L’histoire ne dit pas encore si les Allemands ou les Anglais ont récemment investi dans un abonnement à "Voo Télé". Histoire de retrouver naïvement le goût d’un suspense enterré par les sacres du Bayern Munich et de Manchester United.

Un rapide tour d’horizon européen semble au demeurant offrir un peu partout le même refrain : à l’exception de la Belgique, les champions nationaux sont déjà connus. Le Barça et le PSG n’attendent plus qu’une confirmation mathématique pour pouvoir soulever leur trophée. L’Ajax s’en est déjà emparé côté néerlandais (tout comme le Copenhague d’Ariël Jacobs côté danois). Bref, pas de quoi rivaliser avec le thriller à la belge (sobrement intitulé "Playoffs") tout occupé à se jouer.

Reste à se demander si l’exception belge (une originalité partagée avec la Russie où le champion reste pour l’heure inconnu) ne repose que sur cette division des points que le monde finira peut-être un jour par nous envier.

1. Pas de "gap" financier

Soyons clairs : sans l’étrange "numérique" des playoffs, le championnat actuel ne compterait plus aujourd’hui quatre ou cinq candidats dans la course au titre. Mais la seule "playoffisation" du championnat ne suffit pas à expliquer l’actuel suspense déversé sur la "Pro League". Car, en dépit de certaines croyances et à l’inverse de la plupart des championnats étrangers, la Belgique continue de profiter d’une certaine homogénéité financière. Les écarts budgétaires entre les clubs du top et du subtop restent relativement restreints comparés à ceux aujourd’hui constatés en Espagne ou en Italie. En réalité, une ligne de partage financière traverse elle aussi le championnat belge sans toutefois isoler deux ou trois ténors à l’instar du Barça et du Real aujourd’hui coupés du reste de la Liga. Entre Ostende condamnée pour sa remontée en division 1 à limiter ses salaires à 3 000 ou 4 000 euros mensuels et Anderlecht aisément capable de multiplier par dix les contrats offerts du côté ostendais, la rivalité sportive ne semble pas tenable. A l’inverse, Bruges, le Standard, Genk voire la Gantoise paraissent aujourd’hui pouvoir s’attabler à la même table de négociations que les Anderlechtois (moyennant parfois de gros efforts financiers).A l’heure où la concurrence sportive apparaît plus que jamais impactée par le poids financier des clubs, ce relatif équilibre explique aussi pourquoi la "Pro League" n’a pas encore livré son verdict aujourd’hui.

2. Une stratégie sportive relativement partagée

A cet "équilibre" financier, s’ajoute une stratégie sportive relativement partagée. Le temps des transferts "records" (à l’instar d’un Köller au début des années 2000) et de la starification semble doucement s’achever, y compris du côté d’Anderlecht où Jovanovic et Mbokani apparaîtront sans doute bientôt comme les derniers tenants du "star system". Place désormais à un équilibre entre les jeunes (d’OHL à Anderlecht en passant par Mons suivant des proportions différentes), les joueurs sans esbroufe mais gages de stabilité (Gorius à Genk, Buyens au Standard) et quelques paris sans gros frais (De Zeeuw à Anderlecht, Raul Bravo au Beerschot). De quoi éviter à la fois les ennuis quotidiens de gestion (Mbokani) et les renégociations de contrat systématiquement relancées par un grand match européen ou un simple coup d’éclat. Même le Club de Bruges, que d’aucuns disaient prêt à dépenser des mille et des cents pour retrouver son chic d’antan, semble désormais se plier lui aussi à cette nouvelle stratégie. Plutôt que de se porter sur le terrain des "joueurs vedettes" (où quelques clubs de l’élite auraient forcément remporté la mise), le combat se porte désormais sur les jeunes talents. Un lieu où la lutte voit aujourd’hui les arguments se mélanger sans tourner forcément en la faveur d’un seul club. Car là où certains tentent de privilégier le temps de jeu (Malanda à Zulte, Vercauteren au Lierse), d’autres se laissent encore bercer par l’écusson des équipes et les chiffres du contrat déposé. A raison sans doute au vu des réussites de Praet et Bruno mais la victoire des "grands" ne semble pas encore gagnée.