Aimé Anthuenis fait mine de se lever de son banc pour rectifier le positionnement d'un de ses Diables. À mi-mouvement, il se rassied, résigné: à quoi bon, désormais... Le feu sacré du coach fédéral s'est étouffé, définitivement asphyxié par deux accélérations meurtrières d'une Espagne qui, elle, aurait fort bien pu se consumer sur l'autel d'un attentisme excessif. Trois minutes. Il a suffi de trois minutes de grand art offensif hispanique pour sceller mathématiquement le sort d'une équipe belge certes motivée, disciplinée, agressive, offensive pendant une jolie demi- heure au moins mais, hélas! trop peu productive et, osons le constat, trop peu talentueuse pour s'opposer avec succès à cette Espagne enfin piquée au vif. Au Mondial, les Diables n'effectueront pas la passe de sept...

L'apparition, peu avant l'heure de jeu, de Reyes, l' homme d'Arsenal, a soudain fait basculer un match que les Diables avaient empoigné à bras-le-corps. D'une longue transversale lumineuse, l'Espagnol a réduit à néant les efforts courageux de nos internationaux d'élite. «Reyes a brusquement hissé la rencontre au niveau d'une grande prestation de Ligue des Champions», ont fait remarquer certains observateurs.

Les Diables n'avaient pas pris garde à cette permutation. En première période, Vicente avait quelquefois débordé Vanden Borre mais il n'était pas apparu très incisif. Reyes allait lui administrer une leçon du genre magistrale. Il dévala une première fois sur un flanc gauche trop dégagé et distilla, à l'intention de Torres, un centre millimétré que le buteur de l'Atletico décroisa subtilement pour mystifier un Proto impuissant. Trop loin, peut-être, de son opposant, Van Buyten n'avait pu que déplorer les dégâts (0-1).

Rassurée, l'Espagne s'offrit alors quelques minutes de pur esthétisme. Elle exploita, bien sûr, le même filon. Reyes, toujours de la gauche, centra devant la ligne de but. Torres, qui savait où le ballon allait lui parvenir, avança le pied (0-2).

Même si, par la suite, un Casillas impressionnant d'autorité gagna encore un face-à-face avec Goor, notre dernier match pour les points de la poule qualificative avait perdu tout intérêt. En aurait-il été autrement si les Diables avaient mieux conclu leurs prometteuses actions offensives inspirées au tout début par un Vanden Borre étonnant puis, surtout, par un Buffel percutant et perforant ? On ne le saura jamais. Goor, qui galvauda les deux plus belles occasions, doit avoir passé une mauvaise nuit. Dès la 2e minute déjà, un centre de Vanden Borre lui avait ménagé un bon ballon, sur la gauche, à la limite du rectangle. Le capitaine en avait cafouillé la réception. Six minutes plus tard, sur un nouveau service de Vanden Borre, aidé par Emi- le Mpenza, Goor, au petit rectangle cette fois, avait trop enlevé son tir. Virils dans les duels, se soutenant bien, les Diables ont continué de pilonner une défense espagnole qui faisait le gros dos sans s'affoler. À la 18e, Casillas étala toute sa classe en déviant en coup de coin un maître envoi de Buffel. Proto l'imita à la 39e en détournant un obus d'Albelda. A la 52e, Casillas bloqua encore un coup franc à ras de terre de Goor. Les Diables n'allaient pas tarder à sortir de la route...

Belgique 0

Espagne 2

BELGIQUE: Proto; Vanden Borre (63e Deflandre), Hoefkens, Van Buyten, Deschacht, Buffel (63e Walasiak), Vanderhaeghe, Simons, Goor, E. Mpenza, M. Mpenza (75e Pieroni).

ESPAGNE: Casillas; Michel Salgado, Marchena, Puyol, Lopez, Joaquin (55e Villa), Albelda, Xavi, Vicente (55e Reyes), Raul, Torres.

ARBITRE: M. Lubos Michel (Slq).

AVERTISSEMENTS: Vanden Borre, Michel Salgado, Albelda, Simons, Villa, Torres, Deschacht, Deflandre, Xavi.

LES BUTS: 56e et 59e Fernando Torres (0-2).

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