Football Dans cette vidéo, les supporters du FC Bruges entonnent un chant profondément antisémite dans les travées du Jan Breydelstadion.

Le 26 août dernier, le club Bruges recevait le club bruxellois d'Anderlecht au stade Jan Breydel pour un match de Jupiler Pro League que les Brugeois ont remporté 2-1. Après la rencontre, les supporters du club hôte ont chanté ces paroles dans les travées du stade :

"Mijn vader zat bij de commando's, Mijn moeder bij de SS, En samen verbanden ze Joden, want joden die branden de best". Comprenez : "Mon père faisait partie d'un commando, ma mère était SS, et ensemble, ils ont brûlé des Juifs, car les Juifs brûlent le mieux."

Ce n'est pas la première fois que le club est pointé du doigt puisque des chants racistes avaient été lancés à l'encontre du joueur de Charleroi Francis N'Ganga en début d'année 2018. En 2017, aussi, les dirigeants du club brugeois avaient demandé aux supporters qu'ils arrêtent d'entonner "Al wie niet springt is een jood" ("Qui ne saute pas est un juif") dans les tribunes.

Les racines du problème sont profondes. Le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) y réagit régulièrement. Pas plus tard qu'il y a un an, il réagissait, auprès de nos confrères de la RTBF notamment, à la popularité du chant "Al wie niet springt is een jood" dans les travées du stade brugeois: " Ce chant n’a pas sa place dans nos stades de football". " Le CCOJB agit continuellement pour lutter contre l'antisémitisme, et celui qui fait rage dans les clubs de football n'y fait pas exception. Nous interpellons régulièrement, et encore très récemment, les clubs et les fédérations sportives sur les chants antisémites et le traitement qui en est fait pendant les matchs".

Joël Rubinfeld: "En punir 1 pour en éduquer 100"

Joël Rubinfeld, président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA), condamne les chants entonnés par les supporters mais constate que le phénomène n'est pas nouveau et prend de plus en plus d'ampleur. "Il faut que quelqu'un prenne ses responsabilités, que cela soit au niveau du club, de la justice voire même au niveau des fanclubs", explique-t-il.

Le président de la LBCA considère aussi qu'il y a du laxisme dans le chef des responsables. "La direction du club n'a peut-être pas envie de traiter cette affaire, sachant qu'elle va créer des problèmes. Tout le monde attend que les autres bougent mais personne n'agit."

Dans la vidéo, les supporters peuvent aisément être identifiés, pointe notre interlocuteur. "Cela permettrait à la justice de faire bouger les choses, c'est son devoir. Il faudrait pouvoir sanctionner les supporters. Selon moi, en punir 1 pourrait en éduquer 100", affirme Joël Rubinfeld.

Il met aussi en cause l'évolution des réseaux sociaux, qui permettent les dérapages et développent le sentiment d'impunité : "Avant, les gens créaient des faux profils, aujourd'hui, ils ne se cachent plus car ils savent qu'ils ne seront pas poursuivis et punis. Cela doit changer".

Le Club Bruges condamne avec force

Le Club a réagi avec fermeté à la diffusion de cette vidéo qui ne lui était pas étrangère : " Aujourd'hui est apparue une vidéo online datant du 26 août 2018 dans laquelle des chants antisémites ont été entonnés. C'est un petit groupe, présent au match Club Bruges - Anderlecht, qui a diffusé ces propos immondes. Quelques jours après la rencontre, le Club Bruges a été avisé de ces faits par ses propres supporters et par ses stewards. Le Club a réussi à identifier ces personnes et les a exclues de son stade avant d'entamer contre elles des poursuites judiciaires. Le Club condamne avec force de tels agissements et entend par ce biais s'en distancer radicalement. De tels comportements sont inadmissibles au Club Bruges."