Le "troisième âge" (soit trente ans dans le monde du football) se plaît parfois à défroquer les jeunes loups et à leur rappeler que, pour se faire les dents, rien ne vaut le poids des années.

Après les coups de génie du Zidane de 2006 ou l’éclosion tardive d’un Forlan en 2010, Andrea Pirlo empreinte sans scandale la voie des papys triomphants.

"Pirlo è un fenomeno". Le titre de la "Gazzetta dello Sport" ne nécessitait pas lundi d’avoir pris des cours du soir en traduction pour éclater comme un vote d’approbation. De l’"Independent" ("Pirlo, le pianiste") à la twittosphère (où les van Perise, Xavi et Fabregas entonnaient tous le même couplet ("Pirlo ! Wow !").

Quelques semaines plus tôt, les doutes affichaient pourtant complet. A la tête d’une Italie que l’on disait bouffie par le scandale du "Calcioscommesse", Andrea Pirlo passait encore pour un joueur dont l’âge avancé (33 ans) menaçait d’effacer le génie.

Quelques matchs et un coup de folie plus tard (à l’occasion du match face aux Anglais et de sa séance de penaltys, Pirlo allait s’offrir une panenka sans broncher), tous les regards sceptiques sont désormais tombés. "J’ai vu que le gardien était vraiment excité et j’ai pensé faire ça. C’était plus facile de tirer de cette manière et ça lui a mis un peu de pression."

Jamais prétentieux, rarement fanfaron : la réserve d’Andrea Pirlo fait décidément songer à ce Zidane chez qui la modestie et la timidité s’étaient malicieusement mélangées. Personne ne songeait d’ailleurs à condamner dimanche sa panenka comme un geste d’arrogance tout comme personne n’avait jamais remis en doute l’humilité de Zinédine Zidane malgré un génie frôlant parfois l’humiliation. "Pirlo a été très bon, j’ai travaillé avec lui par le passé et il a la classe", analysait le sélectionneur de l’Angleterre Roy Hodgson. "Nous avons essayé de l’avoir à l’œil, mais il est trop bon pour rester en cage et il a été merveilleux Son tir au but est typique de sang-froid et de classe."

A la différence de Zidane, Andrea Pirlo n’était toutefois jamais passé par le cliché de l’ascenseur social. Né à Flero dans la bourgeoise marchande italienne, "l’Architecte" aura passé tout le début de sa carrière à se débattre avec son image d’enfant favorisé. Bon chic bon genre le Pirlo. Et son mariage avec la jolie Déborah n’allait rien arranger.

Dans un monde du football qui préfère bien souvent les légendes des rues que les biographies de joueurs bien nés, Andrea Pirlo allait toutefois bénéficier juste avant l’Euro d’un coup de publicité à son sujet. En remontant le lignage familial, certains journaux allaient en effet prétendre que le médian de la Juve était en réalité originaire d’une famille de Gitans. De Roms plus exactement.

Sans le savoir, l’Italie venait sans doute de trouver la touche de sel qui arrange les simples histoires en contes de fées. Au sortir d’une saison impeccable avec la Juve (en fin de contrat à Milan, le club turinois avait profité des doutes émis par les dirigeants de l’AC à son sujet), "la fée clochette" n’avait plus qu’à peaufiner son Euro pour clore la légende dorée. "Pirlo est indispensable. Il est le carrefour de toutes les actions dans toutes ses équipes", lançait encore Trapattoni. La cause est entendue.