Dans un long entretien diffusé ce mardi soir par VTM, Marc Wilmots a réglé quelques comptes. Et distribué quelques tacles bien appuyés à l’encontre de la Fédération.

“Un sportif qui n’y pense pas est un sportif mort. Il faut avoir des ambitions. Maintenant, je vais de l’avant. Vers une nouvelle aventure dans le feuilleton Willy, avec ma famille.”

Marc Wilmots pense déjà à la suite. Mais il n’a pas tout oublié, bien au contraire. Dans une longue interview accordée à Luc Alloo pour VTM, l’ancien sélectionneur a évoqué les Diables en long et en large et notamment l’épisode de son conflit avec l’Union belge et de son départ. L’occasion de tacler plusieurs fois la Fédération et, sans citer leurs noms, certains de ses membres…

Les critiques " Si un étranger avait fait ce que j’ai fait, il aurait été considéré comme un Dieu ! "

Marc Wilmots et les critiques : en voilà une longue histoire. "Au départ, je ne voulais pas être sélectionneur. Quand on voit comment on te casse non pas sur tes qualités mais sur des détails…" précise-t-il.

Mais il a accepté le poste et, dès cet instant, il a connu des relations tendues avec une partie de la presse flamande. "Deux, trois ou quatre personnes de la presse flamande voulaient me tuer depuis des années. Ils voulaient un autre sélectionneur que moi. C’est là que ça a commencé ! Je ne corresponds pas au canevas de la Belgique. Car je ne suis pas aux basques des médias. Je ne voulais pas privilégier l’un ou l’autre. On m’a même demandé : donne-moi l’équipe et les changements et tu seras protégé . C’est comme ça que ça fonctionne ! Mais je me suis fait une carapace."

Ce qui ne l’empêche pas de déceler une certaine injustice dans le traitement médiatique dont il a fait l’objet. "Maintenant, les médias ont Alzheimer. Ils oublient vite. Moi, je fais avec, mais je n’oublie pas ! Pour moi, le seul moyen d’être tranquille, c’était de gagner. Et encore, dans ces cas-là, ils essayaient encore de me lancer des piques… Mais si un étranger avait fait ce que j’ai fait, il aurait été considéré comme un Dieu !"

Le dernier tacle envers ses détracteurs, Marc Wilmots l’a adressé alors qu’il se trouvait dans la salle des trophées de son club de cœur, Schalke 04. "Ici, j’ai gagné la Coupe Uefa et la Coupe d’Allemagne. Gagner des trophées, ça reste. On écrit l’histoire. C’est la réponse à toute la merde que j’ai reçue depuis trois ans en Belgique. Tout le monde se tait. Comme, on dit en français : maintenant ferme ta gueule ! On ferme le livre et on avance !"

Son meilleur souvenir " Les Diables ont de bonnes bases. S’ils sont champions du monde, je boirai du Dom Pérignon "

Si Marc Wilmots ne devait garder qu’un souvenir de son aventure à la tête des Diables, quel serait-il ? "Je suis aussi un homme émotif et je garderai toujours une image en tête : quand nous sommes rentrés de Croatie, il y avait tellement de supporters heureux… J’ai regardé les images des gens qui étaient rassemblés sur les places devant des écrans géants. Le sentiment que l’on a procuré aux gens, c’est ça le plus beau. J’espère que ce n’est pas fini. La Belgique doit être fière de son pays, de sa culture. J’espère que l’équipe nationale a de belles perspectives devant elle. Elle a une bonne base et ces garçons vont réussir. J’espère qu’ils gagneront la Coupe de Monde et alors, comme chaque Belge, j’ouvrirai une bouteille de champagne. Pas un mauvais champagne, un vrai Dom Pérignon !"

Son avenir "Les Diables m’ont envoyé un SMS pour me remercier. C’est suffisant"

Après l’ Euro , les échanges entre les Diables et leur ex-sélectionneur ont été très limités. "Je n’ai plus eu de contact spécifique avec les Diables. Ils m’ont envoyé un SMS pour me remercier et pour moi, c’était suffisant. Cela témoigne d’assez de respect."

