entretien

Al'heure où la majorité des favoris ont déjà retiré leur carte d'embarquement pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions, alors qu'il reste encore une journée de phase de poule, Georges Grün, présentateur sur Club RTL de l'émission de football consacrée à la C1, dresse un premier bilan sur la poule aux oeufs d'or.

En quoi l'absence de clubs belges a-t-elle été préjudiciable à l'audience de votre émission ?

L'élimination précoce d'Anderlecht a été un coup dur. Nous avons perdu sur certaines soirées jusqu'à 50 pc de téléspectateurs. Les diffusions sur TF1 égratignent aussi nos chiffres.

Pourtant, le niveau du cru 2007-2008, pour une première phase est déjà appréciable...

Je regrette juste le manque de surprise dans cette compétition. Excepté Rosenborg, aucun club n'a créé de surprise. Mais, le spectacle lors de la C1 est toujours au rendez-vous. Ce constat est rassurant pour les téléspectateurs belges qui ne sont pas gâtés en championnat. Pour revenir sur la Ligue des Champions, la tradition est respectée. Les meilleurs en découdront encore après les fêtes de fin d'année.

A ce stade de la compétition, quel est votre tiercé pour le titre ?

Barcelone d'abord. Les Espagnols n'ont pas toujours évolué à leur meilleur niveau cette année, mais je vois Ronaldinho revenir à son niveau et élever le rendement du jeu du "Barça". Je vois aussi un club italien. Apparemment, cette saison, l'Inter Milan semble le favori tout désigné. Reste bien entendu une équipe anglaise. Sans hésiter, Manchester United.

Ces dernières années, quel virage la C1 a-t-elle emprunté ?

Nous assistons à de moins en moins de matches tactiques. Les rencontres se déroulent sur un train de sénateur où le rythme s'élève constamment. Les joueurs de C1 ont toujours ce souci du spectacle. Leur bagage technique en général leur permet d'être naturel et spontané sur les terrains. La grande évolution réside dans la vitesse d'exécution qui n'entraîne pourtant que très peu de déchets.

Justement, votre analyse n'évince-t-elle pas l'espoir de revoir lors de ces sommets européeens des équipes belges ?

Bien sûr que non. Les équipes belges ont encore un rôle à jouer sur la scène européenne. Anderlecht a été éliminé par Fenerbahçe qui a fière allure. Les Turcs ont battu l'Inter et le PSV et totalisent huit points en cinq rencontres. Leur seconde place actuelle les qualifie pour les huitièmes de finale au détriment du PSV ou du CSKA, vainqueur de la C2 en 2005. Donc, Anderlecht aurait eu sa place. Il leur a manqué une meilleure préparation et une mentalité plus solide pour sortir vainqueur de ce genre de duel. En dehors des Bruxellois, le Standard mériterait de jouer la Coupe. Néanmoins, je dois admettre que le fossé entre les niveaux belge et européen s'agrandit. La faute en incombe à notre championnat qui est trop lent. Comment voulez-vous que nos meilleurs représentants soient compétitifs face aux plus grands d'Europe si chaque semaine, ils sont confrontés à des équipes faibles qui jouent trop tendrement ? La Belgique regorge de joueurs de qualité qui ont un potentiel. Il leur manque juste du rythme et... de la spontanéité.

Notre royaume est à la recherche de modèles. Quel pays serait un exemple à suivre pour la Belgique ?

Je dirais que de tous les pays du continent, l'Angleterre se démarque nettement. Les Anglais cultivent le plaisir du jeu. En championnat, même un club mal classé est capable de "naïveté positive" sur le terrain. Cette candeur leur confère une spontanéité qui produit du football plaisant à regarder.

Comment expliquez-vous cette absence de spontanéité en Belgique ?

Nous manquons d'ambition. Nous ne sommes plus capables de jouer crânement notre chance. Ces dernières saisons, Anderlecht a toujours joué avec la peur au ventre à cause de cet absurde complexe d'infériorité.