La réforme adoptée lundi soir ne mettra pas fin aux transferts aux montants astronomiques, a déploré mardi le Français Philippe Piat, vice-président du syndicat international des joueurs (FifPro).

«Cette réforme n'interdit pas les ventes de joueurs de gré à gré. C'est-à-dire que l'on pourra toujours vendre Figo pour 2,4 milliards de FB (environ 61 millions d'euros)», a expliqué Philippe Piat.

Il a également confirmé que la FifPro était opposée au principe du respect des contrats de trois ans pour les joueurs de moins de 28 ans et aux sanctions en cas de rupture unilatérale de contrat en cours de saison. Enfin, Philippe Piat a dénoncé l'indemnité de formation qui doit être créée au bénéfice des clubs formateurs en cas de départ d'un joueur avant 23 ans.

«C'est tout d'abord irréaliste de dire qu'un joueur est formé de 12 à 23 ans. Ensuite, le texte est insuffisant car il ne fixe pas de plafond pour cette indemnité. Il y a des arrière-pensées pour pouvoir continuer à transférer sur la base de gros montants», a-t-il encore souligné. Philippe Piat a enfin estimé que «la Commission européenne (a) été victime de pressions. Nous n'allons pas hésiter à nous porter en justice pour faire valoir les droits des joueurs qui ne sont pas respectés».

La FifPro n'est pas la seule à déplorer cet accord. Le vice-président du Bayern Munich et vice-président du G 14, groupement des 14 clubs les plus riches d'Europe, Karl-Heinz Rummenigge, a également émis de vives critiques.

«C'est un grand écart entre les traités de Rome et les spécificités du football. Le nouveau système des transferts améliore le statut des joueurs et pénalise les clubs. Le pouvoir des joueurs était déjà renforcé grâce à l'arrêt Bosman. Il est désormais encore plus grand», a déclaré Rummenigge. «Ce qui arrive au football est funeste. Je crains qu'à l'avenir nous passions plus de temps devant les tribunaux que sur le terrain. Peut-être même que, dans le futur, les clubs devront discuter tactique avec les joueurs. Car, allez savoir, le fait qu'un entraîneur passe d'un système en 4-4-2 à un système en 4-3-3 pourrait constituer un motif de licenciement.»

La réaction de Jean-Marie Philips, président de la Ligue professionnelle belge, est tout autre. Il se réjouit de l'accord intervenu même si, pour lui cependant, tout reste encore à faire. «C'est un peu l'image du plongeur qui sort la tête hors de l'eau mais qui doit encore apprendre à nager», image-t-il. «Il faut maintenant mettre tout en oeuvre pour montrer que la loi belge de 1978 (NdlR: loi qui fixe les règles en matière de rupture de contrat du sportif rémunéré), qui est la plus libérale d'Europe, n'est pas bonne», a expliqué Jean-Marie Philips.

(D'après AFP et BELGA)

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