Il devrait y avoir du mouvement du côté de Stamford Bridge cet été. Le retour annoncé de José Mourinho suscite déjà l'émoi, et le cours de la bourse londonienne devrait grimper au rythme où se videra celle du président Roman Abramovich. En effet, la venue du Portugais rime toujours avec campagnes de transferts agitées. Des dépenses mirobolantes que le Special One a toujours justifiées par les résultats, mais qui posent aujourd'hui question.

Aussi bien à Chelsea et à l'Inter qu'au Real Madrid, le Mou' était arrivé avec un grand objectif: permettre à un club en délicatesse avec les joutes européennes de renouer avec le succès sur la scène continentale. Mission accomplie en Lombardie, avec une Coupe aux grandes oreilles remportée en 2010.

Par contre, à Londres comme à Madrid, les centaines de millions d'euros dépensés n'ont pas suffi. Alors oui, il y a eu les titres et les coupes nationales, mais rien de cela n'a exaucé les rêves européens de Roman Abramovich et de Florentino Perez. D'où ce constat: en neuf saisons, José Mourinho a amené ses clubs à dépenser 682 millions d'euros sur le marché des transferts. Soit une moyenne de 75,8 millions chaque saison. Pour une seule Ligue des Champions remportée.

Le Special One vous dira que l'ivresse d'un succès en C1, ça n'a pas de prix. Pas sûr que les banquiers londoniens et madrilènes soient de cet avis. Retour sur neuf saisons de mercati orgiaques.

Chelsea, saison 04/05: 161,9 millions d'euros

Fraichement sacré champion d'Europe à la tête du FC Porto, José Mourinho est le nouveau golden-boy du football européen. Alors, quand il débarque à Chelsea, l'auto-proclamé Special One reçoit les pleins pouvoirs des mains de Roman Abramovich pour conquérir la perfide Albion et le Vieux Continent. José emmène dans ses bagages Ricardo Carvalho et Paulo Ferreira pour un total de 50 millions d'euros. Tiago (12 millions) est le troisième larron lusitanien du mercato mourinhesque.

Pas rassasié, le Mou' ne regarde pas à la dépense pour s'offrir Robben, star de l'Euro 2004 (18 millions), mais aussi les jeunes promesses de Ligue 1 que sont Cech et Drogba, 50 millions à eux deux. Ajoutez-y les Alex, Mateja Kezman et Jiri Jarosik, et vous avez tous les ingrédients du mercato estival le plus fou de l'Histoire.

Une armada à la tête de laquelle le Portugais échouera aux portes de la finale, sorti par le Liverpool d'un certain…Rafa Benitez.

Chelsea, saison 05/06: 91,2 millions d'euros

Le deuxième été blue de José Mourinho est à peine plus calme que le premier. Abramovich signe des chèques à s'en martyriser le poignet pour offrir à son entraineur le puissant médian lyonnais Michael Essien, débauché chez les Gones pour 38 millions d'euros. Autre cadeau très onéreux du milliardaire russe: le virevoltant Shaun Wright-Phillips, piqué aux Citizens avec une somme hallucinante de 31,5 millions d'euros en guise de consolation.

On ajoute 12 millions pour le crapuleux Asier Del Horno, cinq autres pour Slobodan Rajkovic (bah oui, avec plein d'argent, on n'a pas peur de claquer son fric pour un inconnu), et quatre derniers pour Lassana Diarra, le Claude Makélélé du pauvre. Malgré ces nouvelles acquisitions, Chelsea quitte la C1 dès les huitièmes de finale, battu par le Barça, futur vainqueur de la compétition.

Chelsea, saison 06/07, 94,7 millions d'euros

Ici, disons le d'emblée: Mourinho est loin d'être le seul coupable de ces nouvelles brouettes entières de livres sterling dépensées par Chelsea. Roman Abramovich était le seul des deux hommes forts des Blues à vouloir Andriy Shevchenko, et il a offert 46 millions au Milan AC pour avoir le dernier mot.

L'Ukrainien est donc à l'origine de près de la moitié des dépenses du club cet été-là (et du divorce Mourinho-Abramovich, accessoirement). Chelsea a également signé un chèque de 23 millions d'euros au Lyn Oslo pour John Obi Mikel. Oui oui, au Lyn Oslo. Les 25 autres millions se répartissent entre Ashley Cole, Khalid Boulahrouz et Salomon Kalou. Toujours pas suffisant pour atteindre la finale de la Ligue des Champions. Cette fois, c'est la loterie des tirs au but qui est fatale aux Blues, une nouvelle fois impuissants face à Benitez et Liverpool.

