Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Bruxelles doit rendre son jugement dans l’affaire dite des matches truqués. Trente et un prévenus, d’anciens dirigeants de clubs de foot belges, d’anciens entraîneurs et joueurs et le personnage central du dossier, l’homme d’affaires chinois Zheyun Yé, qui fait défaut, seront fixés sur leur sort.

Ce procès, qui a frôlé la prescription et se clôt, étrange coïncidence, au moment où commence la Coupe du monde, aura, en tout état de cause et quelque soit son issue, montré dans quel état de fragilité par rapport aux prédateurs que sont les mafias des paris sportifs se trouve un football belge désargenté, accueillant en son sein des clubs aux structures incertaines et alignant des joueurs dont a mesuré combien certains pouvaient être des proies faciles.

1. Comment le scandale a-t-il éclaté ? Le 31 octobre 2005, la police est appelée dans une chambre de l’hôtel Hilton, à Bruxelles, pour un différend entre Zheyun Yé et la mère d’une jeune fille que l’homme d’affaires cherche à mettre dans son lit. La mère explique aux policiers que le Chinois s’est vanté de pouvoir manipuler à sa guise les résultats des matches du championnat. Zheyun Yé est interpellé mais pas placé sous mandat d’arrêt. On ne le reverra jamais. Début février 2006, l’émission de télévision flamande Panorama montre comment des parieurs asiatiques se passionnent pour le championnat belge et plus précisément le modeste club de La Louvière. Onze jours plus tard, les premiers joueurs du Lierse lâchaient le morceau. On apprend que Zheyun Yé a investi dans plusieurs clubs dont il est devenu actionnaire. Son but : profiter de son influence pour arranger des matches qui faisaient l’objet de gros paris en Asie. Pour y parvenir, il aurait usé de toute une série de méthodes de persuasion, certaines très musclées, pour corrompre dirigeants et joueurs.

2. Comment en est-on arrivé au procès ? Après des mois d’instruction, la chambre du conseil de Bruxelles décide, en octobre 2012, de renvoyer 31 personnes physiques mais également une société privée luxembourgeoise devant le tribunal correctionnel. De nombreuses (ex)personnalités du football belge figurent sur la longue liste de prévenus, dont l’ancien gardien de l’équipe nationale et ancien entraîneur de La Louvière, Gilbert Bodart, l’ancien président du club hennuyer Filippo Gaone, l’agent de joueurs Pietro Allatta, les anciens joueurs Olivier Suray, Cliff Mardulier, Laurent Fassotte ou Marius Mitu, mais aussi l’ancien entraîneur du Lierse, Paul Put. Le 12 septembre 2013, le tribunal fixe le calendrier des audiences. La première est programmée pour le 3 février 2014. Les autres vont suivre selon un rythme endiablé, afin d’éviter la prescription.

3. Que reproche-t-on aux protagonistes ? Les prévenus sont poursuivis pour corruption active et passive, abus de confiance, escroquerie, organisation criminelle, association de malfaiteurs, faux en écriture, extorsion, menaces sous condition, menace par geste, abus de biens sociaux, blanchiment, organisation frauduleuse d’insolvabilité, faux en vue d’éluder l’impôt, détention d’armes à feu.

4. Qu’a requis le ministère public ? Dans son réquisitoire, le procureur fédéral Jean-Pascal Thoreau dénonce la vulnérabilité du football belge, proie facile pour des escrocs comme Zheyun Yé, contre lequel il réclame six ans d’emprisonnement et 200 000 euros d’amende. Il accable aussi l’agent de joueurs Pietro Allatta, Olivier Suray, Paul Put et son adjoint Patrick Deman et critique vertement l’attitude des avocats de La Louvière, Me Laurent Denis, et du Lierse, Christiaan De Nyn qui, selon lui, auraient dû signaler les agissements douteux dont ils étaient témoins à la Cellule de traitement des informations financières). M. Thoreau évoquera l’addiction au jeu de Gilbert Bodart comme l’une de ses principales faiblesses et fustigera le fait qu’il s’érige en une victime terrorisée du mafieux chinois. Il requerra des peines de prison et des amendes moins lourdes mais importantes quand même pour l’ancien joueur de Saint-Trond Dusan Belic, les anciens joueurs lierrois Laurent Fassotte, Laurent Delorge, Igor Nikolovski, Yves Van Der Straeten, Dan Mitu, Cliff Mardulier, Hasan Kacic et Ninoslav Milenkovic mais aussi à l’encontre de l’ex-joueur suisse Jean-Pierre La Placa et l’ancien manager de Geel Bruno Belmans.

5. Qu’a répondu la défense ? Les avocats des prévenus tenteront pour la plupart de minimiser le rôle de leurs clients, invoqueront souvent le dépassement du délai de prescription, demanderont parfois au tribunal de déclarer les poursuites irrecevables et plaideront le plus souvent l’acquittement ou à tout le moins une simple déclaration de culpabilité ou encore la suspension du prononcé. Réponse, ce vendredi.

6. Et les parties civiles ? "Les fondements du football ont été gravement atteints" , a regretté Me Matthys, au nom de l’Union belge. C’est aussi le sens de l’intervention de Me Spreutels, l’avocat du RSC Anderlecht. Et de celle de Me Van Rawestijn, conseil de la Pro League. D’autres parties civiles, d’ex-sponsors du Lierse notamment, ont également réclamé des dommages pour le préjudice subi.