En visite à l’hôtel le Golf du Médoc pour l’émission, où il a résidé avec les Diables avant l’ Euro , Marc Wilmots est revenu sur certaines règles de vie commune. "Le bar était vide. Pas de bière ou d’alcool avant le match ! Un verre de vin rouge, mais pas plus, ça, j’étais d’accord. Je préfère qu’ils le boivent devant moi. Idem pour la cigarette. Radja Nainggolan ? Tant qu’il parcourt ses kilomètres sur le terrain… Je préferais qu’il ne le fasse pas dans mon dos. Et s’il avait déclenché l’alarme de sa chambre, ça aurait coûté encore plus d’argent à la Fédération…"


Ses 5 vérités

1. Trop de politique à la maison de verre

“En fait, qui représente la Fédération belge ? Moi, je ne sais pas le dire ! Sportivement, j’étais le patron, je décidais de tout. Équipe A, Espoirs, staff technique et médical : nous avons mis en place une ligne de conduite. Tout ce qui concerne la politique, ce n’était pas pour moi. Qui reçoit une carte de parking ? Qui reçoit une invitation pour le match ? Ça ne m’intéresse pas, ce ne sont pas mes affaires.”

2. “Le conflit pro-amateurs détruit le foot”

“Pourquoi un conflit a-t-il débuté entre les amateurs et les professionnels au sein de la Fédération ? C’est une question de pouvoir et de postes. Oui, ça détruit le football. Car on va en arrière plutôt qu’en avant. On ne peut pas réformer la structure de l’UB. Je n’ai pas pu changer ça…”

3. “Le cumul club-fédération, c’est de l’amateurisme”

“Au sein de la Fédération allemande, personne ne peut travailler dans un club en même temps. Car sinon, tu es toujours enclin à favoriser ton club ! Là-bas, tu ne peux pas non plus travailler à la télévision et comme entraîneur de l’équipe nationale. Parce que c’est du pur amateurisme. Mais en Belgique, c’est permis. On peut y porter deux casquettes. Ça ne va pas !”

4. “Comment l’Union belge peut avoir des dettes ?”

“Avec Steven(Martens), nous avons franchi une sérieuse étape. Cela a coûté de l’argent mais ça en a aussi rapporté beaucoup. Les stades sont pleins, les sponsors viennent en masse. Et on me dit que la Fédération a des dettes ? S’il vous plaît ? Des dettes ? Même si je n’étais pas impliqué dans le financier, je ne peux pas comprendre qu’on ait des dettes.”

5. “Une bêtise, ce match contre l’Espagne”

“L’Union belge m’a demandé si je voulais continuer et j’ai dit oui. Mais pour continuer, il fallait que je fasse ça, ça, ça et ça… J’ai refusé. Certaines choses, dont j’avais décidé, étaient écrites noir sur blanc. Mais les gens voulaient que ça change. Comme ce match contre l’Espagne, que j’estimais être une bêtise. Sportivement, ce n’était pas une bonne chose. On l’a bien vu… J’accepte que les gens aient des opinions différentes. Alors OK, j’ai fait quatre ans, merci et au revoir. C’est simple…”


La campagne à l’Euro

“Je suis content de notre parcours”

Comment Marc Wilmots a-t-il vécu l’élimination à l’Euro ? Il raconte : “Je n’en avais pas fermé l’oeil de la nuit. Bien sûr qu’on n’accepte pas facilement une telle défaite. La déception était là. Mais il faut regarder les choses dans leur ensemble : pourquoi avons-nous été éliminés ? J’avais six blessés ! L’expérience d’un Kompany, d’un Lombaerts, d’un Vertonghen ou d’un Vermaelen, en Belgique, on ne peut pas la remplacer. Qui peut combler une telle perte ? N’importe quelle équipe aurait eu des difficultés.”

Voilà qui a donc adouci l’amertume pour l’ancien sélectionneur. “Sur la question de la mentalité et de nos prestations à l’Euro, il n’y a rien à dire. Je suis content de notre parcours. Pour gagner un tournoi, il faut ce petit brin de chance. On n’a pas parlé du match de la Suède mais sur les cinq dernières minutes, pour le même prix, nous sommes éliminés et quatrièmes de notre groupe. De l’euphorie à la déception totale, tout peut aller si vite… Cela dépend de si petits détails ! Moi, je n’avais qu’une possibilité : gagner l’Euro. Je savais que si je ne gagnais pas, ils allaient me descendre.”