La personnalité la plus rock and roll du football belge s’est offert un étonnant cadeau de Noël mais il ne va pas tout chambouler au RSCA, pas tout de suite en tout cas.

La journée était annoncée historique à Anderlecht, elle n’a pas déçu. Marc Coucke a dribblé toute la concurrence pour s’offrir le RSCA à quelques jours de Noël. Le personnage le plus rock and roll du football belge à la tête d’un club souvent moqué pour son image guindée, c’est comme si Mick Jagger s’offrait Buckingham Palace. Ou, pour rester dans les normes belges de notre Pro League, comme si Arno venait subitement habiter au Château de Laeken. Même si nous citions Marc Coucke comme possible candidat-repreneur dans notre édition de mercredi, c’est une sacrée surprise. Et une surprise qui pose beaucoup de questions.

1. Comment s’est déroulé le CA ?

À 12h30, les actionnaires du RSCA se sont réunis dans des bureaux d’affaires à Bruxelles. La réunion a duré plusieurs heures, le temps que Jo Van Biesbroeck, directeur des opérations, présente les quatre offres reçues pour le rachat du club. Puis que les membres délibèrent.

La décision est tombée peu avant 16h : séduisant la grande majorité, l’offre de Marc Coucke a été choisie. La rumeur parle d’un montant de 70 millions pour racheter 70 % des parts du club. Nos sources n’ont pas confirmé mais ont tout de même précisé que "la proposition était généreuse". Dans son investissement, Coucke devrait être aidé par Joris Ide, grand patron dans l’industrie du métal. Jan Peeters, l’ancien bras droit de Coucke chez Omega Pharma, a lui servi de sous-marin pendant les négociations.

La direction actuelle du RSCA a directement téléphoné à Coucke pour annoncer la bonne nouvelle. Il était à Durbuy et c’est d’ailleurs là, au Sanglier des Ardennes, qu’il a fêté sa victoire avec des proches.

Roger Vanden Stock est ensuite rentré à Neerpede. Dans un discours adressé aux employés du club, il a expliqué la situation et a tenu à rassurer le personnel pour l’avenir. Au Sporting, la nouvelle de l’arrivée de Coucke a été bien reçue.

2. Quid des trois perdants dans ce dossier du rachat ?

Après le coup de fil à leur nouvel ami Coucke, les dirigeants anderlechtois ont prévenu les trois perdants. Les offres des trois enfants de Paul Gheysens (Ghelamco), de Wouter Vandenhaute (Woestijnvis) épaulé par une série d’investisseurs et de Johan Beerlandt (ex-CEO de Besix) ont été refusées.

La déception était surtout grande chez Vandenhaute, supporter de longue date du RSCA. Gheysens avait senti le vent venir et Beerlandt était surtout là pour contrer le patron de Ghelamco, son grand rival dans le monde des entrepreneurs.

Dans la journée, une rumeur disait que Michaël Verschueren, le fils de Mister Michel, était aussi dans la danse. Ce n’était pas le cas. Le businessman de 47 ans a par contre refusé de vendre ses parts à Marc Coucke. Il restera donc actionnaire du RSCA, à hauteur de 10 %.

3. Quel sera l’avenir de Vanden Stock et Van Holsbeeck ?

L’ère Vanden Stock est terminée à Anderlecht après 46 ans de règne. Enfin presque. Acheter le RSCA ne se fait pas en une journée. Le processus est long et doit encore être validé lors d’une assemblée générale extraordinaire. Sauf catastrophe, ce ne sont que des formalités mais cela prend du temps. Il ne faut donc pas attendre l’officialisation du rachat avant mars ou peut-être même avril.

D’ici-là, Roger Vanden Stock restera président. Et il devrait finir la saison, laissant ensuite le siège qu’il occupe depuis 1996 à au natif de Gand qui fêtera ses 53 ans en janvier. En reprenant la présidence du KV Ostende en 2014, il avait promu son prédécesseur au rang de Président d’honneur. En fera-t-il de même avec Roger Vanden Stock ? C’est possible.

L’avenir d’Herman Van Holsbeeck est plus flou et sera éclairci vendredi après-midi lors de la conférence de presse commune de Coucke et de Vanden Stock. L’actuel manager général a déclaré à plusieurs reprises qu’il voulait arrêter sa mission en juin 2020. Mais il a souvent expliqué qu’il désirait lier son sort à celui de Roger Vanden Stock. Arrêtera-t-il en fin de saison ? Ou dans deux ans ? C’est Coucke qui tranchera.

4. Coucke aura-t-il les pleins pouvoirs au RSCA ?

Milliardaire, Marc Coucke aurait pu s’offrir 100 % des parts du RSCA s’il avait voulu. Mais il tenait à conserver un ancrage bruxellois. Et certains actionnaires, comme Michaël Verschueren, tenaient de toute manière à conserver leur bien. Cela n’empêchera cependant pas Coucke d’avoir les pleins pouvoirs à Anderlecht. Il sera le big boss et s’entourera de gens qui veulent aller dans la même direction que lui.

5. Avec quelles ambitions arrive-t-il ?

Même s’il reste un fan d’Ostende, Marc Coucke avait compris que le club atteignait doucement son plafond de verre. Comment encore progresser pour faire de l’ombre aux grands dans une petite ville aussi excentrée ? En bon investisseur qu’il est, il était conscient que le match européen de cet été contre l’OM ressemblait plus à une consécration qu’au début d’une grande aventure.

Coucke a maintenant envie de tester ses recettes dans un club du top en Belgique. Jusqu’où peut-il l’emmener ? Il rêve de faire progresser le club sur la scène européenne mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’il claque sa fortune personnelle à chaque mercato pour s’offrir des joueurs actuellement impayables. Comme à Ostende, il va aussi penser aux infrastructures. Il aimerait être celui qui parviendra à bâtir un nouveau stade moderne pour le RSCA.

La question du stade risque même de venir rapidement sur la table. La société Ghelamco, malgré la défaite de Gheysens, s’est dite prête à travailler avec Coucke dans ce dossier. Mais Coucke est un proche de Bart Versluys, l’entrepreneur qui a construit la nouvelle enceinte d’Ostende…

6. Que va devenir le KV Ostende sans Coucke ?

Pour s’offrir Anderlecht, Coucke doit revendre Ostende. Il est évidemment interdit de posséder deux clubs en Pro League. Le nouveau propriétaire du RSCA s’est donc engagé à vendre le KVO. Mais à qui ? Selon nos informations, il devrait transmettre le flambeau à… Bart Versluys, son ami entrepreneur. Également très riche, il devrait permettre à Ostende de ne pas s’écrouler.

Cela n’empêche pas les salariés du KVO de s’inquiéter. Juste avant l’officialisation, Marc Coucke a téléphoné à Luc Devroe, directeur sportif du club. "Assieds-toi. Je suis le nouveau boss d’Anderlecht", lui a-t-il dit. Une énorme surprise de Coucke qui a négocié dans le plus grand secret avec Anderlecht. Patrick Orlands, le directeur commercial, s’est ensuite adressé au personnel : "L’avenir du club est incertain mais Coucke ne laissera pas le chaos."