (exemple : les défenseurs). La communication est évidemment importante. Comment le coach doit-il donner ses consignes pour être efficace ? On ne s'adresse pas à chaque joueur de la même façon, il faut contrôler les émotions de chacun.

Mais le rôle de l'entraîneur est évidemment prépondérant. J'ai passé plus de temps avec Jacques Borlée qu'avec ses enfants, par exemple. Il faut lui apprendre à être disponible, à mieux faire passer son message, à exprimer son mécontentement de manière efficace. On apprend en outre les messages non-verbaux. Je peux par exemple filmer un entraineur et lui faire un débriefing de son attitude. C'est un travail de chirurgien.

Est-ce que des équipes professionnelles de football ont déjà fait appel aux services de psychologues du sport ?

Il y a eu une tentative d'Anderlecht à l'époque mais je crois savoir que ça n'avait pas été concluant. Je sais par contre que Zulte-Waregem est, ou a été pendant au moins deux ou trois ans, en relation avec un psychologue du sport. D'autres clubs travaillent avec des préparateurs mentaux, qui n'ont toutefois pas les mêmes aptitudes qu'un psychologue du sport. A l'étranger par contre, je sais qu'on fait plus appel à eux. Mais il est difficile de travailler dans le football, les mentalités sont très différentes.

Anderlecht ne fera donc pas appel à un psychologue du sport pour régler les problèmes de penalties de ses joueurs ?

Si, pourquoi pas ? C'est un problème facile à régler, c'est un travail qui se fait sur le relâchement. Il faut se focaliser, gérer ses émotions, sa respiration, son tonus musculaire. Se concentrer sur le geste, la cible. C'est facile à régler pour peu que l'athlète joue le jeu et fasse les exercices qu'on lui donne.

Des sports sont-ils plus "clients" que d'autres ?

Il y a quinze ans je vous aurais dit que le tennis et le tennis de table étaient ceux qui nous sollicitent le plus. Mais aujourd'hui, tous les sports sollicitent l'aide des psychologues du sport. Par contre il y a bien une différence entre les sports collectifs et individuels. Pour plus d'informations : www.psychologiedusport.eu