ALGER Robert Waseige va beaucoup voyager ces toutes prochaines semaines: «Dans huit jours, nous irons affronter le Zimbabwe dans le sud de l'Afrique. Deux semaines plus tard, nous irons défier le Nigeria, le gros favori de notre groupe qualificatif.»

Le nouveau coach algérien viendra se ressourcer en Belgique quinze jours après l'apothéose d'un Euro dont il n'a -évidemment- pas manqué le match d'ouverture.

«A aucun moment, je n'ai senti que le Portugal jouait libéré. Sauf lors de quelques éclairs éparpillés tout au long de la rencontre. Je suis sûr que les joueurs de Scolari n'ont pas ressenti cette décharge d'adrénaline qui aurait eu le mérite de lancer leur belle mécanique. Ils ont affiché une extrême bonne volonté et n'ont pas mégoté leurs efforts mais ils sont restés bloqués. Parce qu'ils inauguraient une compétition qui se déroule chez eux. Parce que, aussi, on les a affublés d'un statut de favoris qui a généré une attente énorme dans tout le pays. Si l'on ajoute à ce constat la qualité de la réplique grecque, on mesure mieux la vacuité de leurs efforts.»

Luiz Felipe Scolari n'a-t-il pas su préserver ses joueurs de cet impact populaire terriblement insidieux?

Robert Waseige se garde bien d'accabler le coach brésilien du Portugal: «Il y a quatre ans en Belgique comme il y a deux ans au Japon, j'avais soigneusement veillé à soustraire mes joueurs à toute pression négative. Je reconnais qu'il est plus facile d'entreprendre cette démarche en Belgique qu'au Portugal. Nos joueurs sont bons, certes, mais, parce que le monde extérieur ne les assimile pas à de vraies vedettes, les attentes les concernant sont moindres.»

Robert Waseige sourit: «Ce n'est qu'après le match et quand on l'a perdu qu'une certaine frange de censeurs assimilent les Diables aux... Brésiliens pour s'arroger le droit de fustiger davantage leurs manquements.»

La rencontre inaugurale ne sera pas rejouée. Comment Luiz Felipe Scolari doit-il meubler l'intervalle de temps qui sépare ses joueurs du match de mercredi contre la Russie?

«Si j'osais cette comparaison, je dirais que, ces jours-ci, le Championnat d'Europe suscite au Portugal plus de ferveur que la... religion. Scolari doit donc veiller à distancier ses joueurs de toute forme de surenchère d'intox à laquelle vont immanquablement se livrer les trois quotidiens sportifs du pays. Il doit leur ménager une sorte d' aération mentale, pour éviter qu'ils ressassent trop longtemps leur défaite. A sa place, je pourrais fort bien, un jour, avancer légèrement l'heure du décrassage matinal pour ménager ensuite à la sélection une journée de détente. Une balade en bateau, par exemple. Dans un lieu secret et protégé, évidemment. Je prendrais bien soin d'associer à cette récréation collective les épouses ou les compagnes des joueurs. Pour mieux proscrire encore le football des discussions. Dans un cas similaire, en Belgique, nous aurions sûrement organisé une sortie en VTT ou des courses de kart...»

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