Ils avaient tout pour accrocher une belle étoile à leur maillot. Joueurs cultes ou équipes mythiques, la Coupe du monde leur tendait les bras. Mais au moment de toucher le rêve du bout des doigts, tout s'est effondré. Off-day complet, pétage de plomb, malchance : découvrez ceux qui ont loupé leur rendez-vous avec la grande Histoire du ballon rond. Une analyse commentée d'Aurélie Herman, journaliste de LaLibre.be.

ROBERTO BAGGIO - 17 juillet 1994: un tir dans le ciel

Il a le regard bas, le catogan en berne. Dans la chaleur californienne de Pasadena, Roberto Baggio vient de rater son tir au but. Conséquence directe ? Le Brésil devient champion du monde pour la quatrième fois, laissant l'Italie à ses regrets éternels. Sacré Ballon d'Or en 1993, Baggio est le meilleur joueur du monde. Il est aussi le fer de lance d'une Nazionale qui n'a pas brillé lors du premier tour de cette World Cup. Mais un doublé en huitième et un autre en demi-finale signé par le joueur de la Juventus permettent aux Italiens d'atteindre la finale, face au Brésil de Romario et Bebeto. Le duo illumine ce Mondial américain de sa classe et sa folie. Comment venir à bout des fantasques brésiliens ? En misant sur Baggio. L'attaquant de vingt-sept ans réalise une finale correcte, mais ne parvient pas à tromper Claudio Taffarel.

Vient alors la terrible séance de tirs au but. Le deux Rossoneri Daniele Massaro et Franco Baresi loupent leur tentative. Roberto Baggio s'avance. Il ne peut se rater, sinon, la Coupe file à Rio. La suite, c'est un tir qui file en tribunes, des Brésiliens qui dansent sur le pré, en remerciant Dieu et rendant hommage à Ayrton Senna... et des Italiens en larmes. "Il n'y a pas d'explication à ce qu'il s'est passé à Pasadena", écrivait-il dans son autobiographie Una Porta Nel Cielo. "J'étais très lucide, autant qu'on peut l'être dans ce genre de situation. (...) Je ne sais pas pourquoi, la balle s'est envolée trois mètres au-dessus de la transversale. J'étais crevé, mais je n'ai jamais fui mes responsabilités. Seuls ceux qui ont le courage de tirer un penalty le ratent. J'ai foiré cette fois-là. C'est tout. Cela m'a affecté des années durant. C'est le pire moment de ma carrière. J'en rêve toujours. Si je pouvais effacer un moment de ma carrière, ce serait celui-là", confiait-il ensuite. Un témoignage d'une rare émotion, dans lequel le joueur exprime sa profonde détresse après ce fait de jeu qui sera l'un des symboles de sa carrière.



RONALDO - 12 juillet 1998: le Brésil "Niké" par la France

Au cœur de l'été parisien, la France s'apprête à relever le défi le plus fou de son Histoire: être championne du monde, au nez et à la barbe du Brésil d'un certain Ronaldo. Dix ans avant la gomina outrancière du Portugais Cristiano, Ronaldo Luis Nazário de Lima règne sans partage sur le football. Révélé au Cruzeiro, où il marque quasiment un but par rencontre, l'avant-centre le plus doué de ces trente dernières années poursuit sur ce rythme au PSV Eindhoven et au Barça, avant d'être transféré pour une somme record à l'Inter Milan. L'année suivante, les trente-deux meilleures nations du foot mondial se donnent rendez-vous en France, pour la Coupe du monde 1998. Sans surprise, les Auriverde, champions du monde en titre, rejoignent la finale. Ils joueront contre le pays hôte, en pleine euphorie "gloriagaynoresque". Le match s'apparente à un duel entre O Fenomeno et Zinedine Zidane, seul génie pur d'une équipe de France qui mise avant tout sur un collectif bien huilé et un chien de garde nommé Didier Deschamps.

Quelques heures avant le coup d'envoi, c'est pourtant la stupeur: des rumeurs proviennent de l'hôtel où sont logés les Brésiliens. La cause ? Ronaldo pourrait louper la finale ! En effet, le numéro neuf est pris de convulsion dans l'après-midi, sous les yeux effrayés de Roberto Carlos et Edmundo. Le joueur de vingt-et-un an est emmené à la clinique des Lilas pour subir des examens. Mais quarante minutes avant le coup d'envoi, Mario Zagallo, le sélectionneur brésilien, doit trancher. Doit-il sélectionner son avant ? Ou doit-il se passer de lui, au risque de traumatiser l'équipe... et de décevoir Nike, qui a généreusement dépensé des millions d'euros sur le crâne chauve du prodige de Belo Horizonte ? Le vieux sage opte finalement bel et bien pour la solution Ronaldo. Pour le pire. Fantomatique, le Brésilien erre sans but sur le terrain du stade de France, incapable de plonger dans les espaces ou de sortir sa panoplie de dribbleur fou. Celui qui devait être LA star de ce Mondial 98 doit céder sa place à Zinedine Zidane. Zizou plante un doublé et permet à la France de remporter son incroyable pari sur l'"invincible" Brésil. Quatre ans plus tard, c'est Ronaldo qui dansera sur la pelouse de Yokohama, tandis que les Bleus sortiront la tête basse dès le premier tour de l'épreuve.



