Le réseau de paris truqués sur des matches de football démantelé jeudi en Europe et portant sur environ 200 rencontres dans neuf pays, est le plus grand scandale du genre, a déclaré vendredi un représentant de l'UEFA (Union européenne de Football).

Les gains réalisés par les parieurs se chiffreraient à une dizaine de millions d'euros, selon les enquêteurs.

Championnats nationaux, divisions inférieures, catégories de jeunes, matches amicaux et compétitions internationales, aucun niveau ne semble épargné par ce scandale.

Même la très prestigieuse Ligue des champions aurait été manipulée, avec trois matches considérés comme suspects, ainsi que 12 rencontres d'Europa League, ont indiqué les enquêteurs du parquet de Bochum (ouest de l'Allemagne) lors d'une conférence de presse.

"C'est sans aucun doute le plus gros scandale qu'il y ait jamais eu dans le football européen. Nous sommes totalement consternés par l'ampleur de la manipulation par cette bande internationale", a affirmé Peter Limacher, spécialiste de la lutte contre les matches truqués à l'UEFA, venu à Bochum pour s'entretenir avec les policiers et les magistrats qui mènent l'enquête.

Le secrétaire général de l'UEFA Gianni Infantino a prévenu dans un communiqué qu'elle exigerait "les sanctions les plus sévères des juridictions compétentes, qu'elles soient judiciaires ou sportives, contre tout individu, club ou officiel qui serait impliqué dans ces méfaits".

Les 300 policiers engagés sur l'affaire ont procédé à l'arrestation de 15 personnes en Allemagne et de deux en Suisse. Une cinquantaine de perquisitions ont été menées dans ces deux pays, mais aussi en Autriche et au Royaume-Uni, et des biens et du liquide pour une valeur de plus d'un million d'euros ont été saisis.

"Mais il ne s'agit là que de la partie émergée de l'iceberg", a précisé Andreas Bachmann, le procureur en charge de l'enquête.

Même si les paris ont essentiellement été placés chez des bookmakers chinois, où les mises sont moins limitées, les têtes de réseaux présumées se trouvaient en Allemagne. Parmi elles figurent deux frères croates déjà bien connus, Milan et Ante Sapina.

Ce dernier avait été condamné à de la prison ferme en 2005 dans le scandale autour de Robert Hoyzer, un arbitre allemand qui avait reconnu avoir accepté cadeaux et argent pour influencer le résultat de matches de coupe d'Allemagne, de division 2 et de ligues inférieures.

Outre l'Allemagne, où 32 matches font l'objet de "soupçons concrets" -- mais aucun de Bundesliga, la 1ère division --, huit pays sont touchés.

Quelque 29 matches de division 1 turque, 14 en Croatie, 13 en Hongrie, 11 en Autriche, 8 en Bosnie et 7 en Slovénie sont dans le viseur des enquêteurs. En Suisse (22 matches) et en Belgique (17 matches), la corruption se serait limitée à la deuxième division.

Là aussi, la liste n'est pas exhaustive, a souligné le parquet de Bochum. La fédération allemande avait reconnu jeudi que le système d'alerte qu'elle a mis en place avec l'UEFA pour surveiller les marchés des paris "n'avait mis en évidence aucun élément désignant des manipulations en Allemagne".

"Ce système, qui n'a été mis en place qu'en juillet dernier, ne surveille que les première et deuxième divisions, pas les niveaux inférieurs", a plaidé M. Limacher, l'expert de l'UEFA, vendredi.

Or, en Allemagne, seules quatre parties de deuxième division seraient concernées par le scandale, les autres matches suspects se situant à un niveau moindre.

Ce système fonctionne également de façon différente selon les pays, a poursuivi M. Limacher. "Il s'agit d'un réseau d'experts, mais selon les pays il y a une ou plusieurs sources", a-t-il précisé.