Avec l'élimination du FC Barcelone, mardi, et du Real Madrid, mercredi, en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, c'est la première fois depuis la saison 1992-1993 qu'aucun club espagnol ne sera présent en quarts de finale de la plus prestigieuse des Coupes d'Europe. Cette saison-là, le FC Barcelone s'était fait éliminer en huitièmes de finale par le CSKA Moscou (1-1, 2-3). Depuis, les clubs espagnols s'étaient largement illustrés en remportant trois Ligue des Champions, grâce au Real Madrid (1998, 2000, 2002), le FC Barcelone (1994) et le Valence CF (2000, 2001) ayant pour leur part été finalistes. Si le Barça n'a pas à rougir de son échec face à Chesea dans ce qui aurait été véritablement la finale rêvée, il en va autrement pour les Merengues.

Changement de cap au Real

Eliminé par la Juventus au Stadio delle Alpi, le Real, détenteur du plus grand nombre de victoires en C 1 (9), était présent sans interruption en quarts de finale depuis sept saisons. Pire, le club se prépare à vivre une deuxième saison «blanche » d'affilée: éliminé de la Coupe d'Espagne, on voit mal le Real empêcher Barcelone d'empocher la Liga. Le prochain mercato devrait être encore plus mouvementé que d'habitude du côté de Bernabeu.

Cette saison est peut-être celle de trop pour le président Florentino Perez, qui ne rêve rien de plus que de garnir la vitrine du Bernabeu d'une dixième C 1 et pour lequel un seul titre lors des trois dernières saisons (Liga 2003) est un bilan un peu maigre eu égard aux moyens investis. Un cycle s'est donc probablement achevé à Turin pour le Real, et la politique des «Galactiques» vit peut-être ses dernières heures.

La phrase sibylline de M. Perez la semaine dernière ne l'est plus vraiment après l'échec turinois. «Ceux qui ont perdu le plaisir de jouer doivent partir», avait-il dit pour redynamiser un groupe par trop installé et dont certains éléments ne mettaient pas assez de coeur à l'ouvrage selon lui. «Tous les joueurs viennent au club, y mûrissent et à la fin doivent le quitter, c'est la loi de la vie. Je ne sais pas si les 28 ans de Ronaldo ou les 27 ans de Raul sont de trop. Ce que je crois, c'est que cinq ans ont passé et que nous allons devoir faire des changements», avait aussi dit l'architecte des recrutements de Figo, Zidane, Ronaldo et Beckham.

A Turin, les changements que ces déclarations laissaient entrevoir ont peut-être commencé à prendre corps. Roberto Carlos (31 ans) voulait déjà partir la saison dernière, Figo (32 ans) penche pour l'Angleterre et il se dit que l'expérience madrilène de Ronaldo (28 ans) - exclu contre la Juve - pourrait s'achever. Le sort de Luxemburgo lui-même n'est pas scellé. La presse italienne voit déjà Rafael Benitez (Liverpool) ou Carlo Ancelotti (Milan AC) comme prochain coach des Merengues.

Si le Real change de cap en fin de saison - on annonce l'arrivée du jeune prodige brésilien de Santos, Robinho, tandis que Sacchi a déjà travaillé avec l'Interiste Adriano -, et revoit sa politique galactique, les historiens du jeu pourront écrire que la Juventus a joué un rôle primordial dans cette fin de règne. Déjà éliminé en demi-finale de C 1 en 2003 alors qu'il avait l'avantage après le match aller à Madrid (aller: 2-1, retour: 1-3), le Real a encore laissé fondre son avance au stade delle Alpi. Quelque chose s'est manifestement cassé à Turin.

© Les Sports 2005