L’aéroport Mérignac de Bordeaux, hier après-midi à 15h30. Aux côtés d’un responsable de SN Brussels Airlines, Nicolas Lombaerts se présente aux rangées 7 et 8 du Hall A. Sa destination : Bruxelles. Puisque personne d’autre des 23 ne s’est blessé, son Euro est terminé avant de commencer.

"Faut-il vraiment prendre des photos de moi ?", nous lance-t-il, visiblement énervé.

Mais quelques secondes plus tard, il retrouve la sérénité.

"Écrivez ce que vous voulez, que ce soit positif ou négatif. La date limite pour faire des changements est dimanche soir. Il me reste donc une toute petite lueur d’espoir d’être dans les 23 - les joueurs tombent comme des mouches sur blessure à cet Euro - mais je ne me fais plus d’illusions. Je ne serai pas à l’ Euro . C’est dommage. Vraiment dommage, même si je m’y attendais depuis un petit temps. Je pourrais en faire toute un tralala ou me fâcher, mais cela ne m’aidera pas."

Comment était l’adieu du groupe ?

"Rien de spécial. Comme d’autres adieux. Je leur ai souhaité bonne chance. Croyez-moi ou pas, mais ce n’est qu’ici, à l’aéroport, que je me rends vraiment compte du fait que c’est fini pour moi. Ce n’était pas vraiment le cas à l’hôtel."

Est-ce que Wilmots vous a dit quelque chose de particulier ?

"Non. Il a dit : À bientôt . Mais je ne crois pas que je vais venir voir des matches. Lundi ou mardi, je pars en vacances."

La question capitale : étiez-vous prêt ?

"C’était limite. Je ne sais pas si la cicatrice s’est totalement refermée. Mais je sais m’entraîner à fond, sans sentir quoi que ce soit. Si j’avais connu une nouvelle rechute, j’aurais été le fou de service. Je me sens fit , mais visiblement, je ne suis pas assez fit pour le staff technique. Mais je le sais : il est conseillé par son staff médical. J’ai ma propre idée, mais je ne la dévoile pas. Cela aurait pu se dérouler différemment pour moi. Il y avait deux options. Un : me garder dans les 23 et voir comment ma blessure évolue. Ou deux : me voir comme le numéro 24, en tant que dépanneur. Le coach a préféré la deuxième option."

Est-ce que vous ferez encore partie de l’équipe nationale au Mondial en Russie, ou est-ce que vous dites adieu aux Diables ?

"Ce qui s’est passé ici est peut-être une motivation supplémentaire pour poursuivre en équipe nationale. Je voulais arrêter après un beau tournoi. C’est trop tôt pour faire des déclarations au sujet du prochain Mondial. Mais je ne refuserai pas la prochaine sélection, et je ne dirai pas que j’arrête en équipe nationale. Certainement pas."

"Un départ du Zenit ? Possible"

L’été risque d’être agité pour Lombaerts, vu qu’il pourrait quitter le Zenit Saint-Petersbourg après huit saisons. N’ayant plus été titulaire en fin de saison, il ressentait un manque de respect de la part de son employeur.

"Cela dépendra de beaucoup de choses, dit Lombaerts. D’un côté, j’espère que je jouerai encore au Zenit. D’un autre côté, je ne serais pas triste si je dois jouer dans un club qui est plus proche de la maison. Mais cela ne doit pas être en Belgique."

Knokke l’a tué : de 2 à 7 centimètres !

© belga

Mais comment est-ce que Nicolas Lombaerts a pu louper l’Euro après s’être blessé à la fin du mois d’avril, en effectuant une bête talonnade à l’échauffement d’un match qu’il allait débuter sur le banc avec le Zenit ?

La réponse : c’est à Knokke - lors de la première semaine d’entraînement - que le mal a été fait. Au lieu de se reposer, il a forcé sa rééducation en faisant des exercices inappropriés. Le résultat : sa déchirure de 2 centimètres s’est aggravée et est devenue une de… 7 centimètres, ce qui est énorme.

"C’est vrai, j’ai trop travaillé à Knokke, avouait Lombaerts à l’aéroport de Bordeaux. J’aurais dû privilégier le repos."

En Suisse, les échographies étaient de plus en plus inquiétantes. Du coup, Lombaerts a fait appel à une solution de secours : l’application B-E-St (stimulation bio-énergétique), qui accélère la guérison de déchirures musculaires. Notamment Arjen Robben (avant le Mondial 2010) et Victor Vazquez l’avaient utilisé dans le passé. Depuis le stage à Genk, Lombaerts a profité de chaque moment libre pour attacher l’appareil à sa cuisse.

En vain. Hier, il est rentré en Belgique avec dans sa main une petite valise métallisée, contenant l’appareil qui est devenu son meilleur ami.

Wilmots: "Nicolas a couru le moins de tous"

"Je sais que tout le monde s’est enchanté de son entraînement de jeudi, dit Wilmots. Moi, je dispose de GPS qui calculent les distances que chaque joueur parcourt. Eh bien, Nicolas est le joueur qui a couru le moins de tous. Et dans un match sur grand terrain, il aurait dû faire des sprints de 50 ou 60 mètres. Il était impossible pour lui de jouer les deux ou trois premiers matches du tournoi."

En huitième de finale, Lombaerts aurait donc pu jouer. Wilmots : "Mais je n’ai plus de matches amicaux pour le remettre en forme. Son dernier match date du 24 avril. Cela fait huit semaines sans match. Et s’il a une rechute par après ? Là, vous me demanderiez pourquoi je l’ai repris. On a pris cette décision entre quatre yeux. Je comprends sa déception, mais ce qui compte, c’est le collectif et non pas une seule personne."

Les critiques étonnent Wilmots. "On a quand même pris la décision le 30 ? De quoi est-ce qu’on discute encore ? C’est de la recherche de sensation de certains médias, qui n’ont rien d’autre à écrire. Ce n’était pas agréable de prendre cette décision dure, mais c’était la meilleure décision. On a été honnêtes avec Nicolas."