La Belgique ne reçoit pas n'importe qui, demain, au stade Roi Baudoin. En effet, même si elle éprouve toutes les peines du monde à remporter un match au sommet, la Grèce est, toujours, la championne d'Europe en titre. Yannis Anastasiou, ancien attaquant d'Anderlecht, actuellement à l'Ajax, a analysé pour nous le malaise de l'équipe nationale et du football grec en général.

Yannis, qu'est-ce qui cloche avec l'équipe de Rehhagel?

«L'équipe nationale se trouve vraiment dans une période difficile. Elle a perdu son dernier match en phase de qualification pour la Coupe du Monde face à l'Ukraine et elle a perdu deux des trois matches à la Coupe des Confédérations. La Grèce n'est pas parvenue à marquer un seul but lors de ses cinq dernières rencontres. Et le pire est qu'elle ne se crée que très peu d'occasions. La Grèce doit absolument gagner au Danemark, dans un mois, pour préserver une chance de se qualifier pour les barrages. Nous sommes mal barrés.»

La Grèce a-t-elle changé de style de football, depuis l'Euro? Au Portugal, elle a joué très défensivement et profité, surtout, d'erreurs de l'adversaire ou de phases arrêtées.

«Non: elle développe toujours le même football. Mais la différence est que l'adversaire a compris le style grec et qu'il sait parfaitement le contrer. La Grèce ne surprend plus, comme elle l'avait fait au Portugal avec un football inconnu. Contre l'Ukraine, par exemple, nous avons dominé, mais c'est l'adversaire qui a profité d'une erreur individuelle d'un des nôtres. Mais il n'y a pas que ça...»

«Les stars sont blessées, ne jouent pas ou n'ont pas de club»

Racontez.

«Nos grands joueurs ont des problèmes. Tsartas, Dellas, Karagounis, Fyssas: soit ils sont blessés, soit ils n'ont pas de club, soit ils ne jouent pas dans leur club, comme Karagounis à l'Inter. Le match contre la Belgique est crucial pour la Grèce, parce que Rehhagel a sélectionné beaucoup de nouveaux joueurs. La question est de savoir si l'équipe s'emboîtera dès ce premier match.»

Quelle est la réaction du public grec envers le coach, Otto Rehhagel? Est-il sous pression?

«Pas du tout. Je crois qu'il n'entamera pas une nouvelle campagne s'il se fait éliminer, mais il ne se fera jamais virer. Rehhagel est un dieu et restera un dieu, indépendamment des résultats de la Grèce. Il a réussi le miracle et personne ne l'oubliera, même pas la presse. C'est lui qui a prouvé qu'avec de la confiance en soi, on peut atteindre le sommet. C'est Rehhagel qui a situé la Grèce sur la carte mondiale du football. Même si ce serait un drame pour eux de ne pas aller à la Coupe du Monde, les gens se rendent compte que la Grèce n'est pas un pays de football comme le Brésil ou l'Allemagne. L'étoile qui brillait très fort en juin et juillet 2004 perd petit à petit de son éclat. Mais entre-temps, toute la Grèce arbore des maillots de nos plus grands joueurs. Même des hommes de 80 ans ou des filles, qui ne suivaient jamais le football avant. Hélas! il y a aussi un revers de la médaille.»

Lequel?

«Depuis la victoire à l'Euro, la Fédération n'a rien fait pour les jeunes. Il n'y a pas de talent dans les équipes nationales -21 et -19 ans. Les grands clubs doivent acheter des anciennes vedettes comme Rivaldo, Giovanni et Flavio Conceiçao, qui gagnent des fortunes, mais ce n'est pas bon pour notre foot. Les jeunes sont démotivés.»

La Belgique est-elle favorite face à cette Grèce?

»C'est du 50-50. La Belgique est meilleure au niveau physique et mentalité, la Grèce est plus forte techniquement. Ce sera un match très intéressant, puisque les deux pays se trouvent dans une situation identique: elles peineront à se qualifier pour l'Allemagne. C'est plus qu'un simple match amical: c'est un test très sérieux pour les deux...»

à l'Ajax, a analysé le malaise de l'équipe grecque. (PHOTO NEWS)

© La Libre Belgique 2005