La fébrilité a envahi la demeure liégeoise de Robert Waseige. Non pas que l'ancien sélectionneur national vibre à l'idée d'assister à un derby wallon de feu mais les préparatifs pour le départ en Algérie vont bon train. Dans une petite dizaine de jours, Robert, Aline et William Waseige mettront le cap sur Alger. Entretien avec celui qui s'est assis 175 fois sur le banc du Standard et à 159 reprises sur celui du Sporting Charleroi.

Robert Waseige, quel regard portez-vous sur la lutte que se livrent Mons, Charleroi, Heusden-Zolder et l'Antwerp?

Ce sera à coup sûr une journée déterminante. En foot, la logique et la routine peuvent s'installer mais le hasard vient, parfois, bousculer la donne. En ce qui concerne la lutte pour le maintien, l'atmosphère sera, évidemment, plus lourde à Sclessin qu'à Lierse-Heusden-Zolder. La défaite du Standard à Bruges pourrait avoir fait retomber le soufflé mais elle ne va pas, non plus, anesthésier le club liégeois. Par contre, que l'on ne me parle pas de matches ou de résultats «curieux». Il ne sert à rien de semer le doute dans les esprits sauf, évidemment, si les convictions profondes reposent sur des preuves. Mais c'est rarement le cas dans le milieu du foot où l'on pratique surtout la politique de l'autruche.

Charleroi est-il capable d'aller arracher trois unités dans l'antre de son grand rival wallon?

Je pense exactement la même chose qu'il y a six mois. Quand chacun, au Sporting, frôle son meilleur niveau, cette équipe peut battre n'importe quel adversaire. Donc, tout est envisageable.

Demain, vous auriez pu signer un retour par la grande porte à Sclessin. Mais les circonstances en ont décidé autrement.

Après une vie dans ce milieu, je ne suis toujours pas sec à l'intérieur. J'éprouve des sentiments par rapport aux événements qui sont survenus ces derniers jours mais je ne nourris aucun regret. Après notre défaite au GBA, j'ai pris la décision de stopper car nous n'avions plus le temps de commander une étude pour comprendre ce qui ne fonctionnait pas. Quand le président Abbas Bayat m'a demandé quelle était notre dernière chance, je lui ai répondu que le seul électrochoc efficace consistait à me rendre ma liberté. Tout s'est passé de façon très intelligente, voilà pourquoi j'éprouve plutôt un soulagement.

Quelle (s) erreur (s) avez-vous commise (s) lors de ce troisième bail au Mambourg?

J'entends dire ici et là, par les inventeurs de l'eau chaude, que mes méthodes sont dépassées ou inadaptées à notre époque. Moi, je veux continuer à prôner la franchise. Je n'ai pas pour habitude de prendre un joueur dans mes bras ou de l'écraser sous des sanctions matérielles à la moindre incartade. J'essaie d'inculquer une forme d'autogestion. Ça n'a pas fonctionné parce que j'ai été victime de déstabilisations insidieuses. Savez-vous qui est désormais la personne la plus importante aux yeux d'un joueur? Son président, son entraîneur? Non! C'est son manager, l'homme par qui le pognon arrive.

En trente ans de carrière, vous n'aviez été limogé qu'une seule fois, à Liège. Et puis, lors des dix-neuf derniers mois, vous avez connu deux mésaventures; à Sclessin et au Mambourg.

Tout d'abord, je veux rappeler que ces deux clubs ont, chacun, fait appel à mes services à trois reprises. Il doit y avoir une raison! J'ai connu pas mal de dirigeants qui ont fait évoluer ou qui ont modifié la gestion d'un club. J'ai donc pu remarquer des changements profonds au Standard et à Charleroi. Moi, je suis resté avec mes principes. Mais de nos jours, on veut tout le plus vite possible sans laisser mûrir les jeunes joueurs, par exemple.

© Les Sports 2004