ZINEDINE ZIDANE - 9 juillet 2006: sur un coup de tête

Oui, dire que Zinedine Zidane a loupé sa finale est dur. Le capitaine des Bleus n'a-t-il pas permis à son équipe de passer en tête dès la septième minute de jeu ? N'a-t-il pas réussi l'exploit de mettre une panenka à Gianluigi Buffon, le meilleur gardien du monde à cette époque ? N'a-t-il pas été à deux doigts de crucifier le même Gigi d'une tête rageuse en prolongations ? Oui. Mais sur un seul geste, celui que la BBC sacrera meilleur joueur européen de l'Histoire, entache sa finale. Le moment le plus improbable de l'Histoire de la Coupe du monde a lieu à la 110e minute d'une finale qui se dirige au petit trot vers les tirs au but. On imagine déjà le duel à distance que vont se mener Fabien Barthez et Buffon dans les cages. La France part avec un léger avantage: elle possède le meilleur joueur du monde. En effet, Zidane est revenu à son meilleur niveau, capable de porter toute une équipe jusqu'à la dernière marche de la compétition. Après un trou d'air de quatre ans, sa Majesté Zinedine reprend le contrôle des opérations, avec en point d'orgue une prestation étincelante contre le Brésil en quart de finale.

Soudain, Zidane et Marco Materazzi, connu pour sa roublardise et ses tacles appuyés, se frottent. Puis se parlent. C'est alors que l'impensable se produit: le Français se retourne, l'oeil noir, avant de foncer tête la première sur le poitrail de son adversaire. Moment de flottement à l'Olimpiastadion de Berlin... Les vingt-deux joueurs accourent vers le duo, tout comme Horacio Elizondo, l'arbitre argentin de la rencontre. Après un conciliabule avec ses assistants, le ref' brandit la carte rouge au numéro dix tricolore. Ce dernier ne proteste pas, conscient d'avoir commis l'irréparable. L'image qui suit est terrible. Zinedine Zidane quitte la pelouse pour la dernière fois de sa carrière, la tête basse, exclu pour un geste de mauvaise humeur dont on ne connaît toujours pas la cause. Insultes racistes ? L'Italien a-t-il insulté la mère ou la sœur de ZZ ? L'énigme appartient à l'Histoire. Tout comme la victoire de la Squadra Azzurra aux tirs au but, après le raté de David Trezeguet et l'ultime frappe de Fabio Grosso. "Oh, non, pas ça, Zinedine", comme le disait le regretté Thierry Gilardi...



LIONEL MESSI - 13 juillet 2014: l'ombre de Maradona

En 1986, Diego Maradona a vingt-cinq ans au moment d'être sacré champion du monde à Mexico. Lionel Messi en a deux de plus lorsqu'il peut se mettre à rêver de rejoindre le dieu de l'Argentine, et ainsi faire taire ses détracteurs, qui estiment que  La Pulga ne pourra jamais atteindre le degré d’idolâtrie du Pibe de Oro. Vainqueur de tous les trophées possibles et imaginables en club, l'attaquant a pour mission de remporter la précieuse Coupe du monde sur le terrain de l'ennemi juré, ultime pied de nez aux Brésiliens. Le nain de Barcelone excelle dans son début de tournoi. Un magnifique but contre la Bosnie, une nouvelle perle contre l'Iran et un doublé contre le Nigeria font espérer le meilleur pour la star de l' Albiceleste. Mais la suite ressemble à une lente désagrégation. Lors de la phase éliminatoire, Messi ne frappe plus. Excepté un sursaut d'orgueil contre la Suisse, où il offre le but de la qualif' à Angel Di Maria, la flamme s'est éteinte.

Finalement, son mois brésilien est à l'image de sa finale: un bon début, avec une opportunité en or massif à la fin de la première période finalement dégagée in extremis par Jérôme Boateng, puis plus grand chose. Après une très bonne première demi-heure sur son flanc droit, l'enfant de Rosario est progressivement redevenu un joueur ordinaire, laissant à Aguero le soin de mettre le feu devant. Un échec terrible pour Messi, que quarante millions d'Argentins regardaient dans le blanc des yeux au moment de la finale. Comme (maigre) lot de consolation, la FIFA a accepté de perdre encore un peu plus de crédibilité en offrant le titre de meilleur joueur du tournoi au quadruple Ballon d'Or. Un supercherie qui n'empêchera pas Leo de regretter longtemps ce treize juillet, lui qui a peut-être laissé passer sa dernière chance d'ajouter le seul trophée qui manque à son palmarès.



Aurélie Herman