Si le podium de ce 56e Soulier d’Or est celui attendu, le succès de Milan Jovanovic aux dépens de Mbark Boussoufa a été pour le moins surprenant.

Après le dépouillement du premier tour remporté par Steven Defour, le Serbe - 5e avec 34 points de retard sur Boussoufa - semblait largué. Il a profité de la dispersion des voix entre Lukaku et Boussoufa sur le 2e tour, alors qu’il a amassé à lui seul pratiquement tous les votes en faveur d’un Standard 7e du championnat, pour s’imposer avec une avance importante de 44 points sur le Marocain.

On peut s’interroger sur ce vote, même si Jovanovic est le meilleur buteur actuel du championnat, mais ce 3e succès liégeois consécutif reflète la bonne image et la régularité d’un garçon qui, bien que souvent contrarié par des soucis physiques, sait surmonter la douleur dans l’intérêt de son club.

Ce n’est pas un hasard s’il a été élu footballeur pro en mai 2008, terminé 2e du Soulier d’Or en janvier 2009, 5e du footballeur pro en mai 2009 et désormais Soulier d’Or en janvier 2010.

Arrivé gratuitement et un peu par hasard (le Dr Popovic, qui s’occupait de son opération, le recommanda chaudement) avant la saison 2006-2007, il a marqué la Belgique de son charme. Il est capable de (presque) mordre l’oreille de Bart Buysse mais aussi d’embrasser un arbitre. Il se montre souvent égoïste mais il peut hurler de colère quand un équipier l’oublie (voir sa querelle avec Mbokani).

Il aime mettre en avant un équipier mais il peut le rabaisser si celui-ci lui vole le botté d’un penalty ou d’un coup franc. Il peut être tendre mais aussi enragé. Il peut se mettre ses partenaires à dos et critiquer un équipier s’il estime qu’il a bafoué le fair-play comme après l’Anderlecht - Standard du 30 août. Ses paroles ce soir-là, comme sa bonne image auprès de la presse, ont joué.

Milan Jovanovic est un garçon désarçonnant mais c’est un gagneur et une vraie personnalité - il l’a encore prouvé en respectant le boycott de son club et en devenant ainsi le premier lauréat à ne pas se déplacer alors qu’il était au courant de son sacre - à travers laquelle on retrouve un panel infini de ces émotions qui font le charme du football.

Et, en plus de ça, c’est un formidable joueur capable de faire la différence seul, par sa vitesse balle au pied, son dribble ravageur ou son sens du jeu. Il a souvent répondu présent dans les grands rendez-vous, y compris les internationaux puisqu’il a marqué neuf buts en vingt-trois sélections avec la Serbie.

Mbark Boussoufa, 4e du 1er tour et 3e du 2e tour, termine dans sa foulée. C’est la 3e fois qu’il se place dans le "Top 4" après son sacre de 2006 et sa 4e place de 2008. Il ne devance Romelu Lukaku que de sept points alors que le Standard place encore trois pions dans le "Top 5". Un de moins qu’il y a un an.