«Jamais encore, en 11 saisons de présence à Bruges, je n'ai eu l'impression d'un tel naufrage...»

Même Gert Verheyen s'avoue décontenancé. Il ne nie plus l' état de crise dans lequel le Club Bruges apparaît aujourd'hui enlisé. Crise, évidente, de résultats. Crise plus pernicieuse mais tout aussi indéniable de passivité devant cette accumulation de revers. L'équipe qui a perdu au Kiel est apparue sans énergie, vidée de ses accus et, pour tout dire, mollassonne. Elle ne s'est pas révoltée.

Que reflète vraiment cette sorte d'apathie collective, très inhabituelle dans le chef de cette formation de caractère ? Une lassitude générale qui trahit le rejet des méthodes, des options tactiques et des choix de sélection de Trond Sollied et qui induirait, à court terme, celui de l'entraîneur?

«Celui qui suspecte une faille dans la mentalité ne connaît pas Bruges! s'offusque Chris Van Puyvelde, l'adjoint de Trond Sollied. En semaine, les joueurs s'engagent toujours à 200%. Leur comportement reste exemplaire. Notre problème est toutefois d'ordre mental: plus personne ne se sent en confiance. Sinon, comment expliquer qu'on ne délivre plus un service précis à vingt mètres» ?

Naguère bardé de certitudes tranquilles, Trond Sollied affecte toujours la sérénité mais son discours trahit un léger désarroi: «Je ne me sens pas trahi par les joueurs. Ils sont toujours en phase avec moi. Ils répondent toujours parfaitement à l'entraînement. Ces bonnes dispositions, malheureusement, ne se reflètent plus en match. Certains joueurs s'imposent-ils une pression excessive en constatant qu'ils ne réussissent plus leurs enchaînements comme naguère? Déjouent-ils parce qu'ils enragent de pas pouvoir se reprendre? Je m'efforce pourtant de les inciter à prendre du plaisir sur le terrain. Et donc à jouer libérés. Ils n'y parviennent manifestement plus...»

Une remise en question s'impose. L'aménagement d'un système de jeu, le 4-3-3, inamovible et performant tout au long de la saison dernière mais nettement moins convaincant aujourd'hui... du moins quand les éléments qui le sublimaient naguère -Ceh et Englebert notamment- jouent peu, est suggéré par la direction. Trond Sollied est-il menacé? «Non. L'évaluation s'affinera à la trêve, répète Marc Degryse. Jusque-là, c'est au staff technique et aux joueurs qu'il incombe de renverser la tendance.»

Certaines Cassandre murmurent qu'il est, déjà, presque trop tard...

© Les Sports 2003