envoyé spécial à Bâle

Aad de Mos est l'un des - nombreux - consultants techniques recrutés par la chaîne privée VT 4 pour agrémenter les diffusions des matches de l' Euro de considérations éclairées sur le jeu, les joueurs et les entraîneurs.

L'ex-coach à succès du FC Malinois n'en fait pas mystère : cet Euro 2008 l'emballe : "Je le classe d'ores et déjà dans la catégorie des "grands tournois". Cette édition 2008 est largement supérieure à celle de 2004 au Portugal. Pour quelles raisons ? Parce que la plupart des formations ont voué un culte à l'offensive. Pas uniquement les Pays-Bas, le Portugal ou, tout récemment, l'Allemagne. Mais également les équipes qui avaient débuté de manière circonspecte et qui ont évolué favorablement au fil de la compétition comme l'Italie, par exemple, après sa défaite contre les Pays - Bas, ou la Turquie qui a montré régulièrement deux visages, en première puis en seconde période. A con trario , toutes les formations qui se sont cantonnées dans un système frileux, d'inspiration défensive, ont été boutées hors la compétition. Je fais référence à la Suède, à la Roumanie et, modèle d'archaïsme, à cette Grèce qui a encore évolué avec un libero à l'ancienne. Ce tournoi me ravit, aussi, parce qu'il braque ses projecteurs sur les grands attaquants. Van Nistelrooy ou Toni, notamment, ont brillé. J'ai apprécié, aussi, de nombreux buts de très brillante facture. Enfin, ce tournoi est excellent, parce que tous les matches se sont révélés intéressants."

Parmi ces rencontres au sommet, certaines ont eu plus d'impact sur le stratège hollandais "Les trois prestations des Pays-Bas, dans les matches de poule, ont été exceptionnelles. Dieu sait pourtant que, d'habitude, je ne passe pas pour un fan des "oranje". Mais ici, je me réjouis de saluer les trois premières prestations de l'équipe de Marco Van Basten. J'ai bien aimé, aussi, le Portugal... jusqu'à son match raté contre l'Allemagne. Marco Van Basten et Luiz Felipe Scolari sont des entraîneurs qui pensent moderne. I ls ne considèrent plus le football comme un jeu d'échecs et ils laissent, raisonnablement, la bride sur le cou à leurs joueurs. On assiste, dans cet Euro , à un changement de génération des coaches : ceux qui se croyaient intouchables, qui pensaient détenir la science infuse, sont balayés. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque d'Internet, il n'y a plus guère de secret de par le monde et particulièrement en football. Un entraîneur ne peut plus se croire omniscient. Les jeunes coaches dialoguent avec leurs joueurs cadres, qui sont de grands garçons, accessoirement presque tous... millionnaires. La tactique germe de cet échange d'idées. Rappelez-vous : je prônais déjà cette méthode à Malines. Je discutais, moi aussi, avec mes cadres Rutjes, Preud'homme, Bosman, Koeman. En définitive, les joueurs choisissaient la tactique. Je n'ai jamais regretté de les avoir investis de cette responsabilité-là."

L'éviction rapide des Français et à peine plus lente des Portugais a surpris mais Aad de Mos a sa propre explication : "Avant le tournoi, j'ai expliqué dans un magazine néerlandais que les joueurs ne vouaient pas un grand respect à Raymond Domenech et que l'alchimie entre le sélectionneur français et les joueurs n'existait plus. C'était déjà le cas lors du dernier Mondial. Là, Zidane avait pris le pouvoir : il avait modifié le système de jeu pour lancer vraiment l'équipe de France. Ici, Zinedine a manqué à un groupe mal équilibré. Le Portugal a raté son match le plus important, parce que son équipe n'a pas évolué en fonction de Cristiano Ronaldo qui, lui, était en forme. En outre, elle a laissé en plan son arrière droit Bosingwa. Les Allemands s'en sont vite aperçus : ils ont déferlé par le flanc gauche et inscrit deux buts par cette aile."