Si la presse belge fait grise mine, les journaux espagnols saluent avec logique la victoire acquise par la Roja à Bruxelles.

Maîtrise technique, contrôle du ballon, habileté tactique: l'équipe nationale espagnole a offert une leçon de football à des Diables rouges qui ont (comme leurs adversaires, il faut le rappeler) découvert un nouvel entraîneur il y a peu. Mais si la prestation belge a déçu, c'est aussi le match livré par la Selección de Julen Lopetegui qui a impressionné. A commencer par nos confrères, qui reviennent sur ce match remporté par une Espagne qui a bien entamé sa mission rachat.

Dans AS, on explique que la sélection entre dans une nouvelle ère après les années Del Bosque. "A Bruxelles, l'Espagne était plus proche de l'Afrique du Sud que du Brésil. En partie grâce à trois joueurs: David Silva, Vitolo et Diego Costa." Un créatif, un "bouffeur de ligne" qui a également brillé dans le jeu intérieur et un attaquant plus motivé que jamais à l'idée de récupérer sa place, lui qui n'avait pas été retenu à l'Euro. "C'était létal", poursuit le journaliste. "A la fois au niveau des buts, mais aussi dans cette capacité à faire le jeu." "Un toro de nonante minutes", pouvait-on lire sur le compte Twitter de certains, un constat traduit par cette stat: la Roja a eu 63% de possession de balle, pour 89% de passes réussies...

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"L'Espagne a bien joué, parfois même très bien", peut-on lire, avant de découvrir un diagnostic sans appel. "La Belgique a facilité les choses. En dépit de ses qualités, c'est une équipe apathique, un colosse aux pieds d'argile. Il y a beaucoup de travail pour son nouvel entraîneur. Les onze titulaires jouent dans de grandes équipes européennes. Mais De Bruyne est moins bon avec la Belgique qu'avec City, Carrasco qu'avec l'Atléti, Hazard qu'avec Chelsea et Witsel qu'avec le Zenit. Comme dans ces crèches où séparément, on croit voir des petits anges, mais qui deviennent des démons quand ils se rassemblent."

Chez Marca, on classe logiquement David Silva comme "Homme du match", sans oublier la perf' de Vitolo. "Donnez-nous des lunettes de soleil", dit-on. "La pelouse du stade Roi Baudouin, c'était la Playa de Las Canteras (NdlR: plage située dans les Iles Canaries, lieu de naissance de Vitolo et Silva). Les Canariens continuent de profiter de l'été. Silva a marqué deux fois et a apporté cette dose d'épice nécessaire pour faire mijoter à petit feu le football de la Roja. Vitolo était dans son élément et comprend le football sans avoir à lui faire un dessin." 

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Côté flop, c'est l'infortuné Jordan Lukaku qui en prend pour son grade. "Le joueur a senti dans sa chair que le jeu espagnol penchait vers la droite", écrit le journaliste, dans un recap' "à la So Foot". "Carvajal et Vitolo ont fait déjouer le frère de Romelu, qui a provoqué un penalty. On l'a mis en mauvaise posture. Il fallait lui en vouloir pour le laisser comme ça." Marca revient également sur Roberto Martinez, "hué pour ses débuts, mais calme". "La gloire de ses grands noms ne lui a pas encore permis de gagner en équipe."

"La Belgique n'a pas répondu aux attentes". Voici comment débute l'analyse de Sport, qui rappelle que s'il y a eu évolution face à une Belgique "décevante", Julen Lopetegui est parti sur les bases posées par Vicente Del Bosque. 

El Mundo Deportivo remarque que le football tiki-takesque reste bien le pilier du jeu espagnol, mais que les joueurs ont montré nettement plus d'agressivité que durant l'Euro en France. "Il reste beaucoup de travail pour Roberto Martinez", dit le quotidien catalan, qui parle même d'un "récital". "La Belgique a bien débuté, en pressant bien sur les sorties de balle espagnoles, mais cela n'a duré qu'un quart d'heure. L'Espagne a ensuite récuépré le ballon, pour ne plus le lâcher. (...) Avec sa verticalité et ses courses, Diego Costa a posé des problèmes aux Belges, au point de les voir se faire siffler par leurs supporters." "Une Belgique au jeu complètement flou, qui n'a pu compter sur ses individualités, complètement disparue", tels sont les mots utilisés par El Mundo. Dur, mais réaliste.

Le mot de la fin revient au Daily Mail (oui, on sait qu'ils ne sont pas Espagnols...), qui se montre lui aussi sans pitié pour les Diables rouges. "Pour Roberto Martinez, qui dirigeait son premier match avec la Belgique, et son assistant Thierry Henry, cette rencontre est une piqûre de rappel par rapport aux limites de son nouveau groupe", écrit le journal britannique. "A certains moments on aurait dit que l'Espagne pratiquait un sport différent de celui de ses adversaires, tant leurs passes étaient tranchantes et leur jeu créatif. Martinez a enjoint ses joueurs à afficher une mentalité plus forte, mais pour cette constellation de joueurs très doués individuellement, cette évolution demandera un gros travail à l'entraînement. (...) Il y a une cassure entre le public belge et ses joueurs, un sentiment que ceux-ci ne se sentent pas suffisamment concernés lorsqu'ils portent le maillot national. Réparer cette relation demandera une intervention chirurgicale majeure."  Bref, l'opération rachat n'est pas partie sur de bonnes bases. Et cela, la presse espagnole (mais pas que...) l'a bien remarqué.