Chelsea, saison 07/08: 24,5 millions d'euros

Le torchon brûle entre Mourinho et Abramovich. Quelques mois avant son licenciement, le Portugais vit donc son été le plus calme sur les rives de la Tamise. Bon, il y a quand même beaucoup de clubs qui rêvent d'un mercato calme à 25 millions hein, on ne va pas se mentir. 19 pour Florent Malouda, à l'époque où son pied gauche lui servait à autre chose qu'à monter dans le bus, et 5,5 pour Juliano Belletti, le Brésilien le moins élégant à avoir marqué un but décisif en finale de Ligue des Champions…

Inter, saison 08/09: 58,1 millions d'euros

Après quelques mois sabbatiques, Mourinho débarque dans la Botte. C'est là que le Special One devient le Mou'. Un nouveau surnom, mais des habitudes estivales identiques: pour offrir au fiston Moratti la gloire des sommets européens, le coach lusitanien dépense une nouvelle fois sans compter. Quatre transferts, et autant de fiascos. 25 millions pour Ricardo Quaresma, qui ne reproduira jamais ses performances youtubesques sous la vareuse nerrazzura.

Mancini, Luis Jimenez et Sulley Muntari sont autant d'échecs dans cette Inter mourinhesque qui remporte un nouveau titre national, mais échoue face à Manchester en huitièmes de la C1.

Inter, saison 09/10: 74,2 millions d'euros

La saison de la consécration n'est donc que la cinquième la plus dépensière de José Mourinho. Près de 75 millions pour gagner la Ligue des Champions, investis dans six joueurs: 35 millions offerts au Genoa pour attirer Diego Milito et Thiago Motta dans la capitale lombarde, et 22 autres répartis entre Madrid et Munich pour s'offrir les pestiférés locaux que sont Sneijder et Lucio. Mariga et Viviano complètent le tableau de ce dernier mercato italien du Mou'.

Finalement, ce marché aura presque rapporté de l'argent à l'Inter, qui avait reçu un beau chèque signé Laporta et un attaquant camerounais du top mondial en échange du transfert de Zlatan Ibrahimovic. Libérée de la malédiction européenne du Suédois, l'Inter pouvait enfin aller cueillir cette C1 qu'elle attendait depuis cinquante ans.

Real Madrid, saison 10/11: 89 millions d'euros

Nouveau club, et toujours même objectif. Madrid fait confiance à Mourinho pour lui offrir la Decima, attendue depuis 2002. Parce qu'à un moment, la Casa Blanca commence à en avoir marre de devoir regarder ESPN ou Goal II pour voir un madrilène soulever la Coupe aux grandes oreilles.

Florentino Perez donne carte blanche au Mou', qui se fait plaisir: Di Maria (33 millions d'euros) débarque de Benfica, tandis que les sensations allemandes du Mondial, Sami Khedira et Mesut Özil, prennent un Lufthansa direction Madrid pour 32 millions d'euros. Le Special One ramène aussi Carvalho, histoire que Mendes, son agent, prenne une petite commission sur les 8 millions de la transaction. Les jeunes Canales et Pedro Leon complètent un mercato qui rendra au Real une place dans le dernier carré européen, mais toujours pas de Decima.

Real Madrid, saison 11/12: 55 millions d'euros

La fièvre acheteuse de Mourinho s'est calmée. Bon, ok, il claque 30 millions pour Fabio Coentrao, mais une nouvelle fois, c'est surtout pour faire plaisir à Mendes. Pour le reste, Madrid mise 10 millions sur la promesse Varane, en jette 10 autres par la fenêtre pour mettre Nuri Sahin sur le banc, et fait vivre l'économie espagnole en déposant 5 autres millions sur le compte en banque de l'Espanyol Barcelone pour Callejón. Toujours pas suffisant pour atteindre la finale de la C1. Les penaltys et le Bayern se dressent sur la route de Mourinho.

Real Madrid, saison 12/13: 33,5 millions d'euros

Pour ce qui sera sans doute sa dernière saison en Espagne, José Mourinho ne change pas trop une équipe qui vient de mater la domination barcelonaise en Liga. Rapidement écarté de la course au titre, son Real mise tout sur la Ligue des Champions, qu'il quitte une nouvelle fois - la troisième consécutive - au stade des demi-finales.

Côté mercato, seul Luka Modric débarque l'été dernier, pour 30 millions tout rond. Les 3,5 autres sont dépensés lors des soldes hivernales pour attirer Diego Lopez dans la capitale, histoire de pallier la "blessure" de San Iker.

De quoi faire monter la facture à 682 millions en neuf ans, donc. Avec ce retour annoncé à Chelsea, la barre des 700 millions en dix saisons sera sans doute allégrement franchie l'été prochain. Et celle des 800 ne devrait pas tarder à tomber. Une troisième C1 est à ce prix.