La Coupe de Belgique a perdu sa magie. Elle ne fait plus recette. Elle crie même misère. Les stades qui, pour la moindre rencontre de championnat, drainent plus de vingt mille spectateurs, enregistrent des assistances faméliques, presque confidentielles quand l' affiche justifierait un déplacement massif. Les clubs eux-mêmes ne jugent l'épreuve rémunératrice que lorsqu'ils accèdent à son apothéose.

La Coupe de Belgique, qui reste fidèle à son système par élimination directe - il n'est pas question de poules - a, ces dernières années, érodé son aspect aléatoire en protégeant de mieux en mieux les grands clubs. Est-elle passée de mode chez nous? Elle demeure pourtant la voie la plus rapide pour entrer en Coupe d'Europe. En Allemagne, le choc entre le Bayern et Mayence, menacé de relégation, a attiré plus de 60000 spectateurs à l' Allianz Arena. En France, on évoque toujours avec des trémolos dans la voix, six ans après, la fantastique épopée des amateurs de Calais, qui, en 2000, ont titillé Nantes en finale après avoir évincé plusieurs pensionnaires de Ligue 1. Pourquoi ne vibre-t-on pas de la sorte en Belgique?

«La Coupe, chez nous, peut être revitalisée, assure Pierre-Yves Hendrickx, le président de la Commission du calendrier. Il suffirait, déjà, qu'on prenne vraiment en compte la nouvelle sociologie du candidat spectateur. Dans la vie courante, les gens cherchent de plus en plus à se faire inviter. Le football n'échappe pas à cette tendance. Il convient donc d'entreprendre une démarche en direction du spectateur par le biais de gros sponsors comme les grands magasins ou les grosses sociétés pétrolières par exemple. De telles initiatives permettraient aussi de cercler de rouge, dans les agendas des supporters, les grandes dates de la Coupe. Elles inciteraient les gens à parler d'elle. Les gens téléphonent un mois avant un grand match de Championnat, pour prendre date. Pourquoi ne parviendrait-on pas à recréer un réflexe Coupe analogue?»

Des incitants

Pour se régénérer, la Coupe aurait besoin de quatre gros incitants, estime Pierre-Yves Hendrickx: «D'abord, une réduction du prix du billet à 20 ou même à 15 € - le prix d'entrée au stade pour un match de Coupe est jugé globalement excessif par l'amateur de foot. L'abonné, lui, ne se sent pas concerné puisque son libre accès n'inclut pas cette épreuve. Il rechigne donc à se déplacer. Ensuite, il faut trouver des solutions marketing. Il faut inciter des sponsors à s'engager sur la Coupe. En échange, les abonnés sont aiguillés vers ces sponsors. Si l'un d'eux achète 100 places, la moitié de ces 100 places lui est allouée à moitié prix. Il en va de même pour les places VIP ou les business seats. En outre, l'obligation d'une communication plus adéquate a été incluse dans le nouveau cahier des charges. La couverture de nos partenaires TV est indigne de la compétition. L'annonce de l'événement doit aussi faire l'objet de spots beaucoup plus attractifs et plus nombreux. Enfin, il serait opportun qu'à partir des seizièmes de finale, les tours se jouent les week-ends.»

La Fédération devrait également se pencher sur une éventuelle réforme du mode de fonctionnement de l'épreuve: les grands doivent-ils être protégés davantage encore ou faudrait-il au contraire, comme en Allemagne par exemple, jouer systématiquement chez le petit ? Un match retour est-il opportun? La Coupe mérite bien tous ces égards...

© Les Sports 2006