PORTRAIT

Deux-zéro, puis zéro-un. Lors de l'édition 2002-2003 de la Ligue des Champions, la différence de niveau entre Liverpool et Valence ne souffrait pas la moindre discussion, pas même aux yeux des supporters des Reds. Cette élimination de Liverpool dès les matches de poules, si elle passera alors relativement inaperçue au sein d'une Europe du football cadenassée par quelques grands, orientera toutefois l'attention des dirigeants du club anglais vers... le banc de touche. Celui où siège Rafael Benitez, costume-cravate impeccable, crâne largement dégarni et regard profond, dont les évidentes compétences en matière de tactique déboucheront, à Valence, sur un doublé Coupe de l'UEFA - championnat la saison suivante.

À l'opposé de Mourinho

L'enchaînement de ces excellents résultats achèvera de convaincre les sceptiques - nombreux en Espagne - quant aux qualités d'un coach madrilène anonyme, autrefois modeste joueur de D 3, et dont les antécédents en qualité d'entraîneur (deux départs prématurés, à Valladolid et à Osasuna) ne plaidaient pas en sa faveur. Dans la Liga, Rafael Benitez s'est cependant façonné un style qui séduira les décideurs de Liverpool, partis en quête d'un nouvel homme fort, au terme de la saison 2003-2004, pour remplacer Gérard Houiller à Anfield Road. Insatisfait de ses émoluments à Valence où, en outre, il n'avait pas la maîtrise totale du recrutement, le technicien ibérique deviendra donc le premier Espagnol à diriger une formation de Premier League. Et pas n'importe laquelle. Le discret, le méticuleux Benitez se voit chargé de redonner à Liverpool son lustre d'antan. La Rafalution est en marche...

Les supporters de Liverpool adhéreront rapidement aux conceptions tactiques d'un manager qui favorisera, par ailleurs, son intégration en s'imprégnant de l'histoire du club. Ses schémas reposent sur un pressing haut et une bonne occupation du terrain, incitant son équipe, un véritable collectif à l'accent espagnol désormais bien prononcé, à pencher vers l'avant.

Les médias britanniques, eux, se délectent depuis plus d'un an de l'opposition entre Rafael Benitez et José Mourinho, l'entraîneur de Chelsea, dont les routes ne se croisent plus sans échanges de politesses. Une tension dont l'origine remonte à la tentative de transfert de Steven Gerrard, le capitaine des Reds, à l'intersaison.

L'avènement de Rafael Benitez, vainqueur avec Liverpool de la Ligue des Champions l'an dernier à l'issue d'un duel épique face au Milan AC, consacre, en tout cas, un entraîneur méthodique. Qui actualise consciencieusement ses fiches techniques concernant des centaines de joueurs. Qui visionne des matches des heures durant pour disséquer le jeu adverse. Qui fait répéter la même phase vingt fois à l'entraînement, justifiant son surnom de marteau-piqueur. Qui n'offre pas de traitement de faveur aux stars. Bref, un entraîneur qui joue le jeu.

© Les Sports 2005