Entretien

A la suite des incidents qui ont émaillé le match Standard-Anderlecht, dimanche, l’Union Belge a décidé de convoquer le club liégeois devant la commission des litiges pour le football rémunéré.

Pour rappel, des supporters mécontents du Standard ont jeté des fumigènes sur le terrain et l’arbitre a dû par deux fois arrêter la rencontre.

Le dossier pourrait être examiné au fond le mardi 23 octobre. Le parquet de l’Union Belge a également annoncé avoir contacté la cellule football du ministère de l’Intérieur afin de voir s’il est possible d’identifier les spectateurs responsables des incidents pour que la commission des litiges puisse éventuellement leur demander des comptes.

Ayant pris connaissance de la réaction de l’Union Belge, le Sporting d’Anderlecht, même s’il estime que les jets de fumigènes ont influencé la rencontre, a annoncé qu’il ne porterait pas plainte. "Le RSC Anderlecht condamne les circonstances dans lesquelles le match de ce dimanche a dû se dérouler", indique Roger Vanden Stock, le président du club bruxellois, dans un communiqué. "Les incidents inacceptables de dimanche n’ont plus rien à voir avec le sport de haut niveau."

"Tant les arbitres que les joueurs des deux clubs ont réagi à leur manière. Certains se sont sentis menacés et d’autres ont tiré une énergie supplémentaire de ce tumulte. La direction et les joueurs du RSC Anderlecht ont néanmoins décidé de ne pas introduire de plainte", poursuit-il. Anderlecht attend cependant de l’Union Belge un signal fort afin que de tels événements ne se reproduisent plus.

De son côté, Me Daniel Spreutels, le conseil du Sporting d’Anderlecht, dont il est également membre du conseil d’administration, nous a accordé, lundi, un entretien, à tête reposée.

Maître Spreutels, n’y avait-il pas matière à porter plainte ?

Vous savez quelle décision a prise la direction du club. Sur le plan technique, le dépôt d’une plainte n’eût cependant pas constitué une hérésie dans la mesure où le comportement des supporters - si on peut les qualifier ainsi - liégeois a non seulement pu avoir une incidence directe sur le déroulement de la rencontre mais a également créé de l’énervement et même de la peur chez certains joueurs, à commencer par le gardien anderlechtois, Silvio Proto, dont l’intégrité physique a été menacée.

L’arbitre aurait-il dû arrêter la rencontre ?

Je sais que le président de la commission d’arbitrage de l’Union Belge a avalisé ses choix, affirmant notamment que si la suspension du match ne dépassait pas une demi-heure, il n’y avait aucune obligation de l’arrêter. On a également entendu dire que le vrai danger eût été de mettre un terme à la rencontre, ce qui aurait risqué de fâcher tout le stade. Tout le monde n’est pas obligé de partager ces vues.

Quoi qu’il en soit, il est urgent que les instances fédérales réagissent à de tels débordements. L’attitude de ceux qui ont lancé les bombes fumigènes sur la pelouse est inadmissible comme le fut celle de plusieurs dizaines d’autres spectateurs qui, devant un public de jeunes et d’enfants, ont contrevenu à toutes les valeurs sportives en véhiculant un message imbécile de haine et de violence.

Avez-vous avez été témoin de comportements antisportifs ?

Et comment. Nous étions une dizaine de dirigeants anderlechtois à nous être rendus au Standard. Nous avons dû sortir du stade sous escorte. La direction des Rouches a tout mis en œuvre pour nous protéger, il sied de le relever, mais nous avons quand même été la cible de jets de gobelets remplis de bière et d’autres objets divers.

Une fois montés à bord du minibus qui nous véhiculait, nous avons été pris à partie à plusieurs reprises, lors de la traversée de Liège, par des automobilistes qui nous avaient reconnus et nous ont fait des bras d’honneur, ont tendu l’index à notre passage, etc.

J’ai le souvenir d’un homme dont la voiture était rangée à côté de notre bus à un feu rouge. Il n’a cessé de nous faire des grimaces et sans doute de nous lancer des injures tout en klaxonnant comme un forcené. Sur la banquette arrière, se trouvaient deux enfants qui devaient avoir cinq et sept ans à tout casser. Quel exemple !

Tout cela témoigne d’une dérive qui dépasse largement le cadre de la rencontre de dimanche et même du football en général. Je crois que de tels agissements illustrent le malaise de toute une société.

Pourtant, le hooliganisme est plutôt en régression en Belgique.

Sans doute et il faut s’en féliciter. La loi football, par exemple, a largement contribué à ce recul. Mais il faut se méfier. La violence, les cris racistes, les comportements agressifs refont surface et on ne doit pas s’endormir. Clubs et fédération ont tout intérêt à prendre les mesures qui s’imposent pour enrayer le mouvement.

A ce propos, je comprends mal que l’on puisse amener au stade des objets aussi encombrants que les projectiles, prohibés, lancés dimanche, par dizaines, sur le terrain. La question de la sécurité des stades et de l’efficacité des contrôles est reposée.