Enzo Scifo a donc dû interrompre sa carrière. Et cela, bien malgré lui. Ce qui, en soit, est beaucoup plus dur à encaisser. Car tout joueur de son âge sait qu'il devra quitter les terrains de l'élite dans un futur proche. Plus rares sont ceux qui, contraints et forcés, doivent raccrocher les crampons.

C'est que le Louviérois sait qu'il ne remontera plus sur les terrains seulement après que la décision soit tombée, qu'il ne pourra pas célébrer son dernier match officiel en connaissance de cause, puisqu'il est déjà passé sans que le principal intéressé soit au courant.

Malgré tout, une telle maladie ne surgit pas du jour au lendemain. D'ailleurs, Paul Dumont, le kinésithérapeute de La Louvière, l'avait examiné il y a deux ans, avant la Coupe du monde, explique Michel Maton, journaliste à La nouvelle Gazette. Et il avait diagnostiqué quelque chose de pas très catholique.

Michel Maton n'est pas n'importe lequel de nos collègues, puisqu'il est le premier à avoir interviewé Enzo Scifo. Je travaillais alors au Rappel et Enzo avait douze ans. On savait qu'il était doué et son talent commençait à défrayer sa chronique. Il était très timide, et c'est son père qui répondait à sa place. Lui, il a simplement été chercher dans sa chambre les fiches où il répertoriait les buts qu'il inscrivait. Au cours d'une rencontre, il en avait marqué douze, et treize lors d'une autre. Et il portait un maillot du Sporting de Charleroi!

La boucle est donc bouclée Entre-temps, le petit prodige de La Louvière a grandi bien vite pour se retrouver à Anderlecht. Il y remportera trois titres de champion de Belgique et fera son entrée dans le giron des Diables Rouges. Il disputera la première des quatre coupes du monde auxquelles il a participé en 1986.

L'année suivante, il signera à l'Inter de Milan, alors qu'il n'avait que 21 ans. Peut-être un peu trop tôt. Il a éprouvé beaucoup de mal à assumer sa notoriété à cette époque, continue Michel Maton. Il manifestait une certaine réserve, n'était pas très causant ni très coopératif avec les journalistes. Et avec ses collègues, c'était dur aussi car il a encaissé pas mal de coups à l'Inter et à Bordeaux.

Dans ces deux derniers clubs, il ne s'éternisa pas puisqu'il n'y passa qu'une saison. Ensuite, Guy Roux passa par là et permit à Scifo d'atteindre les sommets hors de nos frontières et de permettre à Auxerre de continuer sa progression. Il n'y gagnera aucun trophée mais de la force morale et retrouvera toutes ses sensations sportives.

D'où un transfert à Torino où il jouera deux ans, remportera une Coupe d'Italie et participera à une finale de Coupe UEFA, avant de se diriger vers Monaco où, en quatre saisons, il sera sacré champion de France.

Vient alors son retour en Belgique, à Anderlecht, avec un dernier titre à la clef avant de se diriger vers Charleroi. Et maintenant? Il va rester dans le milieu du foot mais je ne le vois pas entraîneur, assumer les entraînements tous les jours, etc. Ce n'est pas un meneur d'hommes pour tenir ce rôle dans lequel il faut crier. Contre Alost, il ne s'est pas beaucoup manifesté. Je l'imagine plus dans un rôle de directeur technique, comme Hoeness au Bayern. C'est un cerveau du foot. Quant au court terme, je me demande quel rôle il va prendre à Charleroi où il risque de faire doublon avec d'autres gens très compétents.

© La Libre Belgique 2000