Du bétail ? Pas encore mais on s’en rapproche. Certains joueurs de football se vendent désormais en tranches. Comme le jambon.

Aujourd’hui, même les plus grandes stars de la planète foot sont concernées. Comme Falcao, que tous les grands clubs anglais rêvent de transférer. Acheté 5 millions d’euros par Porto, il a été revendu 40 à l’Atletico Madrid. Mais les Portugais n’en ont touché que 14. Car la star colombienne appartient à un fonds d’investissement proche de Gestifute, l’agence de Jorge Mendes, l’agent le plus influent de la planète. Qui empoche parfois plus d’argent sur un transfert que les clubs vendeurs… Tout se tient.

sous ce régime : il n’appartient qu’à 55 % à Santos. S’il part pour 40 millions, le club n’en touchera donc que 22 ! On comprend mieux pourquoi le président de Santos fait des pieds et des mains pour garder sa starlette au Brésil, quitte à lui permettre sorties nocturnes et excentricités en tous genres…

Cette pratique, très à la mode, du “Third Party Owner” est née en Amérique du Sud. Au Brésil, elle est même monnaie courante. Quand un club brésilien était cruellement en manque de cash, il se tournait vers des investisseurs pour leur vendre une partie des droits de sa star. Quelques centaines de milliers de dollars contre quelques pourcents, l’affaire était vite pliée !

Des clubs en grandes difficultés pouvaient ainsi, sans investir beaucoup d’argent, connaître un redressement sportif spectaculaire. Le meilleur exemple a été Corinthians : relégué en D2 il y a cinq ans, les voilà Champions du Monde des Clubs ! “Ce système nous a permis de faire signer les joueurs qu’on voulait alors qu’on était financièrement très fragile”, explique Edu, ancien joueur d’Arsenal, aujourd’hui directeur de Corinthians. “Mais aujourd’hui, ça devient de plus en plus difficile d’acheter 100 % des droits d’un joueur. Car les agents veulent garder des parts…”

Il y a forcément un revers de la médaille. Qui n’est pas vraiment du goût des fédérations internationales et nationales. C’est le transfert de Carlos Tevez à West Ham, en 2008, qui a été le premier à éveiller les soupçons des autorités. La Fédération anglaise avait mené l’enquête pour finalement décider d’interdire la vente de droits à des tiers ! La France a fait de même. Mais en Espagne, au Portugal, en Allemagne et en Italie, la manœuvre est toujours permise.

La copropriété – un joueur détenu par deux clubs – y est tout à fait légale. Thomas Azevedo, qui appartient à moitié à OHL et à moitié à Anderlecht, en est un exemple.

Par contre, pour un agent ou pour un groupe d’investisseurs, détenir les droits sur un joueur est formellement interdit.

“Si j’ai les fonds suffisants et que je veux acheter tous les droits d’un talent en Uruguay, je ne peux pas le faire avec une licence belge”, nous explique un agent. “Heureusement, d’ailleurs : cela évite que les agents les plus huppés se régalent encore davantage…”

Mais des joueurs peuvent très bien débarquer en Pro League en appartenant à des investisseurs étrangers. C’est ce qui était arrivé avec Paulo Henrique, l’ex-attaquant brésilien de Westerlo, un moment pisté par le Standard et Bruges. Après ses 22 buts inscrits sous le maillot campinois en 2010-2011, il avait signé pour Trabzonspor mais Westerlo n’avait pas touché un centime sur le transfert. Parce qu’il appartenait à un fonds d’investissement brésilien dénommé – ça ne s’invente pas – Traffic.

On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre…