Nenad Jestrovic, vous devez déclarer forfait pour le match de mercredi. La déception doit être énorme... «C'est clair. La Belgique est mon deuxième pays. C'était un match très spécial pour moi, comme il n'y en a pas beaucoup dans une carrière. Je croyais vraiment que je serais remis à temps... Mais un match, quelle que soit son importance, n'est rien à côté d'une carrière. Je fais confiance aux médecins du Sporting: ils m'ont dit que je n'étais pas encore prêt et que ce n'était pas prudent de m'aligner contre les Diables Rouges. Le club est mon employeur, je le respecte. Je ne voulais pas prendre de risque ni d'amende.»

Pourtant, vous vous sentiez prêt à jouer au moins une partie de la rencontre.

«C'est vrai. J'ai encore mal au muscle qui entoure l'os fracturé mais c'est avec les jambes qu'on joue... J'aurais pu le faire avec un bandage spécial. Je voulais même jouer en équipe réserve avec le Sporting. Mais Anderlecht n'a pas accepté. Et quand vous ne pouvez pas jouer pour votre club, vous ne pouvez pas non plus jouer pour votre pays... Cela fait presque six semaines que je n'ai plus disputé une rencontre. Je ne me sentais évidemment pas prêt à 100%. Mais je pensais être en état de monter à une demi-heure de la fin, juste le temps de marquer un but...»

Vous êtes assailli de coup de téléphone en provenance de Serbie...

«Les journalistes m'appellent pour essayer de me faire changer d'avis. Ils veulent que je discute avec le médecin de l'équipe nationale et qu'il me déclare apte à tenir ma place. Ils savent que j'étais en forme en équipe nationale. Même mieux qu'à Anderlecht. J'avais marqué quatre buts lors de mes quatre derniers matches. Mais mon forfait est définitif, je respecte la position de mon club. Tant mieux pour la Belgique...»

Côté belge, il y a aussi des forfaits. Peersman et Kompany sont incertains. Mbo et Emile Mpenza sont d'ores et déjà out.

«La poisse semble poursuivre les Anderlechtois. J'espère qu'ils auront plus de chance que moi. Cela aurait pu donner un beau duel avec Vincent. Pour le reste, le forfait d'Emile a soulagé le coach serbe. Mais il a aussi ses soucis. Danijel Ljuboja est également indisponible. Il ne nous reste donc que trois attaquants. Or nous avons tout à gagner et nous allons jouer offensivement. Notre meilleur atout devant? Savo Milosevic est le plus dangereux. C'est le meilleur buteur de la Serbie. Il avait également terminé meilleur buteur de l'Euro 2000.»

Finalement, l'annonce de votre forfait a seulement été retardée de quelques jours: vous aviez dit au sélectionneur serbe que vous ne vous sentiez pas prêt à jouer et il vous a tout de même retenu dans le noyau.

«Le coach comptait sur moi et pensait, comme moi, que je pourrais finalement jouer. On a un jour de congé au Sporting donc je vais quand même participer à l'entraînement de l'équipe serbe ce lundi soir. Parce qu'il est important de préserver cette bonne ambiance qui règne depuis le début des éliminatoires. Mardi, je serai à Anderlecht. Et mercredi soir, j'assisterai au match depuis les tribunes.»

Vous vous rattraperez au mois de juin, quand la Belgique se déplacera à Belgrade.

«Vous verrez que le stade sera plein et que les Diables Rouges n'auront pas la tâche facile. Les supporters serbes n'étaient pas contents de notre match en Bosnie-Herzégovine, que je n'avais pas joué. Ils nous trouvaient trop organisés, pas assez entreprenants. Avec un peu plus de réussite, on aurait toutefois remporté ce match. Pour gagner mercredi, nous devrons faire preuve d'engagement dans les duels, presser haut et afficher la même mentalité que lors de nos premiers matches.»

Quel est le style de jeu de l'équipe serbe?

