Loin de la vie luxueuse de ses stars évoluant à l’étranger, le football portugais traverse une grave crise financière, dont les premières victimes sont des joueurs, mal voire pas payés par des clubs croulant sous les dettes et, pour certains, menacés de disparition. En accumulant cette saison les grèves d’entraînement, de matches et même de la faim pour être payés, des dizaines de joueurs ont mis à nu les difficultés de leurs employeurs, résultat d’investissements démesurés et d’une mauvaise gestion aggravée par la crise économique.

La saison terminée, huit clubs, dont trois en 1re division, attendaient toujours, selon la presse, de trouver des solutions pour éponger leurs dettes, faute de quoi ils pourraient être barrés des compétitions l’an prochain. En effet, selon les nouvelles règles adoptées en mai par la Ligue portugaise pour assainir le milieu, les clubs de D1 et D2 accusant des retards de salaires ou des dettes envers le fisc ou la sécurité sociale ne peuvent plus s’inscrire aux compétitions.

C’est Estrela da Amadora, 11e du championnat de D1, qui connaît la situation la plus critique. Son nom figure sur la liste des contribuables devant plus de 5 millions d’euros au fisc et, mercredi, le club dont les comptes ont été saisis n’avait plus d’équipe, la majorité des joueurs ayant résilié leur contrat. Sur toute la saison, les footballeurs d’Estrela da Amadora n’ont reçu aucun salaire, à l’exception d’une avance de deux mois versée en novembre, après un préavis de grève, par le fonds de garantie de leur syndicat. "Maintenant, ils sont libres, la dette (du club) est reconnue et ils peuvent s’inscrire à la sécurité sociale pour recevoir les allocations chômage", expliquait mercredi le président du syndicat des joueurs, Joaquim Evangelista, après un entretien à l’inspection du travail.

Plusieurs autres clubs portugais ont été sur la sellette cette saison. En mars, les joueurs du Vitoria de Setubal (1re division) avaient déclenché une grève de l’entraînement et deux des joueurs ont démissionné le mois suivant, invoquant quatre mois d’impayés. Fin mai, les footballeurs semi-professionnels d’un club de 3e division, l’Uniao Desportiva de Rio Maior, avaient observé deux jours de grève de la faim pour exiger six mois d’arriérés. Un mouvement auquel ils avaient mis fin après avoir reçu trois mois de salaires (de 500 à 750 euros mensuels), payés là aussi par le syndicat. "Le syndicat n’a rien contre les clubs, explique Joaquim Evangelista. Mais il n’est pas acceptable que les joueurs restent deux, trois mois sans rien recevoir. Il y a des dirigeants qui viennent dans le foot sans connaître les règles, et souvent eux aussi se retrouvent avec une vie ruinée."

Dans le haut du tableau, la situation n’est pas non plus mirobolante : au premier trimestre, Benfica a annoncé 18,5 millions d’euros de pertes tandis que le FC Porto et le Sporting affichaient un déficit de plus de 6 millions d’euros. Selon le quotidien "Diario Economico" de jeudi, les trois grands "accusent un passif cumulé de 440 millions d’euros" et doivent trouver entre 26,4 et 32,9 millions d’euros chacun pour "sortir de la situation de faillite technique dans laquelle ils se trouvent déjà." Une crise que ne connaissent pas les joueurs exilés, dont la vedette de Manchester United, Cristiano Ronaldo