Les temps ont pour vice ou vertu de changer. Voilà quelques années encore, les Belges tiraient la langue, les jambes et les bras à l’idée de rejoindre la sélection nationale. Rien à cirer, ou si peu. Rien à gagner, si ce n’est la découverte d’autres cieux. Il est vrai que les quelques jetons de présence et primes de victoire (somme toute assez rares) empochés sous le maillot des Diables n’offraient aux joueurs aucune rentabilité.

Autre temps, autres mœurs puisque les choses ont désormais bien changé. En dehors de l’engouement sincère des joueurs, un passage sous le maillot des Diables se mesure désormais concrètement en termes financiers : "Il n’y a pas à proprement parler de travaux académiques permettant de mesurer l’impact d’une sélection immédiate sur la valeur marchande d’un joueur", précise Didier Primault, directeur général du célèbre Centre de Droit et d’Economie du Sport de Limoges, connu pour remettre les anciennes stars du ballon sur les bancs d’école. "Ceci étant dit, il est clair qu’une place en équipe nationale pèse sur le prix d’un transfert d’un joueur. Mais il faut attendre les grands événements comme la participation à une Coupe du Monde pour voir la cote d’un joueur sensiblement bouger."

Car, des universités aux terrains, la donne semble claire. La cote d’un joueur reste avant tout mesurée par d’autres critères : "Cela fonctionne comme sur le marché de l’art où il faut des repères pour définir la cote. En premier lieu, il y a les qualités intrinsèques du joueur. Ensuite intervient son positionnement puisqu’un défenseur n’attendra jamais la même valeur marchande qu’un attaquant. Ensuite, vous trouvez d’autres critères comme l’âge, la participation à de grands événements comme le Mondial ou la Ligue des Champions ou encore, les capacités purement commerciales du joueur. Soit le nombre de rentrées publicitaires qu’il pourrait dans le futur générer."

Un cas d’école par lequel aucun Diable ne semble pour l’heure concerné (voir ci-contre). Ce qui pousserait les recruteurs à insister sur d’autres critères dont la nationalité : "Un international bosniaque ne bénéficiera jamais du même effet de valorisation commerciale qu’un international brésilien mais il est clair qu’avec l’émulation autour des Diables rouges, ce critère national s’est accentué. Ceci dit, je reste persuadé qu’il faudra attendre que cette sélection atteigne le dernier carré d’une Coupe du Monde pour qu’on en mesure clairement les effets."

En clair, des joueurs belges dits "frontaliers" (entre le subtop et le top) pourraient alors forcer les portes des grands clubs européens à la façon des Bleus de 1998 où même les Boghossian et Djorkaeff avaient bénéficié d’un "effet d’entraînement" sans beaucoup : "Il y a sans doute déjà un effet de ce type aujourd’hui", précise Didier Primault. "Un effet belge d’une certaine façon. Les joueurs qui ne sont pas directement au premier plan bénéficient aussi des succès des Diables."

En clair, les Pocognoli, Ciman, Mboyo, Gillet, Van Damme ou Vossen devraient au cours du mercato d’été voir leur cote dopée par cet "effet Diable" (en dépit de leur contribution encore modeste aux succès de l’équipe nationale. Même s’il n’existe pour l’heure aucun algorithme digne de mesurer cette flambée.