«Vous savez comment on appelle les joueurs d'ex-Yougoslavie? Les Brésiliens de l'Europe. Là-bas, les écoles de foot sont très réputées. Elles travaillent beaucoup la technique et le jeu offensif. C'est ce qui manque dans le championnat belge. Ici, on met trop l'accent sur le physique. La base, c'est la technique. C'est ce qui fait le spectacle et qui attire les gens.»

Pourtant, le championnat serbe ne fait pas recette.

«C'est vrai. Seules les grandes équipes comme le Partizan ou l'Étoile Rouge attirent beaucoup de mon- de. Sinon, il y a une moyenne de 6.000 supporters. Les stades au style communiste ne sont pas très attrayants. Et cela se ressent sur la qualité du championnat. Je suis certain que l'ambiance qui entoure un match joue sur le niveau des deux équipes. Cela dit, le championnat serbe vaut plus ou moins le championnat belge. Ici aussi, cela manque de spectacle. C'est très tactique. C'est plus ouvert en Hollande, il y a plus de buts et de spectacle.»

Le foot occupe une place particulière en Serbie?

«Le foot et le sport en général. C'est un moyen d'embellir la vie. Les victoires en basket, en volley-ball, en water-polo rendent les gens heureux. Tout le monde se mobilise. La guerre a laissé des traces. Les gens ont vécu des moments difficiles qu'il est impossible d'oublier. Moi, j'ai quitté le pays il y a sept ans et demi. Mais c'est là que je veux vivre après ma carrière de footballeur, d'ici trois ou quatre ans. Parce que la Serbie va de l'avant. Les gens reprennent le dessus même s'il manque toujours une classe moyen- ne. Les gens sont très pauvres ou très riches. Mais même s'ils n'ont pas beaucoup d'argent, les gens préfèrent rester là-bas.»

Pourquoi?

«Ils sont heureux tout simplement. Belgrade est une ville chaleureuse. C'est mieux que Bruxelles. Les jeunes peuvent s'y promener tout seuls sans crainte. Les restaurants sont très classe et confortables. Il y a de la vie sept jours sur sept. Il a des cafés typiques à chaque coin de rue.»

Votre famille est restée là-bas?

«Oui. Mes parents, mon frère et ma demi-soeur. Ils sont déjà venus me voir en Belgique. Ils seront d'ailleurs là à la fin du mois.»

Vous allez aussi faire visiter votre deu- xième pays à vos coéquipiers de l'équipe nationale?

«Ils vont me le demander... Je pourrai aussi conseiller le coach par rapport au match. J'aimerais bien que la Serbie gagne mais un match nul ferait aussi mon affaire. Parce que je suis moi-même partagé entre les deux pays. Pour le classement final, j'espère que la Serbie et la Belgique se qualifieront pour la Coupe du Monde en Allemagne. Cela voudra dire que la Serbie finira en tête du groupe car, pour la Belgique, la première place semble déjà hors d'atteinte.»

Vous avez été surpris par les deux premiers résultats de l'équipe d'Aimé Anthuenis?

«Pas par la défaite en Espagne. Toutes les autres équipes peuvent s'incliner chez les grands favoris du groupe. Mais le résultat du premier match contre la Lituanie était plus surprenant. Ces deux points perdus contre un adversaire à la portée de la Belgique risquent de faire mal. Cela risque de se payer cash au décompte final car la compétition est assez courte.»

Le match de mercredi peut-il être un déclic pour la Belgique?

«J'espère que non. Mais la Belgique doit gagner. Sinon, ce sera la crise. C'est vrai que, s'ils gagnent, cela relancera le groupe. Nous devrons répondre présent physiquement et essayer de marquer les premiers. À nous de profiter de la méforme des Belges.»

par David De Myttenaere

se dire les internationaux serbes de Belgique, Dragutinovic

et Jestrovic. L'attaquant du Sporting devra faire l'impasse sur un rendez-vous qui lui tenait

à coeur.

© La Libre Belgique 2004