Le Club vient d'infliger quatre buts à Westerlo. Aucun des 26 893 spectateurs ne songe à quitter un stade toujours sous le choc, qui continue de rendre un hommage, émouvant et digne, à François Sterchele. La "Blue Army" , le kop du Club, a redéployé sa banderole aux lettres blanches sur fond noir : "Une étoile était née. A présent, tu brilles pour l'éternité dans notre ciel blauw-zwart".

Comme ils l'avaient fait avant le coup d'envoi, les joueurs du Club et leurs dirigeants se saisissent de l'immense drapeau sans hampe à l'effigie de leur ami et entament, sur le rythme lent et solennel d'une procession, un poignant tour du stade, sous un tonnerre d'applaudissements. La délégation est au grand complet. Même Priske, Daerden et Blondel, dont les noms ne figuraient pas sur la feuille d'arbitre, se sont joints au cortège. Les dirigeants ont revêtu un complet noir. Le public muet escorte la procession de ses seules acclamations nourries.

Le cortège fait halte lorsqu'il atteint le pied de la tribune où prend place la "Blue Army". Les joueurs déposent le drapeau, se crochent par les épaules et se recueillent, pour une première minute de silence scrupuleusement observée. Beaucoup pleurent. La procession repart lorsque le public déclenche une nouvelle salve d'applaudissements. Les joueurs répètent le même cérémonial, empreint de la même intensité, devant la tribune officielle. Le silence, une fois encore, est palpable, le recueillement aussi profond. L'émotion ne s'est pas diluée.

Les joueurs regagnent leur vestiaire. Le public s'égaie enfin doucement comme il était arrivé : sans parler, sans précipitation. Les visages restaient graves, les commentaires superflus. L'hommage à François Sterchele avait duré trois heures. Il avait attesté la ferveur que les supporters vouaient à leur buteur : François n'a joué qu'une saison au Club mais il restera l'un des leurs.

A partir de 19 h, le public avait gagné sa place dans un silence grave. Lorsqu'un groupe de joueurs se présentait pour l'échauffement, il était accueilli sans un mot mais par une salve d'applaudissements. De nombreux spectateurs avaient alors, déjà, attrapé la chair de poule.

Des jeunes du club avaient ensuite fait apparaître quatre portraits en couleur de Sterchele souriant et les avaient disposés devant chacune des quatre tribunes. Puis, toujours sous les applaudissements, comme unique bruit de fond, la famille brugeoise était venue déposer sur le rond central le drapeau à l'effigie de François et avait fait corps autour de lui pendant que le micro diffusait "You'll never walk alone" .

Stijnen s'était effondré dans les bras de Clement. Maertens, Blondel et bien d'autres pleuraient à chaudes larmes. Quelques heures auparavant, les dirigeants brugeois avaient assuré à la maman de François que le dossard 23 ne serait plus jamais attribué.